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Bien que marrakchi d'extraction, j'aime toutes les villes marocaines, grandes et petites. Mais le sort de ville "marginalisée" auquel a droit la belle cité de Meknès de la part des pouvoirs publics ne cesse de m'interpeller.

Pourtant, la ville de Meknès compte peut-être l'une des plus grandes concentrations de culturels, d'intellectuels, de poètes, de malhouniens et autres zajaliens au kilomètre carré. Pourtant, sa marginalisation socioéconomique systématique continue à sévir.

D'ailleurs, des nombreux enseignements que j'ai tiré de mes recherches sur la dynastie alaouite, celui-ci me semble constituer un trait de caractère chez la majorité des sultans de cette dynastie : chacun d'eux tient à construire ses propres palais, voire sa propre ville, délaissant ainsi l'héritage architectural parfois éblouissant de son prédécesseur. Ainsi en fut-il de la belle ville de Meknès qui continue à être délaissée.

Un petit retour sur l'histoire de cette belle ville serait des plus indiqués. Son bâtisseur, Moulay Ismaël était probablement le sultan qui a marqué le plus la succession de règnes des Alaouites depuis le XVIIème siècle. Pensez donc que ce sultan fut le premier à bâtir une armée véritablement professionnelle composée de "Guich al Boukhari" (150.000 hommes), sans compter la milice arabe du "Guich des Oudayas" ou encore la flotte marine des corsaires de Salé qui lui fournissait à la fois esclaves chrétiens (toujours utiles dans les négociations avec les royaumes européens) et les armes récupérées lors des razzias. Ce fut aussi le sultan qui combattit les Ottomans d'Alger et put chasser les Européens, notamment les Espagnols et même les Anglais, des ports qu'ils occupaient (Assilah, Maâmoura, Larache, Mehdia, Tanger...etc.), faisant des milliers de prisonniers chrétiens. Il manqua de peu la libération de Sebta, occupée depuis le XVème siècle. Il entreprit même un voyage à Chenguit en 1678. Les forts et ribats qu'il a construits au Sahara sont encore visibles aujourd'hui. Jean-Baptiste Estelle, consul de France à Salé écrivit en 1698 à son ministre, Mgr. Jean Frédéric et Maurepas, "que la vaste étendue de l'Empire Chérifien est d'un seul tenant, de la Méditerranée au fleuve du Sénégal. Y vivent, du Nord au Sud, les mêmes populations Maures qui paient la "Gharama" au sultan".

Pourtant, l'homme était un diplomate chevronné. Non content de demander la main de la fille naturelle (Mlle de Blois) de son contemporain Louis XIV, fort de sa puissance militaire et son prestige, il favorisa l'entente avec la France du Roi Soleil. Ainsi, en 1682, un traité d’amitié entre le Maroc et la France fut signé à Saint-Germain-en-Laye.

Il ne cessait d'ailleurs de recevoir les ambassadeurs des grandes puissances de l'époque, cherchant à développer les relations commerciales avec leurs pays. Mais également pour discuter du sort de leurs compatriotes prisonniers qu'il gardait dans sa prison souterraine de Meknès. D'ailleurs, c'est le seul sultan à ma connaissance qui fit d'un juif son premier ministre (Assadr al a3dham) et désigna à la tête du ministère des affaires extérieures (Wazir al bi7ar) un autre juif (mayramane). Et c'est également le seul monarque qui a, à jour, battu le record de longévité sur le trône (55 ans !)

Ce grand sultan à la peau plus basanée que blanche, était de mère sahraouie, plus exactement chenguitie, tout comme son épouse préférée, l'érudite Khnata fille du Cheikh Bakkar M'ghafri Chenguiti. A sa mort, il laissa plus d'un millier d'enfants issus de ses 500 concubines !

La ville de Meknès qu'il bâtit avec amour et persévérance sera marginalisée par la quasi-totalité de ses successeurs, y compris du temps de Hassan II. Elle aura ainsi souffert de la même indifférence que Safi, Essaouira (que les festivals ont sorti d'un long oubli) et une série d'autres cités les unes plus anciennes que les autres.

Ce que je viens de rapporter est connu de tous. Ce fut juste un rappel à l'adresse des gouvernants sans mémoire !

Par Abdessamad Mouhieddine








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