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En attendant la suppression de l’article 222 du code pénal, un bon point à la télévision marocaine pour avoir contribué au débat.

L’article 222 du Code pénal, qui criminalise la rupture du jeûne en plein ramadan, fait aujourd’hui débat. Ce n’est pas trop tôt, il fallait bien que cela arrive un jour. Cet article est une aberration. Parce qu’il se mêle de la croyance des gens, de leur conviction, en somme de quelque chose qui ne concerne pas le législateur marocain mais les concerne eux, et uniquement eux.

Ce débat est nécessaire. Pourquoi? C’est en regardant le sort réservé à ces minorités, à ceux qui sont différents ou qui disent Non, que l’on juge de l’état d’avancement d’une société moderne.

Sur ce plan, nous le savons tous, la société marocaine a du chemin à faire. Mais elle ne le fera pas seule, spontanément, il faut la pousser et au besoin la titiller. Sinon elle n’avance pas et, pire encore, elle recule.

Aujourd’hui donc, des groupes de personnes essaient de mener la lutte pour abroger l’article 222 au nom de la liberté de culte et de la liberté tout court. L’idée n’est pas seulement d’ouvrir la brèche pour des cas de force majeure (raisons de santé) mais de faire de la rupture du jeûne une question «normale», c'est-à-dire une affaire personnelle.

Jeûner ou ne pas jeûner ne regarde personne. C’est une évidence. Mais cette évidence n’est pas une réalité. Au Maroc, ce n’est pas une réalité. C’est seulement un objectif. Des Marocains comme les autres se battent pour atteindre cet objectif. Ils ont raison de se battre parce c’est le genre de question simple qui peut contribuer à l’émancipation d’une société.

C’est une cause juste. Et l’objectif final, qui est un droit humain simple comme bonjour, ne tombera pas forcément comme un fruit mûr. Il va falloir aller le chercher et l’arracher.

Nous sommes quand même dans un pays où des citoyens Lambda peuvent en venir aux mains parce que, en face d’eux, en pleine rue, une personne perd connaissance et qu’ils ne savent pas s’il faut lui donner un morceau de sucre pour lui sauver la vie ou se contenter de prier et ne surtout pas briser son jeûne.


Faut-il sauver une vie humaine ou une journée de jeûne ?

Cette question peut sembler ridicule. Elle est surtout terrifiante parce que beaucoup de nos concitoyens sont prêts à sacrifier une vie humaine plutôt qu’une journée de jeûne. C’est surtout cela qu’il faut retenir.

Cette semaine, la télévision marocaine a invité Asmaa Lamrabet, qui appartient à la ligue des Oulémas du royaume, à se prononcer sur la fameuse loi 222 et sur d’autres lois complètement anachroniques. Ce n’est pas fortuit. Personnellement, j’applaudis. Madame Lamrabet est connue pour son courage et son progressisme. Cela fait longtemps qu’elle se bat pour faire de la religion, non pas un frein, mais un facilitateur pour l’évacuation des lois et des pensées archaïques.

Il faut saluer l’effort d’Asmaa Lamrabet, mais aussi celui de la deuxième chaîne, qui lui a ouvert la porte pour toucher un très grand public. La télévision a aussi une mission pédagogique à remplir. Quand elle l’oublie, elle plonge son public dans le formol et conforte la société dans son immobilisme. Mais quand elle s’en rappelle, elle peut réellement contribuer à faire avancer les choses.

Bonne fin de ramadan à tous.
Le360.ma







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