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Lors d’une réunion au siège du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME) à Rabat, son secrétaire général, Abdellah Boussouf a reçu jeudi une délégation d’élus franco-marocains du cercle Eugène Delacroix. Les mêmes élus avaient été invités au Maroc pour observer les élections législatives qui se sont déroulées ce vendredi. Mais les déclarations du CCME et de ces élus ont déclenche l'ire de nombreux MRE. Réactions.

La participation politique des Marocains du monde (MDM) était au centre d’une réunion tenue jeudi au siège du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME). Présidée par Abdellah Boussouf, secrétaire général de cette institution avec la participation de membres du cercle Eugène Delacroix, la rencontre a été l’occasion d’évoquer de nouveaux arguments concernant la non-participation des MDM aux élections de ce vendredi. Le but étant de « démontrer que la participation politique des MDM est confrontée à des écueils d’ordre technique qui entravent sa mise en œuvre », à en croire le site du CCME qui fait le compte-rendu de cette réunion.

Le secrétaire général du CCME a également évoqué « un mémorandum » qu’il compte présenter à la nouvelle majorité et où seront listés les attentes et les besoins des MDM les plus urgents, poursuit le site du CCME. De leur côté, et lors de cette rencontre, les membres dudit cercle ont cité « l’amélioration des services des consulats » comme étant l’une des « principales demandes » des MRE.

Des propos et des déclarations qui n’ont pas été du goût de plusieurs élus et acteurs associatifs d’origine franco-marocaine joints ce vendredi par notre rédaction, à commencer avec Ilham Moustachir, élue PS à Gonesse en Île-de-France. « Ce sont des arguments qui ne tiennent pas vraiment debout. Pour moi, ce sont des arguments infondés », nous déclare Ilham Moustachir, qui ne manque pas de rappeler que les MRE ont bel et bien voté dans le cadre du référendum pour la Constitution.
« [Les autorités marocaines] doivent quand-même prendre exemple sur la France puisque les Français de l’étranger votent. Je ne comprends pas pourquoi les MRE, lorsqu’on a besoin d’eux pour des raisons d’ordres économiques, on arrive à les retrouver » déplore-t-elle, avant de rappeler que « voter est un droit ».
Concernant le cercle Eugène Delacroix, les MRE contactés restent catégoriques. « Je connais le cercle, mais je ne partage pas ses idées. Et personne ne me représente », nous précise Ilham Moustachir. Et de poursuivre que « les MRE rencontrent des problèmes énormes et il n’y a pas que des problèmes d’ordres consulaires ». « Un élu ne peut pas faire son travail de représentant ici et au Maroc, donc certainement pas des élus d’Eugène Delacroix. Ils ne peuvent pas être à la fois ici et au Maroc et il faut aussi que les MRE soient représentés par des gens comme eux et qui les connaissent bien », nous dit-elle en guise de conclusion.

« Un cercle qui fait du monopole »
De son côté, Afaf Gabelotaud, qui est conseillère métropolitaine à Paris et maire-adjointe au 18e arrondissement, estime que les MRE sont toujours hors du circuit. « Il n’y a pas de représentants à part le cercle Eugène Delacroix qui sont consultés mais il me semble que ce cercle fait du monopole. Ce qui fait que nous, que nous soyons élus ou militants associatifs, nous avons absolument aucune information et nous ne sommes jamais mis dans la boucle », dénonce-t-elle. Pour la conseillère métropolitaine, le fait que les MRE soient représentés par une seule entité n’est « pas logique, d’autant plus que cette association n’a pas de mandat pour parler au nom des autres associations ».

Pour le fait que les MRE soient privés du droit de vote, l’adjointe-maire ne cache pas son exaspération. « Je suis blessée de dire que ni moi ni mes parents qui sommes en France ne peuvent voter aux législatives et que nous n’avons pas non plus la connaissance des programmes. Nous avons des parents qui ont passé toute leur vie en ne votant ni dans leur pays d’origine ni dans leur pays de résidence », regrette-t-elle. L’occasion pour elle aussi de mettre les choses au clair : « Ce que nous souhaitons en tant que MRE, c’est d’être consulté et d’être une voix active dans le développement de notre pays, vu que nous pouvons apporter beaucoup de choses. Nous avons un regard extérieur mais aussi des liens et de fortes attaches avec le Maroc que nous souhaitons consolider et nous avons des choses à apporter », nous déclare-t-elle.

