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Ce week-end, l’État a prouvé qu’il était en roue libre pour faire barrage au PJD au point de mettre en péril la stabilité même du pays pour laquelle il se présente pourtant comme garant.

Les agents d’autorité (moqaddems, chioukhs…) reçoivent-ils des instructions autrement que par leur hiérarchie ? La question est bien évidemment narquoise : nous savons tous depuis au moins l’ère Basri que le maillage sécuritaire du pays est construit sur la base d’une chaîne de commandement pyramidale qui sert autant à administrer le territoire et ses habitants qu’à les surveiller.

Lorsque Mohamed Hassad répond à travers quelques canaux médiatiques triés sur le volet pour à la fois colmater la brèche du message Facebook de Mustapha Ramid et éteindre l’incendie provoqué par cette marche destinée à casser du PJD aussi insensée que stupide, aurait-on enfin compris au sommet du pouvoir qu’à trop vouloir jouer au pompier pyromane, c’est la maison Maroc qu’on risque d’embraser ? Il faut en tout cas l’espérer.

Un signe qui ne trompe pas cependant : la réponse de Hassad aussi millimétrée et convenue soit-elle – ce n’est pas tous les jours que le ministre de l’Intérieur décroche son téléphone pour parler aux rédactions -, est un piètre rétropédalage. Le premier depuis que l’Intérieur taille des croupières au PJD, sur le front de la bataille des candidatures aux législatives à coup de destitutions et d’invalidations, que sur celui de la propagande par laquelle il alimente jour après jour et jusqu’à la nausée une presse jaune dominée par la puissance de l’argent.

Un haut-le-cœur ressenti par tous
Le ministre de l’Intérieur sonne peut-être une trêve, mais les séquelles de ce week-end seront durables. La première conséquence, immédiate, est le haut-le-cœur ressenti par tant de gens, y compris dans les rangs des opposants au PJD, face aux méthodes de barbouzes employées pour barrer coûte que coûte la route à Benkirane et à ses partisans. Des méthodes qui nous rappellent que dans ce domaine, l’Etat n’a pas évolué, alors que la société a changé et que les technologies de l’information et de la communication permettent à n’importe quel citoyen de se rendre compte des réalités que les médias d’Etat et leurs nervis tentent d’escamoter ou de maquiller.

Dans ces conditions, comment peut-on croire les bonnes paroles de Hassad qui vient nous dire à travers des médias asservis ou frileux que son administration n’a pas participé à mobiliser les milliers de personnes qui ont afflué ce dimanche à Casablanca ? Un déni de la vérité grotesque tant le nombre de témoignages recueillis en direct auprès de simples citoyens manipulés, trompés, humiliés par des fonctionnaires de l’Intérieur, prouvent qu’ils ont été menés comme un troupeau pour déferler dans la rue, ne sachant pour la plupart même pas pourquoi ils étaient là, battant le pavé sous le cagnard, affublés de pancartes et de banderoles dignes des dictatures les plus abjectes. On a dit à certains qu’ils allaient faire une balade à la mer, à d’autres qu’ils allaient manifester contre le terrorisme. A une vieille femme, c’était en guise de renvoi d’ascenseur pour un mouton offert pour l’Aïd, à de jeunes hommes pour exprimer leur colère en solidarité avec une adolescente violée par un Saoudien. Mais quel est donc cet État qui traite ces citoyens de la sorte, qui infantilise des milliers d’incrédules privés d’éducation, et qui foule lui-même des pieds cette Constitution brandie comme un talisman pour masquer ses propres dérives ?

Un boulevard pour le PJD
Il y a à peine six mois, c’était la même rengaine servie sur la question du Sahara lors de la mise en scène tout aussi ridicule contre Ban Ki-Moon à Rabat. A l’époque, les mêmes porte-plumes officiels affirmaient que le peuple était descendu spontanément dans la rue pour cracher à la figure du secrétaire général des Nations Unies. Ceux qui avaient rapporté l’évidence, comme nous, ont été livrés à la vindicte populaire et désignés comme des traitres à la patrie. Aujourd’hui, pour se déresponsabiliser de la mascarade anti-PJD, Hassad a déclaré que son ministère ne pouvait être l’ordonnateur de cette marche « désorganisée », citant comme contre-exemple, celle de…Rabat qui, elle avait été « encadrée », a-t-il avoué sans ciller. On marche sur la tête…

Que voulons-nous pour le Maroc ? Un scénario à l’égyptienne où pour en finir avec les islamistes on jetterait les valeurs démocratiques aux orties ? Un homme a dit face caméra qu’il a été contraint de se rendre à Casablanca « au nom du roi », alors qu’il y a un mois, il écoutait Mohammed VI dire à son peuple que son seul parti était le Maroc et qu’hier encore, il constatait qu’un chef de parti se faisait justement sermonner pour avoir prétendu que l’autoritarisme était le fait d’un conseiller royal.

Et c’est de cela que découle la deuxième conséquence de ce fiasco sans nom : l’État vient d’ouvrir un boulevard au PJD et à son tribun, qui après ce carnaval, s’est réuni avec ses troupes à Bouznika pour les chauffer à blanc tout en leur disant de ne surtout pas réagir aux provocations.

Voilà donc le triste bilan : à trop gratter les allumettes les doigts fébriles, l’État va finir par tout cramer.


Ali Amar

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