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Quelles sont les modifications métaboliques du jeûne ? Pendant le mois de Ramadan, Le renoncement à toute nourriture solide contraint l'organisme à se brancher sur ses réserves internes.

On observe des modifications du rythme de vie qui portent essentiellement sur l’horaire des prises alimentaires, le sommeil et la vie professionnelle. Le jeûne a aussi des conséquences biologiques et médicales importantes à connaître et parfois difficiles à gérer.

Pendant le mois de Ramadan, trois paramètres concernant les repas changent :
  1. l’horaire des repas est exclusivement nocturne,
  2. la fréquence des prises des repas (ftour, dîner et/ou shour),
  3. la qualité et la quantité de l’alimentation.
On remarque en général une alimentation riche en protides et en lipides, avec une augmentation de la consommation de sucres à assimilation rapide et une consommation faible d’eau et de crudités.

Le régime est également pauvre en légumes, fruits, avec une forte consommation d’excitants (thé, café, cigarettes, jus d’orange...).

Y a- t- il des modifications hormonales ?
Les modifications hormonales sont corrélées et parfaitement liées aux modifications métaboliques. En effet, pendant le jeûne, on assiste à une diminution de la sécrétion basale d'insuline, des hormones thyroïdiennes et des hormones sexuelles, alors que la synthèse du glucagon, de l'hormone de croissance et du cortisol augmente.

La fatigue est souvent ressentie de manière accrue pendant cette période ! Comment l’expliquer ?
Le manque de sommeil et son fractionnement ne permettent pas une récupération physique de l'organisme. Les fonctions cognitives telles que la mémoire et la concentration, sont également nettement diminuées. Ceci induit une réduction des performances psychiques, de la vigilance au cours de la journée et une augmentation de la somnolence diurne.

On note parfois l’apparition de maux de tête pendant la journée ! A quoi sont-ils dus ?
Ceci est dû essentiellement au manque de sommeil et à la réduction de prise des excitants le jour. On note également une certaine irritabilité durant le mois du Ramadan avec un maximum au cours de la 4ème semaine de Ramadan et un retour à la normale au cours de la semaine qui suit le Ramadan.

Cette irritabilité n’est vraisemblablement pas liée au jeûne lui-même mais aux caractéristiques des personnes. En effet, elle augmente beaucoup plus chez les fumeurs, chez les sujets jeunes et chez les sujets qui consomment beaucoup d’excitants (café, thé).Enfin, les troubles du sommeil sont eux aussi incriminés dans l’apparition de l’irritabilité.

Peut-on faire le Ramadan lorsque l’on souffre de diabète, ulcère ou autres maladies ?
Certaines pathologies sont incompatibles avec le jeûne et en voici une liste non exhaustive:
  • Diabète insulino-traité, diabète non insulino-dépendant déséquilibré, diabète avec complications dégénératives, diabète et grossesse, diabète gestationnel, diabète et allaitement, diabète avéré du troisième âge, quel que soit son type, diabète instable.
  • Ulcère gastro-duodénal en évolution et/ou en traitement de consolidation
  • Maladies chroniques instables, ou non stabilisées par une thérapeutique
  • Maladies chroniques compliquées : Insuffisance respiratoire, insuffisance cardiaque, insuffisance hépatique, asthme, hypertension artérielle, épilepsie, dépression, psychose maniaco-dépressive, tuberculose, Sida, Adisson, Basedow, etc...)
  • Maladies aigues: Méningite, endocardite, septicémie, toxi-infection, grippe, bronchite, angine, colique néphrétique, otite, glaucome aigue, etc….
Les femmes enceintes doivent elles s’abstenir de jeûner ?
Y a t-il un risque pour le fœtus durant la grossesse ?
Le déséquilibre biologique occasionné par le jeûne peut rendre le déroulement de la grossesse difficile. Il est souhaitable que la future maman ne jeûne pas durant le premier trimestre. C'est une période importante pour l'embryogenèse cette période nécessite un état permanant d'équilibre biologique. Aussi quand une femme enceinte décide de jeûner, elle doit rester vigilante sur sa réelle résistance physique au jeûne.

En fin de grossesse, la maman a besoin également d'un état d'équilibre biologique lui garantissant suffisamment de force nécessaire pour affronter l'épreuve de l'accouchement. Aussi, le dernier trimestre de la grossesse est un moment où la croissance fœtale est primordiale et le jeûne pourrait avoir des conséquences négatives sur le développement fœtal.

En cas de grossesse pathologique, en plus du phénomène gravidique s'ajoute la maladie.Le jeûne pendant la grossesse n'est pas conseillé quel que soit la période.

Faut-il éviter la pratique d’un sport pendant cette période ?
Le jeûne réduit significativement la condition physique et les performances physiques sont nettement diminuées. Cette diminution est très nette dans les deux premières semaines avec un retour à la normale et une stabilisation par la suite témoignant d’un phénomène d’adaptation de l’organisme.

Il est plus raisonnable d’éviter une activité physique intense, surtout en fin de journée car elle peut être à l’origine d’accidents (malaise hypoglycémique) et avoir un impact négatif sur la santé des jeûneurs.

Est-il possible de suivre un traitement médicamenteux ?
Comment l’adapter ?
Les malades souffrant d'une maladie chronique nécessitant un traitement au long court, doivent impérativement demander avis à leur médecin traitant afin qu'il puisse évaluer le degré de stabilisation de leur maladie et adapter, éventuellement, les posologies d'une médication décalée du fait du jeûne.

Les médicaments qui doivent être pris à jeun imposent une discipline alimentaire stricte avec une séparation nette des repas. En effet, un délai de 2h30 à 3 heures, est nécessaire à la mise en repos de l'estomac.

Comment manger sain pendant la rupture du jeune?
Faut-il favoriser les féculents, les légumes… ?
Pendant le Ramadan, l’alimentation doit être saine et équilibrée. Il faut privilégier des aliments tels que du blé, de la semoule et des haricots lors du « Sahour » avant de commencer le jeûne, car ces aliments contiennent des sucres lents. Ils permettront de stabiliser la glycémie et contribueront à réduire les fringales et l’appétit pendant les heures de jeûne.

Lors de l’Iftar, il est recommandé de consommer des aliments contenant des sucres rapides, par exemple des fruits, qui augmentent rapidement la glycémie, puis des glucides lents. Évitez les aliments riches en graisses saturées, comme le « mssemen, les bricks » et autres aliments frits, et essayez de boire davantage pendant les périodes où le jeûne est rompu.

Quelle quantité d’eau faut-il boire ?
Est-il dangereux de ne pas boire lorsque le Ramadan intervient en plein été ?
L'apport hydrique est primordial surtout l'été une vigilance particulière chez les personne âgées et chez les femmes enceintes qui s'obstinent à pratiquer le jeûne.

En conclusion, il ne faut pas oublier que le Ramadan n'a nullement pour but de mettre en péril la santé des pratiquants et dès qu'on se sent en danger il faut boire. 

Docteur A. ZAHOUANI
Medical Research Advisor of International PnK Laboratory
Nutritionniste (PhD, CHU Bichat Paris) Pharmacologue (PharmaD, CHU Lariboisière, Paris)
Président de Research Autism Morocco (ARM)













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