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Le dirigeant algérien n’est pas un être humain comme les autres. Il est profondément convaincu qu’il est supérieur aux autres. Il se définit, d’abord, par les privilèges de sa fonction, les atouts de son pouvoir.

Le pouvoir devient une partie consubstantielle de sa personne. Quand il le possède, il ne s’en sépare plus jamais. Le dirigeant algérien est, en vérité, possédé par le pouvoir qu’il occupe. Au quotidien, il affirme à ses concitoyens qu’il a du pouvoir sur leurs vies. C’est sa façon d’être. C’est sa manière de dire: “J’existe”. Les Algériens subissent cette réalité amère depuis de longues, très longues années. Et ce n’est certainement pas le ramadan qui peut obliger nos dirigeants à se remettre en question. Pour ces derniers, il y a eux et il y a le peuple, ce bétail qu’il faut traiter avec mépris et sans aucune considération.

Preuve en est, même dans les aéroports, tout est orchestré pour que le dirigeant algérien réduise ces concitoyens à d’authentiques sujets. Le dernier incident provoqué par Amar Saâdani à l’aéroport d’Alger illustre parfaitement cette culture du mépris dont se nourrit la nomenklatura. De retour de Barcelone où il a passé un séjour de farniente et de détente avant d’affronter les privations du jeûne, Amar Saâdani a contraint le personnel d’Air Algérie à fermer les portes de tout un avion, prenant en otage une centaine de passager, dans le seul but de descendre tranquillement de l’appareil sans croiser les “va-nus-pieds”, potentielle source de péril à ses yeux. L’avion, dont les passagers qui suffoquaient, est resté plus d’une demi-heure à l’arrêt. Il fallait attendre que le sieur Amar Sâadani soit accueilli convenablement, comme le dicte son rang, pour libérer ces citoyens de seconde zone. Des citoyens, plutôt des pestiférés, avec lesquels il ne fallait surtout pas se mélanger.

Tout compte fait, un dirigeant algérien est un être “socialement modifié”. Il ne ressemble en rien à ses compatriotes. Et Amar Saïdani n’est pas un cas isolé. Récemment, le 25 mai dernier, le ministre de l’Enseignement Supérieur, Tahar Hadjar, et son épouse ont pris le vol d’Aigle Azur pour quitter Alger et rallier Orly, à Paris. Le vol était programmé à 13 H05. Il a été retardé de 30 minutes pour permettre au ministre et son épouse de monter dans l’avion sans faire la queue ni se “mélanger” à cette foule de voyageurs des bas-fonds. Ni file d’attente ni désagréments lors des formalités de l’embarquement, aux antipodes des soucis accablant nos concitoyens qui doivent arriver à l’aéroport deux, voire trois, heures à l’avance.

Et même quand ils sont à la retraite, les dirigeants algériens demeurent des “personnages sacrés”. Ainsi, le 18 mai dernier, une fois n’est pas coutume, un vol d’Air Algérie n’a pas fait de retard pour rallier Paris à Alger. A l’aéroport d’Orly, le général à la retraite Khaled Nezzar, a pris le vol de 16 h 55 sans faire la queue et grille la politesse aux familles comptant des enfants en bas âge ou des personnes âgées fragiles. Le général est monté dans l’avion comme un prince et la plèbe a du prendre son mal en patience.

Affirmer que le citoyen algérien n’inspire aucun respect à ses dirigeants relève du lieu commun. Même sur nos routes, quand un convoi ministériel se hasarde dans le capharnaüm, les services de sécurité “dégagent” les citoyens sans ménagement. Les dirigeants algériens n’ont pas pour destin de partager nos peines et nos galères. Il y a eux et il y a nous. Et entre les deux, un infranchissable mur de mépris. Quelques fois, un compatriote lance de derrière ce mur : “Bon sang, respectez-nous !”

Abdou Semmar
algerie-focus.com/















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