Quant à Mounir Lyame, conseiller départemental du Cher, il ne mâche pas ses mots lorsqu’il tire à boulets rouges sur le CCME. « C’est un conseil consultatif donc qui n’a pas de valeur ni de poids selon moi. Et pour une association que lui-même finance, ça ressemble davantage à du copinage », nous déclare-t-il sans embage. Pour lui, la question technique n’est pas un argument. « Elle est gérée par des fonctionnaires de l’Etat qui répondent à une commande politique formulée par des ministres, des parlementaires, par des élus », note-t-il.

Tout en disant ne pas connaître les gens derrière le cercle Eugène Delacroix, il confirme que le CCME n’a jamais tenté de le contacter. « Moi, qui suis élu par un mode d’élection plus légitime avec un suffrage universel et en mon nom », rappelle-t-il, en affirmant qu’à sa connaissance, les membres dudit cercle ne sont que des élus municipaux.

Mounir Lyame ne manque pas de réagir aux « préoccupations » formulées par les membres dudit cercle. « C’est faux de dire que nous avons des problèmes consulaires. Moi, je n’ai pas ces problèmes dont ils parlent », insisite-t-il avant d’affirmer que les MRE ont des problèmes « tout court ». Le problème de la diaspora marocaine serait principalement politique, à en croire ses mots. Les MRE revendiquent de disposer de représentants politiques capables de porter leur voix au sein du Parlement, conclut-il sa déclaration.

Et un Mémorandum, promis par le CCME, mais qui « existe déjà »

Pour sa part, Salem Fkire, président de l’Association Cap Sud MRE rejoint également l’avis des trois élus franco-marocains. « Les arguments avancés par le secrétaire général ne sont pas inconnus. C'est une rhétorique répétée depuis longtemps », nous dit-il. Dans sa déclaration, il s’interroge d’abord sur le fait que le Maroc avance la question technique, sachant que le Royaume est prêt à organiser la COP22 et prétend avoir la possibilité de préparer la Coupe du monde. « On ne peut donc pas sortir ce type d’arguments. Le Maroc a quand-même réussi à organiser le referendum sur la Constitution avec la participation des MRE », se rappelle-t-il.

Pour la problématique consulaire évoquée, Salem Fkire s’est interrogé sur la question sur « la base » de cet argument. « Pour le cercle Eugène Delacroix, qui vont dans le sens de monsieur Boussouf en disant que le seul problème n’est pas le vote, je pense qu’ils doivent rendre leurs écharpes dès leur retour à Paris vu qu’ils ont été élus par le peuple en France et qu’ils disent une fois au Maroc que les MRE n’ont pas besoin de voter », nous déclare-t-il.

S’agissant du mémorandum promis par Abdellah Boussouf, le président de Cap Sud MRE souligne qu’ « il existe déjà ». « Cap Sud MRE a été élue membre de la Commission du dialogue national et sur la société civile et les nouvelles prérogatives constitutionnelles. Après un an de travail, nous avons déposé un rapport qui a été constitutionnalisé et dans ce rapport, nous avons fait un travail de consultation auprès des MRE », rappelle-t-il.

Il cite notamment deux chiffres clés du rapport : « 91% des MRE interrogés sont pour la participation politique et 85% d’entre eux sont pour l’intégration des Marocains du monde dans l’ensemble des institutions marocaines ». Des chiffres qui mettent « à mal toutes les autres théories », estime-il. Et de conclure qu’« à force d’empêcher les MRE de voter, nous allons nous retrouver avec des 2ème et 3ème générations qui ne vont plus avoir affaire avec le Maroc ».

Par Yassine Benargane
Source : yabiladi.com/

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