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Il y a quasiment un tiers de siècle que le Maroc claqua la porte de l’ex-Organisation de l’unité africaine (OUA), devenue Union africaine (UA). Aussitôt la république-terra-nullius qu’est la RASD admise au sein de l’ex-OUA, le Maroc en sortit en ce lamentable jour du 12 novembre 1984. Aujourd’hui, alors qu’il semble avoir réuni les conditions d’un retour digne au sein de l’organisation panafricaine, il mobilise amis et « presque-amis » pour retrouver son siège.

Le nouveau monde
Dès le crépuscule de cette même décennie 80 qui le vit abandonner son siège au sein de l’ex-OUA, le Mur de Berlin s’écroula, annonçant l’implosion de l’Empire soviétique. La guerre froide bipolaire cédera peu à peu la place à un monde unijambiste où ne règne en « seigneur et maître » absolu que le Marché. Un seigneur et maître qui assujettira la démocratie elle-même à ses éternuements boursiers, ses spasmes financiers et mêmes ses caprices antisociaux, comme on l’a vu en Grèce, en Espagne et même en France où le candidat Hollande put commettre en 2012 son célèbre « Mon ennemi, c’est la finance ! ».

En dépit de quelques vraisemblances bien trompeuses, les guerres ne sont plus idéologiques ; elles se font désormais autour de l’énergie, des voies d’acheminement de celle-ci et…de l’eau. L’idéologie n’est plus qu’un alibi laissé aux sous-traitants régionaux qui peuvent ainsi détruire les villes, désintégrer les nations et dynamiser le marché de l’armement à coups de centaines de milliards de dollars. Ce qui est « Tout bénéf » pour les impérialismes et les lobbys qui pourront par la suite revenir sur les lieux du crime pour reconstruire et engranger d’autres centaines de milliards de dollars. Tel est notre monde aujourd’hui : un capharnaüm où l’on rebat vertigineusement les cartes pour un monde irrémédiablement atone et déculturé. Débarrassé de tous les états d’âme patriotiques. Aucune spécificité ethnoculturelle ne pourra plus résister à l’argent-roi ; aucune valeur humaniste ne devra plus s’opposer au torrent « financiariste » !

Alors, les velléités d’hégémonie territoriale exprimées – souvent à coups de milliards de dollars – par les régimes naguère affiliés à l’ex-glacier soviétique se retrouvent sans ressort et sans écho dans un monde qui ne croit plus qu’aux flux capitalistiques et au business tous azimuts.

RASD, Nigéria, Afrique du sud : Des « fausses notes » géostratégiques
C’est dans ces conditions que le Maroc, après avoir séduit et « pénétré » l’Afrique subsaharienne au moyen de flux capitalistiques et de coopération intelligemment ciblée, se décide à déployer –enfin !- une artillerie diplomatique vigoureuse face à un régime algérien amorphe, au bord de l’implosion. A kigali se jouera donc, lors du sommet de l’UA, une partie où l’écrasante majorité des pays africains se rangera du côté de la demande marocaine de retour au sein de l’organisation dont il fut l’un des principaux fondateurs. Mais cette partie ne manquera pas de l’opposer, outre l’Algérie, aux mastodontes que sont le Nigéria et l’Afrique du sud. Examinons donc le poids réel de chacun de ces deux pays qui ont tant humilié le Maroc au sein des organisations internationales et, en premier lieu, au sein de l’UA. D’abord le Nigéria.

