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Dans un entretien avec "Le Soir d’Algérie", Rachid Tlemçani, professeur d’université et auteur de plusieurs ouvrages dont "Paroles de candidates élites et élections", donne un éclairage très intéressant sur la situation actuelle du pays.

Le politologue avertit et estime que "l’Algérie est assise non pas sur un baril de pétrole mais sur un baril de poudre". Pour lui, le mal de l’Algérie est profond. Pire la crise économique n’y changera rien puisque et contre-choc pétrolier sera une occasion pour imposer ses réformes. D’ailleurs, la question n’est plus arithmétique pour l’analyste, ni d’ailleurs dans les chiffres de la trésorerie publique, mais elle est intrinsèque au régime qui a atteint ses «limites congénitales".

Le pouvoir "tente d’instrumentaliser le contre-choc pétrolier pour justifier les programmes mis en place. Au lieu de faire un bilan sans complaisance, le gouvernement persiste et signe qu’il est toujours dans la bonne voie. Il faut seulement redoubler de vigilance face à un «ennemi extérieur» plus dangereux qu’avant", soutient Rachid Tlemçani.

La mèche
Comme bon nombre d’analystes, Rachid Tlemçani ne croit nullement à la "la paix sociale" tant louée en haut lieu. Elle est "illusoire, fictive, trompeuse. La situation peut prendre d’un moment à un autre une tout autre dimension. La loi de finances 2017 avec sa batterie de taxes risque d’allumer la mèche à tout moment. On est à la veille d’une implosion sociale". Ajoutant que finalement "le problème n’est pas vraiment tant cet événement que tout le monde redoute, cette implosion peut être salutaire dans certaines conditions bien précises. Mais c’est, plutôt, son mode opératoire qui est le plus redouté".

Et de sérier un certain nombre de raisons qui justifie ses prévisions. "Le pouvoir n’a pas d’interlocuteurs représentatifs et crédibles. Lorsque le dialogue social existe, il est biaisé. On cherche seulement à gagner du temps, les grandes décisions sont rejetées aux calendes grecques. La fuite des capitaux ainsi que la corruption, petite et grande, augmentent entretemps. La rue joue donc la fonction de médiation entre État et société, élites et citoyens, décideurs et «décidés»".

Évoquant l'explosion sociale qui pourrait advenir, il observe qu'elle sera différente de ce que le pays a connu jusqu'à présent. "Si la violence d’Octobre 1988 fut provoquée, instrumentalisée et par, conséquent «bien gérée», semble-t-il. Cela ne sera pas le cas demain. La violence en gestation serait difficilement gérable. Pour la génération «hors système», exigeante mais déboussolée, la violence reste le seul moyen pour se faire entendre. Le fait du prince est contraint désormais de distribuer les deniers publics avec parcimonie".

Rachid Tlemçani n'ira pas par quatre chemins concernant la loi de finances 2017. Il affirme que "la loi de finances 2017 est un véritable plan de guerre contre les laissés-pour-compte et les couches populaires". Pire, pour lui, la rigueur n'est imposée qu'aux couches moyennes et défavorisées. "Les privilèges des dirigeants et cadres supérieurs, cette caste, oligarchie, n’est pas concernée par les mesures d’austérité. Les dépenses farfelues et de prestiges sont toujours inscrites dans le projet de loi de finances 2017".

Le politologue rappelle qu'il n'y a pas de différend entre l'état-major de l'armée et la présidence, qualifiant cette idée de simple "vue de l'esprit". Il en veut pour preuve le budget de l'armée qui n'a pas cessé d'augmenter. Puis de préciser qu'"aucun groupe, y compris les économistes médiatiques, n’ont osé passer à la loupe ce budget. Il reste le grand tabou. Il représente en 2016 plus de 30% du budget national alors que les investissements dans les secteurs, à valeur ajoutée, sont très faibles."

Sur le plan politique, Rachid Tlemçani ne croit pas à la disparition de la police politique. Puis d'alerter sur un probable retour au parti unique, car le pouvoir, arrogant, ne voudra plus s'encombrer d'une "opposition folklorique". Il souligne à la faveur du dernier limogeage au sein du FLN que "le centre du pouvoir a commencé à se restructurer autour du FLN. Ce parti est toujours, on a tendance à l’oublier, sous la houlette du président de la République".

Source : lematindz.net/





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