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Je le dis en fermant les yeux: Vive la guerre contre «mica», Vive la révolution !

La guerre contre les sacs en plastique, que l’on appelle communément «mica», a donc commencé. Cette guerre fait beaucoup rire les Marocains. Pourquoi? Parce que «mica» est lié, dans l’imaginaire collectif, à un concept 100 % marocain: Aïn mica, ou l’œil mica.

Tous les Marocains connaissent l’expression. L’œil mica est un œil grand ouvert mais qui ne voit rien. L’œil mica est un œil qui regarde ailleurs, refusant systématiquement la réalité qui se présente à lui. L’œil mica est une attitude et un état d’esprit: passif, malléable, à l’occasion fourbe, hypocrite, corruptible.

L’œil mica a même donné naissance à un verbe qui a intégré, depuis longtemps, notre dictionnaire oral: « Miyek ». Le verbe est un dérivé de mica. « Miyek » signifie laisse tomber, laisse aller, oublie, fais comme si de rien n’était. C’est une invitation là aussi à regarder ailleurs. Et à tourner la page.

Toutes ces formules ont connu leur apogée avec l’explosion de l’utilisation des sacs en plastique, les noirs surtout. Les Marocains ont détourné ces formules pour décrire certains travers de la société marocaine. Le sac en plastique a été assimilé à un voile et un masque. Celui qui le porte devient comédien. Il «joue». Il compose un rôle qui n’est pas le sien. Il simule et fait semblant de ne pas voir. C’est un rôle qu’il se donne. Quand il le fait spontanément, il exprime sa passivité, voire sa docilité, il est blasé, non concerné, déconnecté, il est alors celui qui ne veut surtout pas s’attirer d’ennui et qui veut, plus que tout, qu’on le laisse en paix.

Mais ce masque est aussi un instrument de corruption. Inviter quelqu’un à fermer l’œil ou à regarder ailleurs est une manière d’acheter sa conscience. C’est un acte rémunéré selon la nature du service rendu. Il existe bien une nomenclature pour cela, et tous ceux qui ont corrompu ou ont été corrompus, un jour ou l’autre, connaissent cette nomenclature.

La couleur noire (du sac en plastique) renvoie à l’obscurité, à l’aveuglement. Elle rajoute aussi au caractère clandestin et illicite de la transaction (entre celui qui donne et celui qui reçoit).

Sémantiquement, on le voit, le concept de «mica» s’est bien niché dans notre imaginaire. Il est d’une richesse incroyable. Il signifie beaucoup de choses et il a enfanté, à son tour, un certain nombre de dérivés. On peut deviser aussi sur la matière du plastique. Une matière étanche, vendue au rabais, non dégradable.

En déclarant la guerre contre les sacs en plastique, le gouvernement marocain déclare la guerre à notre mentalité, mais aussi à ce que les Américains appelleraient notre "way of life". C’est une guerre utile et drôle à la fois. Il faut tout nettoyer, à commencer par notre mentalité. Il faut tout changer, trouver des alternatives, installer de nouveaux réflexes, repenser notre façon d’emballer un sandwich… ou une conversation.

J’ai lu quelque part que le Maroc était le deuxième utilisateur mondial de « mica », après les États-Unis. Nous sommes donc des champions en la matière. Cela veut dire que la guerre que l’on mène contre « mica » est une révolution. Alors, je le dis en fermant à mon tour les yeux : "Vive la révolution !"

Karim Boukhari
Le360.ma


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