Ce pays réserve depuis les années soixante une « haine fidèle » au Maroc. Le conflit du Biafra qui a duré du 6 juillet 1967 au 15 janvier 1970 n’est pas étranger à cette haine. Non pas que le Maroc ait participé de près ou de loin à cette guerre civile nigériane qui a fait plus de deux millions de morts, mais uniquement parce que, répondant au vœu de De Gaulle, la Côte d’Ivoire de Houphouët Boigny et le Gabon de Bango, appartenant tous les deux au « Club des modérés », servirent de base arrière aux livraisons d’armes françaises destinées à scinder le géant anglophone nigérian. Le SDECE (actuelle DGSE) mobilisa alors des centaines de mercenaires européens (genre Bob Denard) dont un certain nombre furent entraînés au Maroc. En vérité, en soutenant la scission biafraise, comme tout impérialisme digne de ce nom, la France de Foccart visait non seulement le pétrole et les autres minerais in situ, damant ainsi le pion aux Britanniques, mais également l’accès du Biafra à une fenêtre sur l’Atlantique pour le bon épanouissement de ses consortiums potentiels. Mais, avec la chute du dernier bastion biafrais que fut Port Harcourt le 24 mai 1968, l’accès à l’Atlantique fut à jamais compromis.

Tout cela est bien vieux, certes. Mais le « syndrome de la balafre biafraise » demeure vivace pour le colosse aux pieds d’argile qu’est toujours le Nigéria et qui fédère pas moins de 250 ethnies, dont trois principales, les Haoussas , les plus nombreux, majoritairement musulmans et vivants au Nord ; les Yorubas, musulmans et chrétiens vivant à l’Ouest et au Sud-ouest ; et les Ibos (ou Igbos).

Celui qui préside actuellement le pays appartient à une génération élevée à l’alliance « opépienne » avec l’Algérie au détriment du Maroc. En effet, le Musulman sûnnite Muhammadu Buhari est avant tout un militaire affairiste. Un drôle de « zigoto » traînant des casseroles qui ne se comptent plus dont deux coups d’Etat particulièrement sanglants : celui –déjà !- de juillet 1966 que dirigea le Lt-colonel Murtala Muhammed et où notre « ennemi intime » se chargea de liquider physiquement la quasi-totalité des officiers Igbos et puis celui qu’il dirigea lui-même en décembre 1983 et qui le porta à la tête du pays du 31 décembre de cette année-là jusqu’au 27 août 1985.

Buhari n’est pas uniquement ce comploteur sanguinaire ; il s’est illustré également sur le « champ de bataille » corruptif et même délictuel, sinon criminel. En témoigne cette sombre affaire de la Nigerian National Petrolum Corporation (NNPC) qu’il dirigeait du temps où il était le ministre du pétrole et des ressources naturelles du président Olusegun Obasanjo. L’affaire en question est digne des mœurs mafiosiques : 2,8 milliardhttps://www.blogger.com/blogger.g?blogID=7545159879223448793#editor/target=post;postID=6062716087223464077s de dollars disparurent purement et simplement des comptes de la NNPC que dirigeait le « brave » Buhari !

Le personnage n’a jamais reculé devant l’abject, au point que l’écrivain nigérian, Prix Nobel de littérature, Wole Soyinka, publia un livre dont le seul titre, « Les crimes de Buhari », renseigne sur l’horreur que peut inspirer le personnage. Pis : En 2001, alors qu’il était dans l’opposition, l’actuel président nigérian soutint « corps et âme » la mise en application absolue de la « Charia » allant jusqu’à oser cette déclaration : « Je continuerai à montrer mon engagement total à la Charia qui déferle sur tout le Nigéria (…) si Dieu le veut, nous n’arrêterons pas l’agitation pour la mise en œuvre totale de la Charia dans le pays ». Mais, plus récemment, plus vil est son soutien à l’organisation terroriste Boko Haram. En effet, En 2012, son nom est ajouté par les jihado-takfiristes sanguinaires de BH sur leur fameuse liste de « personnes de confiance avec qui il est possible de négocier ». En 2013, Buhari demande notamment au gouvernement fédéral d’ « arrêter le massacre » des membres de l’organisation terroriste !

