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« L’instauration d’un système d’assistance juridique est l’une des mesures les plus importantes prises par le ministère au profit des Marocaines résidant à l’étranger (MRE) dans les pays d’accueil. L’objectif fixé est la sensibilisation des MRE de leurs droits et la protection de leurs intérêts dans les pays d'accueil, ainsi que l’orientation juridique par des avocats compétents désignés par les représentations diplomatiques du Royaume ».

Un engagement, une profession de foi, une promesse. Cette citation figure bel et bien sur le site du ministère chargé des MRE. Mais la parole n'est pas toujours suivie d'actes, que ce soit au sein de ce département ou du gouvernement. Les Marocains résidant à l'étranger confrontés à la justice dans leur pays de résidence n'ont pour la plupart jamais pu bénéficier de cette assistance juridique promise. Est-ce là un mythe ? C'est ce que l'on croyait jusqu’à aujourd’hui.

Ce jeudi, certains Marocains ont fait, pour la première fois, la connaissance de Mohamed Amine Sbihi. Il s’est exprimé sur un sujet d’actualité chaud qui crée actuellement le buzz sur la Toile, médias et réseaux sociaux confondus. Le ministre chargé de la Culture a affirmé hier soir, dans une déclaration de presse accordée à nos confrères du 360, qu’il suit « avec un grand intérêt » l’affaire de l’arrestation de Saad Lamjarred, accusé d’agression sexuelle en France. Notre ministre de la Culture affirme que les autorités marocaines et françaises sont en contact « pour tirer au clair cette affaire ». Il ajoute même que le Maroc va « faire tout le nécessaire pour régler le problème ».

Oubliant, certainement, qu’il est ministre et qu’il a, par conséquent, un devoir de réserve s’agissant d’une affaire en cours, Mohamed Amine Sbihi n’a pas hésité à afficher son soutien inconditionnel à l’égard d’un ressortissant marocain accusé de viol. Tant pis aussi si, à travers ces propos, il implique tout un gouvernement. Un exécutif de « gestion des affaires courantes », me diriez-vous. Ce n’est pas non plus la pomme de discorde.

Deux poids, deux mesures

On aurait pu comprendre si le ministre avait appelé à la prudence et au respect de la présomption d'innocence. Là où le bât blesse, ce sont ces droits à géométrie variable en fonction du statut social, de la richesse, la notoriété ou le pouvoir d’un Marocain. Que le royaume assure l'assistance juridique de l’un de ses ressortissants est un devoir. Que cette dernière soit réservée à certains et pas à d’autres a de quoi créer l’ire de nombreuses personnes, comme constaté sur les réseaux sociaux hier et aujourd'hui.

Que penser de la promptitude de la réaction de Monsieur Sbihi, alors que dans l'affaire de la rixe de Sisco (Corse) impliquant la famille Benhaddou, ni Anis Birou, ni les autres membres du gouvernement Benkirane que nous avions contactés n'avaient daigné décrocher leur téléphone mobile. Le sort d'une famille marocaine qui avait évité de justesse un lynchage par une centaine de villageois ne semblait guère émouvoir nos responsables politiques.

Alors que Saad Lamjarred n'aura aucun souci pour s'offrir les meilleurs avocats parisiens, rappelons que les trois inculpés de la famille Benhaddou (condamnés par la suite) ne disposaient au départ que des services d'avocats commis d'office. Le consulat et l'ambassade du Maroc avaient préféré botter en touche.

Aujourd'hui, c'est une autre histoire, et tout l'appareil diplomatique du royaume s'est mis en branle pour sauver le chanteur décoré par le roi Mohammed VI d'un Wissam Alaouite. Cette affaire jette une lumière cruelle sur le peu d'intérêt que nos responsables portent aux citoyens lambda. A croire qu'ils ont choisi comme règle de conduite la célèbre tirade de La Fontaine : « Selon que vous serez puissant ou misérable... ».

Yassine Benargane




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