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Le roi du Maroc mène une tournée inédite, au Rwanda, en Tanzanie et en Éthiopie. Avec la réintégration de l’Union africaine en ligne de mire.

Le roi Kigeli V, dernier monarque du Rwanda renversé en 1961 s’est éteint dimanche 17 octobre en exil, aux États-Unis. C’est un autre roi qui a atterri deux jours plus tard, à l’aéroport de Kigali. Pour sa première visite au Rwanda, Mohammed VI a été accueilli au pied de son jumbo jet par le président rwandais Paul Kagamé, tout sourire.

Jusque-là, la politique africaine de Mohammed VI s’appuyait sur le voisinage d’abord francophone. Le Maroc est désormais le premier investisseur africain en Afrique de l’Ouest et le deuxième à l’échelle du continent.

Signe de l’appétit économique du royaume, la fine fleur du capitalisme marocain est du voyage. Attijariwafa Bank, principale banque privée du Maroc, contrôlée par la holding royale SNI, a annoncé au deuxième jour de la visite qu’elle finalisait l’acquisition de la Compagnie générale de Banque (Cogebanque), la troisième banque rwandaise. Une nouvelle étape pour Attijariwafa, déjà solidement implantée en Afrique de l’Ouest et du Nord.

Dans un autre registre, et comme en Côte d’Ivoire précédemment, le secteur immobilier mettra à disposition son savoir-faire, à travers la construction de 6 000 logements sociaux dans la capitale rwandaise, financés par la banque rwandaise de développement et la Bank of Africa, détenue par le Marocain Othman Benjelloun.

Dix-neuf accords bilatéraux ont été signés au Rwanda et d’autres devraient être annoncés dans les prochains jours à Dar Es-Salam et à Addis-Abeba. L’équation marocaine est complexe : ses soutiens historiques, majoritairement en Afrique occidentale et centrale, ne sont pas les plus dynamiques économiquement ni les plus vertueux démocratiquement. De l’autre côté, Mohammed VI est particulièrement attiré par « la nouvelle génération de dirigeants pragmatiques et ambitieux pour le continent », que lui font découvrir ses conseillers diplomatiques. Paul Kagamé, dirigeant autoritaire et bâtisseur d’un nouveau Rwanda, correspond parfaitement au nouveau ton de la diplomatie marocaine, plus abrasif avec la France et les pays occidentaux.

A Kigali, le chef de l’État marocain affiche ainsi sa proximité avec un dirigeant hostile à Paris, quatre mois après l’avoir reçu à Casablanca. Trente-deux ans après avoir claqué la porte, Rabat travaille à son retour au sein de l’Union africaine (UA). Pressé par des pays amis (Sénégal, Gabon, Congo, etc.), le Maroc a fini par admettre l’inefficacité de sa politique de la chaise vide.

Lors du dernier sommet de l’UA, dans la capitale rwandaise en juillet, leur complicité a débouché sur la demande de réintégration de Rabat dans l’organisation panafricaine, sous la forme d’une motion signée par 28 pays. Le lobbying des diplomates marocains a été facilité par Paul Kagamé, lui-même, hôte du sommet. La présence de Mohammed VI avait même été évoquée, avant d’être annulée. Le roi a cependant officialisé au même moment par courrier sa volonté que le Maroc réintègre « sa place naturelle » dans l’UA. Le prochain sommet de l’UA, prévu à Addis-Abeba, en janvier 2017 devrait être décisif. En effet, après la motion en faveur du Maroc, un vote au sein de la Commission de l’UA est encore nécessaire.

Les démarches actuelles de la diplomatie marocaine semblent aussi liées à ce grand dessein. Dans le dernier mouvement d’ambassadeurs, rendu public juste avant son départ en tournée, Mohammed VI a placé des diplomates de carrière dans les capitales, de moins en moins nombreuses, qui soutiennent encore les séparatistes sahraouis. Au Nigeria, en Tanzanie et en Ouganda, en Éthiopie, les nouveaux ambassadeurs sont réputés d’excellents connaisseurs des questions africaines. Profitant de la surface diplomatique qu’offre l’organisation de la COP22 à Marrakech, le roi organise aussi le 16 novembre un sommet des chefs d’États africains, et pourrait également assister au sommet de la Francophonie à la fin du mois.

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