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M'jid El Guerrab, Franco-marocain, Président du think tank Med Spring, se porte candidat pour la députation à la 9ème circonscription des Français de l’étranger. Né à Aurillac, en 1983, dans une famille originaire de Ait Ishaq, village berbère du Moyen Atlas marocain, immigrée en France quelques années plus tôt, le petit M’jid est le cinquième enfant d’une fratrie qui compte sept membres.

Vous vous portez candidat au sein du Parti socialiste français pour succéder à Pouria Amirshahi, actuel député de la 9ème circonscription des Français de l’étranger, pour quelles raisons vous présentez-vous ?


La situation politique française est explosive. Nous passons de polémique en polémique sur les musulmans. Nous sommes confrontés à une montée dangereuse de l’islamophobie. Depuis les attentats qui ont ensanglanté la France en 2015, nous constatons une double radicalisation : d’un côté les jeunes issus des quartiers populaires qui trouvent dans le discours de Daech une forme de revanche, et de l’autre, une partie des Français qui se radicalisent avec une libération de la parole islamophobe terrible. Cet été en Corse, des centaines de Français sont descendus dans la rue pour en découdre… Certes la justice a fermement condamné les protagonistes de l’affaire mais cela étant, ce genre de phénomène de groupe sont inquiétants pour le vivre-ensemble et pour la cohésion de notre société.

Face à cette situation, que faire ? Se détourner et continuer à laisser celles et ceux qui nous ont mené là ou alors, prendre nos responsabilités et rentrer dans le jeu ? Si je me porte aujourd’hui candidat dans cette circonscription, c’est pour trois raisons.

La première raison est le fruit d’un parcours politique. Voilà plus de 15 ans que je suis militant politique et associatif, notamment entre le Maroc et l’Algérie. 15 ans que je colle des affiches, distribue des tracts, range des salles, organise des réunions et participe à la réflexion et au combat collectif. Je pense avoir suffisamment été supporter pour enfin devenir joueur et rentrer sur le terrain pour mouiller le maillot.

Deuxième raison, je pense avoir une légitimité territoriale pour être candidat. Il faut avoir un ancrage local fort dans la circonscription dans laquelle on se présente ; c’est mon cas au Maroc et en Algérie. Le Maghreb, en l’occurrence, compte plus de 70 % des électeurs inscrits sur les listes consulaires.

La dernière raison est que notre génération a le devoir de s’engager politiquement pour redonner confiance à nos concitoyens. La vie politique est une forme de communautarisme déguisé. Ils sont entre eux. Se donnent les postes. Se font des faveurs. Gèrent les choses en coulisse et règlent leurs petites affaires dans leur coin. Même vocabulaire, même école, même milieu social, c’est ici qu’il faut fortement introduire de la diversité. Pas uniquement de la diversité ethnique, mais surtout de la diversité sociale.

Je veux être le candidat de l’espérance républicaine. Mon profil, c’est celui d’un jeune franco-marocain, fils de bûcheron, petit-fils d’un vendeur d’eau (un Guerrab en arabe), qui par l’école de la République est devenu conseiller du deuxième personnage de l’État et conseiller du gouvernement de la France.

Depuis 2014, je suis cadre-dirigeant à la Caisse des Dépôts et Consignations. Récemment, j’ai été nommé conseiller auprès du premier secrétaire du Parti socialiste, Jean-Christophe Cambadélis. Fonction que j’exerce à titre militant et bénévole. Je suis convaincu de pouvoir.

Vous avez face à vous dans la désignation interne un candidat très particulier qui a été coordinateur national du renseignement et qui dit être soutenu par le Président de la République en personne. Il a par ailleurs été ambassadeur et conseiller du gouvernement sous Sarkozy ? Dernièrement dans un article du Point, il critiquait « les professionnels de la politique » en faisant certainement référence à ses concurrents dont vous êtes, quelles sont vos chance face à lui ?

J’ai décidé d’adopter une ligne de conduite dans cette primaire interne : le respect et la responsabilité des propos. Tout le monde n’étant pas dans cette posture, je ne peux pas laisser passer de tels propos outranciers sans réagir.

Il faut avoir du toupet pour se présenter, après quelques mois d’adhésions au PS, devant des camarades qui ont 15 ans de militantisme, 10 ans de combat face aux gouvernements de droite que l’on a servi comme collaborateur politique, et tenir de tels propos outranciers !

Venant d’une girouette politique, être traité de « professionnel de la politique » est finalement une forme de compliment.

Dans la vie politique, il faut de la constance et de la crédibilité ! La République des copains et des copines ne suffit pas à vous donner une légitimité.

Il faut de l’éthique et de la responsabilité. La vie politique française souffre de l’inconstance et du syndrome de la girouette ! La fameuse ouverture de Sarkozy a fait beaucoup de mal et elle nous poursuit encore… jusque dans les travées de mon parti.

En tout état de cause, je ne me présente avec le soutien de personne. Je n’ai ni sollicité Ségolène Royal avec laquelle j’ai travaillé, ni les élus que j’ai côtoyé, ni le Président de la République que je connais depuis 10 ans pour être né et avoir grandi dans une ville proche de Tulles… Les militants sont libres et n’aiment pas qu’on leur impose des oukases.

