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"...Elle tremblait de montrer quoiiii ?
Son petit hitsi bitsi tiny winy tout petit petit burqini qu'elle mettait pour la première fois..."
(Adaptation libre de la célèbre chanson de Richard Anthony)



Il ne manquait plus que lui à l'appel des menaces islamistes contre "nos" valeurs! La République tremble sur ses fondations, la laïcité manque de périr noyée au fond d'une piscine de la banlieue parisienne alors que certains venaient à peine de réussir à encommissionner le port de la burqa. Et voilà qu'une impudente convertie à l'islam choisit d'arborer fièrement (de la provoc, c'est sûr!) un BUR-QI-NI et de tester les limites de la permissivité républicaine. On s'attend à ce que la vague atteigne la Belgique d'ici peu - j'ai préparé mon gilet de sauvetage, mes lunettes de plongée et mes palmes par précaution. Je parie que l'on va barboter ferme sur cette question dans les semaines et mois à venir.

Le burqini, kessako? Une idée simple: un maillot de bain complet, des pieds à la tête, pour les dames (musulmanes en particulier) qui souhaitent profiter des joies aquatiques tout en respectant les prescrits religieux qu'elles se sont choisis (voir la photo). Bien que je ne me vois pas en porter un, je trouve cela plutôt sympa: c'est un compromis créatif entre respect de certaines obligations religieuses et contraintes de la vie moderne. Voir ici un excellent exposé sur la question.

Manifestement, ce n'est pas au goût d'un certain nombre d'esprits grincheux. Alors on invoque pêle-mêle émancipation de la femme et raisons sanitaires pour le bannir de certaines piscines municipales (ainsi que celles qu'il contient en conséquence).

Sans blague! Alors là, il faut que l'on m'explique !
D'abord les raisons sanitaires: le burqini serait un nid à bactéries! C'est bien connu que les piscines des Pays-Bas, de la Suède, de l'Australie et des USA (encore eux!) où le port du burqini est autorisé sont de véritables bouillons de culture. Nos piscines sont-elles donc fondamentalement moins saines que les leurs? Ou encore faudrait-il m'expliquer comment un maillot simplement 2 ou 3 fois plus grands qu'un maillot normal deviendrait subitement une bombe bactériologique en puissance? Soyons sérieux! A moins qu'en grattant un peu - mais je fais là du mauvais esprit - on ne retrouve derrière cet argument le fait que l'islam (et les musulmans) tendent à être considérés comme des cancers, une gangrène, des virus… parmi tous ces jolis termes que nous offre la problématisation médicalisée de l'altérité musulmane renvoyant à sa profonde nuisibilité pour le corps social européen.

Sur le coup de l'émancipation de la femme, j'ai aussi du mal à suivre: comment exclure une femme de la pratique d'un sport participe-t-il à son émancipation et à la promotion de l'égalité des hommes et des femmes? Certains s'étonnent que l'on puisse même désirer vouloir nager entièrement revêtue d'un tel costume et y voient une régression inexorable vers la pré-civilisation. Bon, au-delà du fait qu'en matière de sport, l'important soit de participer, je ne comprends pas l'équation entre nudité et civilisation à l'heure où les combinaisons de natation intégrales révélées aux JO de Pékin sont disponibles au Décathlon du coin. L'émancipation se situe-t-elle donc dans la surface couvrante du maillot ou dans l'intention de celui/celle qui le porte ? Ou y a-t-il une façon émancipatrice de porter la combinaison intégrale ? Ou la combinaison intégrale n'est-elle acceptable que pour les vrais sportifs? Que ferait-on si cette même dame s'était présentée avec une combinaison intégrale "sport" mais avec un bonnet de bain en silicone plutôt qu'une combinaison d'une seule pièce? Aie! Aie! Aie! Mais dans quels détails va donc se cacher l'émancipation? Le diable ne s'y trouve-t-il d'ailleurs pas déjà ?

Le bon côté de cette polémique de jacuzzi, c'est qu'on évite pour une fois au moins l'atteinte à la sacro-sainte mixité fondatrice de notre démocratie. Le burqini est en effet l'argument imparable qui permet de conjuguer dans un même élan mixité, sain effort sportif ainsi que convictions religieuses et républicaines! Sûrement trop beau pour être vrai!

Ceci étant, je ne peux m'empêcher de voir une symétrie interpellante entre deux affaires concomitantes : Lubna, au Soudan, condamnée parce que s'habillant trop court; Carole, en France, exclue parce que portant trop long. Dans les deux cas, la hisba (police des moeurs) est à l'oeuvre: religieuse pour l'une, laïcarde pour l'autre. Le résultat est le même: négation de la liberté humaine, imposition d'un modèle culturel/vestimentaire/social majoritaire à l'encontre de comportements minoritaires (des deux côtés somme toute assez raisonnables) et une dimension genrée évidente: ce sont - une fois de plus - les femmes qui paient l'addition. Et des deux côtés également, "on" a le culot de mobiliser le respect de la femme pour contraindre sa liberté.

La triste morale de ces histoires parallèles serait-elle que l'émancipation et le progrès de la femme ne se mesureraient qu'au recouvrement plus ou moins important du corps de celle-ci ? Si c'est le cas, le combat universel pour l'égalité substantielle des femmes et des hommes a encore de beaux jours devant lui.

Terminons sur une note positive: on constate enfin un signe de progrès évident au sein de notre civilisation avancée en matière d'égalité et de respect de l'autre: là où la malheureuse Lubna risque d'écoper de 40 coups de fouet pour avoir porté un pantalon, Carole échappe au châtiment corporel en Place de Grève pour cause de burqini pour ne garder au coeur que le stigmate brûlant de la discrimination, du rejet, et du fait que ses choix spirituels l'ont exclue pour longtemps de la société majoritaire à laquelle elle appartient pourtant.

Est-ce vraiment le modèle d'une société qui place la dignité de toutes et tous comme valeur centrale?










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