Les casseroles buhariennes ne se comptent plus, vous dis-je. Durant son mandat des années 80, il y eut l’affaire dite des « 53 valises » où des centaines de millions de dollars de l’Emir du Gwandu disparurent ; il y eut l’emprisonnement de l’artiste populaire Fela et sa condamnation à dix ans de prison avant qu’il ne fût libéré un an plus tard, au lendemain du renversement du régime ; il y eut l’expulsion d’un million de nigériens « à la faveur » de la crise alimentaire de 1984-1985…etc. Et le comble fut l’emprisonnement de plus de 500 hommes politiques et hommes d’affaires sous l’accusation de…corruption (sic) ! Tel est donc l’homme qui a soutenu et qui soutient toujours la fantomatique RASD au sein de l’UA.

Quant à l’Afrique du sud, elle souffre à l’égard du Maroc d’un « dépit amoureux » jamais guéri. Durant les années de combat de l’ANC, le parti de Mandela, le Maroc de Mohammed V et même celui du début de règne de Hassan II avait accueilli les leaders, les étudiants et même les combattants de l’organisation anti-apartheid. Hélas, plus tard, Hassan II s’était laissé aller vers une coopération avec les forces rétrogrades africaines encouragées par la CIA et la Françafrique, notamment au Zaïre et ailleurs. Au début du conflit saharien, alors que le mur anti-incursions polisariennes n’était pas encore édifié et que l’Amérique de Carter refusait au Maroc des équipements anti-missiles, le Maroc s’était tourné vers le détestable régime raciste de Pretoria pour acquérir (au prix fort) les moyens de sa défense et bénéficier de l’assistance militaire des officiers cette défunte Afrique du sud. Plus tard, Nelson Mandela, en souvenir des années de soutien marocain à l’ANC, consentit une visite officielle au Maroc. Mais quelle ne fut sa colère de constater de visu la prosternation des noirs de Touargua par-devant Hassan II ! Il confiera qu’il fût profondément scandalisé et consignera même sa répugnance dans ses écrits. Viendront par la suite les épisodes de la Coupe du monde, puis l’assaut entrepreneurial marocain au plus profond d’une Afrique subsaharienne peu réceptive à la voracité « businessienne » sud-africaine qui a fini par mettre en échec un nombre considérable de mastodontes économiques de ce pays. L’Algérie bouteflikienne, elle, a consenti aux sud-africains toutes sortes de passe-droits dans les domaines gaziers, financiers et équipementiers.

Gérer intelligemment le retour
Et que feront les ex-enragés et ceux qui ont longtemps refusé de s’impliquer d’un côté ou de l’autre, chacun ayant ses raisons propres ?

Si L’Égypte de Sissi, si assoiffée de capitaux saoudiens et de l’intercession marocaine, peut sortir de la « neutralité négative » qui était la sienne durant l’ancien régime en adoptant une attitude plus amène à l’égard du retour du Maroc au sein de l’UA, elle ne manquera pas de demander des compensations à ce royaume qui lui rafle, parfois sous le nez, des investissements industriels et des marchés. Les Libyens de Tripoli qui purent compter sur le légitimisme marocain lors des négociations de Skhirate seront sans doute du côté marocain au sein de l’UA.

La vaillante anti-marocaine qu’est la présidente de la Commission africaine, Mme Nkosanzana Dlamini-Zuma, quitte son poste. Toutes les tentatives visant à la ramener à des sentiments plus amènes à l’égard du Royaume se sont soldées par l’échec. La dernière fut tentée par Mo Ibrahim, le milliardaire anglo-soudanais, et ne put aboutir à un résultat probant. « Bon débarras !», s’est exclamé un chef d’Etat ami du Maroc. S’apprêtant à céder le magistère panafricain à son successeur rewandais, l’actuel président de l’UA, Driss Déby, doit beaucoup aux Marocains et ne voit nul inconvénient au retour du Royaume. Le Kenya, le Cameroun et nombre de dirigeants d’Afrique de l’Est ont été récemment approchés. Alors, avec tous ces atouts de taille, Rabat réussira-t-il son challenge d’aller étouffer la RASD et ses protecteurs là où ils ont longtemps étouffé les vérités historiques, géostratégiques et ethnoculturelles de la région ?

Par Abdessamad MOUHIEDDINE
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