Je leur propose mon profil, je leur présenterai à chacun d’eux mon programme, si les statuts du parti sont respectés, ils pourront voter librement et en leur âme et conscience.

Le reproche que les Français de l’étranger font à leur député est souvent un manque de présence sur le terrain, à leur côté, comment compter vous y remédier ?

Le premier acte politique fort que j’ai pris cet été est de transférer mon adhésion au Parti socialiste de Casablanca. En terme de militantisme, c’est très important pour de nombreuses raisons et pour le vieux militant que je commence à devenir, c’est symbolique.

Si je suis élu, je m’engage à travailler aux côtés des forces vives de notre circonscription en tenant régulièrement des permanences et en faisant des sections du parti un réceptacle des besoins et des demandes de nos concitoyens. Il faudra mettre en place un système de permanences physiques tournantes dans tous les pays de la circonscription. Il faudra aussi s’appuyer sur les élus consulaires et les conseillers de l’AFE.

De plus, grâce aux outils numériques, chacune et chacun pourra saisir son député à tout moment. Dans chaque pays, je nommerai des référents qui auront la possibilité de venir régulièrement me rendre compte des situations dans chaque pays. Internet ne remplacera jamais la présence physique et j’essaierai autant que faire ce peut d’avoir un maximum de relais sur le terrain.

Pour la fréquence des permanences que je ferais, je ne peux pas encore prendre d’engagement mais tout cas, je m’engage à passer la moitié de ma vie dans un avion ! (Rires).

Parlez-nous de votre programme. Qu’est-ce que vous proposer aux Français de l’étranger ?

Sur le fond, rien n’est encore arrêté. Sur la méthode, je vais lancer une grande consultation via une plateforme web à destination de l’ensemble des Français de la circonscription pour faire remonter les meilleures propositions possibles. Beaucoup de Français m’ont fait part de leur volonté de participer sur le fond. Parallèlement je vais entamer dès le mois de novembre une tournée dans tous les pays où je tiendrais des réunions publiques. Nous aurons de grandes rencontres à Casablanca, Alger et à Dakar, je me rendrai également dans tous les pays de la circonscription. Mon équipe de campagne qui compte une vingtaine de personne est d’ores et déjà mobilisée pour ces déplacements.

Le Parti socialiste a déjà produit un projet fédéral cet été, c’est une bonne matrice de départ. J’ajouterais qu’il faut surtout que la République change de regard sur nous ; Les Français de l’étranger ont souvent le sentiment d’être des citoyens de seconde zone. Ils sont pourtant les vrais ambassadeurs du quotidien.

Pour formuler mes thématiques, je parlerais de « 5 S » : et en toute premier lieu de la scolarité. Les frais de scolarité dont doivent s’acquitter les familles pour l’école de la République sont exorbitants. Nous devons tenir cet engagement : la France pour tous! Et partout. Il faut une action forte pour trouver des solutions et agir sur les charges dans les lycées et sur les frais de scolarité, trop élevés.

En second lieu vient la santé. Il faut que la République permette un égal accès aux soins à tous les Français, qu’ils vivent en France ou à l’étranger. Les droits d’entrée à la CFE restent souvent un obstacle pour bon nombre de nos concitoyens.

Troisième « S », la sécurité. Il existe le dispositif « Ariane » (un service gratuit qui permet aux voyageurs français qui se rendent à l’étranger d’être contactés par les services consulaires en cas d’urgence, ndlr) qui a démontré son efficacité, mais je pense qu’on peut encore améliorer notre système de prévention, surtout dans les zones à risque, sans stigmatiser les pays. Il faut une vraie politique d’accompagnement des Français de l’étranger avec un vrai service public de la sécurité.

Je voudrai parler aussi de la solidarité. En tant qu’homme de gauche cela me tient particulièrement à cœur. Il existe plusieurs dispositifs pour la solidarité des handicapés, des personnes âgées, des plus démunis pour différentes prestations sociales, entre autres. Il faut désormais réfléchir à une rationalisation et à la diffusion d’une meilleure information pour que chacun puisse avoir recours à ce à quoi il peut prétendre.

Enfin, il y a le « S » de sentiment d’appartenance. Nous devons travailler sur la contribution réelle des Français de l’étranger aux finances de l’état et au rayonnement économique et culturel de la France.

Aujourd’hui, la part du budget de l’action extérieure de l’état qui concerne directement les Français de l’étranger s’élève à peu près à 800 millions d’euros annuellement, et dans le même temps le Centre des Impôts des Non-Résidents perçoit environ 600 millions d’euros de contribution fiscale.

Actuellement, je travaille, avec l’Assemblée des Français de l’Étranger à la préparation d’une étude prévue pour 2017 qui reprend un thème déjà abordé par le président de l’AFE, Marc Villard en 2012 : Les Français de l’Étranger ne sont pas une charge pour la France, mais une source de profits. Cette étude est destinée à évaluer la contribution réelle des Français de l’étranger à la richesse nationale pour démonter, chiffres à l’appui, qu’il ne faut pas nous considérer comme un coût, mais plutôt comme une valeur ajoutée.

Source algerie-focus.com/



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