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L’affaire des amants de l’aube pris en flagrant délit d’ébats sexuels dans une voiture sur la plage entre Mohammedia et Bouznika aurait pu faire l’objet, dans ce même édito (Femmes du Maroc), d’une attaque virulente de notre part contre l’article 490 et la violation de la vie privée des individus dans notre pays. Il n’en sera rien tellement la sainteté autoproclamée des acteurs de cet Arlequin de mauvais goût, avec une mention particulière à l’héroïne Fatima, nous révolte.

 

Et si le pire ennemi de la femme était toujours une autre femme ?
Fatima Nejjar, veuve et mère de 6 enfants, a fait de la pureté et de la chasteté féminine au nom de la religion musulmane son cheval de bataille afin de remettre sur le “droit chemin” toute une génération de femmes jeunes et moins jeunes tentées par le grand Satan qui les enverra directement en enfer. Ses prêches et conférences, que l’on peut retrouver facilement sur Youtube, font froid dans le dos. Morceaux choisis : la femme peut commettre l’adultère rien qu’en regardant un homme dans la rue ou à la télé. Les chiens errants dévoreront les enfants bâtards que vous aurez engendrés si vous pensez à avoir une histoire d’amour…

A chaque fois, c’est la faute de la femme. C’est elle qui doit se protéger, se couvrir, se cacher et se préserver contre les tentations de Satan (encore lui). Notre héroïne réserve un traitement particulier aux femmes non voilées qu’elle appelle “moutabarejjates”, des êtres de mœurs légères qui constituent une cible trop facile pour les hommes. Ce langage animalier qui décrit la société marocaine comme une forêt d’horreur où règnent les prédateurs que sont les hommes et les proies que sont les femmes détruit tout le travail de générations de féministes et de défenseurs de l’égalité entre les sexes. Et ce, au moment même où le pays, grâce notamment à la vision du souverain, a réalisé des avancées extraordinaires dans ce domaine.

Aujourd’hui, alors que la vérité a éclaté au grand jour, il serait intéressant de connaître le sentiment des milliers de femmes qui ne juraient que par Fatima et ses semblables.

Alors qu’elle était en train d’expliquer à la gendarmerie les détails de son histoire d’amour glauque avec son amant, une centaine de ces pauvres brebis attendaient leur bergère à Casablanca pour une énième conférence sur la chasteté. Entre la savonnette, le kleenex et le mariage coutumier décrété légal, nous n’osons même pas imaginer la perte de repère de ces pauvres êtres en quête de guide spirituel et de vérité. Que dire de l’épouse légitime de notre Casanova barbu qui a du apprendre l’infidélité de son mari et subir l’humiliation avec ses enfants d’un scandale mondial (même le New York Times en a parlé), et venir, malgré tout, signer le document d’abandon de charges pour que monsieur recouvre la liberté.

Mais le pire dans toute cette histoire est que nos deux saints se sont mariés, légalement cette fois-ci, afin d’éviter la case prison et que presque personne n’y a trouvé à redire. Circulez, il n’y a rien à voir. Et dire que nous sommes en 2016. Fin de l’histoire !


L’extrémisme, ce mal profond dont souffrent nos sociétés dites musulmanes, joue à opposer une catégorie de femmes à une autre. Il ne fait que diviser une population qui souffre déjà de maux d’exclusion, de machisme et de stigmatisation de la modernité. Ce discours sectaire et culpabilisant est déjà en soi inacceptable. Mais en faire un fonds de commerce politique afin de récolter un maximum de voix à des fins électorales est le pire danger qui guette le développement de notre Maroc et sa démocratie.

Par Zineb Taïmouri
Source : femmesdumaroc.com/





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