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C’est comme ça que tu as éduqué cette grande perche stupide? Honte à toi! Au lieu de lui apprendre mille hadiths dont l’usage quotidien n’est pas évident et dix mille banalités, tu aurais dû lui apprendre d’abord cette vérité: le monde n’est pas une gigantesque poubelle !

La rue des Consuls, à Rabat, la semaine dernière. Il fait beau, les tapis rutilent au soleil (note du correcteur : ça m’étonnerait que des tapis «rutilent»), des chats observent les allées et venues des hommes, l’odeur du cuir mêlée à celle de la vieille pierre obsède les narines du flâneur. Devant moi, une mère et sa fille, une grande adolescente à l’air benêt, déambulent. La fille vient de porter un gâteau à sa bouche (le ramadan n’a pas encore commencé) et chiffonne le bout de papier qui l’enveloppait.

Et je sais très précisément ce qui va se passer maintenant. Je pourrais détourner les yeux ou bien accélérer le pas et dépasser cette oie blanche qui va me gâcher la journée, pour ne pas voir ce qu’elle va faire mais non : je continue de la regarder, fasciné, fasciné d’avance par ce qui va suivre. Elle laisse retomber le bras et, d’un petit geste discret, elle jette le papier derrière elle, sur le pavé.

Elle aurait pu le garder dans sa main (il pèse quoi, ce petit papier, un gramme?), attendre la prochaine poubelle (il y en a, pas suffisamment certes, mais il y en a), attendre, s’il le faut, qu’elle soit de nouveau chez elle pour s’en débarrasser. Mais non : il lui fallait polluer là, tout de suite, polluer la rue, Rabat, le Maroc, le monde.

J’aurais voulu la saisir par son foulard, lui faire ramasser, à genoux, le petit papier. Ah, sagouine! J’aurais voulu apostropher sa mère :

- C’est comme ça que tu as éduqué cette grande perche stupide? Honte à toi! Au lieu de lui apprendre mille hadiths dont l’usage quotidien n’est pas évident et dix mille banalités camouflées sous le nom trompeur de «sagesse populaire» (rien de plus bête que cette prétendue sagesse), tu aurais dû lui apprendre d’abord cette vérité: le monde n’est pas une gigantesque poubelle!

(Ce genre de muflerie est d’ailleurs la chose du monde la mieux partagée. Quelques jours plus tard, j’étais à Algésiras, admirant la fameuse muraille mérinide qui zèbre la ville en son milieu, lorsqu’un homme élégant, sur ma droite, accoudé à une rambarde, tira une dernière bouffée de sa cigarette puis en jeta le mégot, d’une pichenette arrogante, sur ladite muraille mérinide. S’agissait-il du geste politique d’un Espagnol reniant le passé arabe de son pays ? Était-ce une forme de Croisade à la nicotine contre les moros musulmans? J’ai hésité un instant sur l’interprétation de cette incivilité puis, ayant brièvement examiné le regard absolument vide de l’homme élégant, je me suis dit qu’il s’agissait, encore et toujours, de mauvaise éducation. Comment dit-on «Le monde n’est pas une gigantesque poubelle» en espagnol?)

Tout cela est terriblement décourageant. Mais bon, ne cédons pas. Faisons quelque chose. Une campagne nationale, vite ! Voici un slogan que j’offre gratuitement à tous les ministères et associations concernés pour qu’ils l’impriment en lettres géantes, en arabe, en tamazight, en français, en peuhl s’il le faut, sur des panneaux de dix mètres sur cinq disposés dans tout l’Empire, de Tanger à Lagouira:
Tu aimes ton pays? Ne le salis pas !!!
Fouad Laroui
Le360.ma




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