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Deux scandales sexuels, deux réactions ; le chanteur admiré et l'actrice honnie. Deux affaires qui mettent en exergue l'incohérence de notre société.

Depuis l'annonce de son interpellation, confirmée dans la soirée de jeudi par le parquet de Paris, la toile est en émoi ! Le chouchou de la variété marocaine, la star, « Lam3allem » Saad Lamjarred arrêté à son hôtel des Champs Élysées, placé sous le coup de graves accusations de séquestration et tentative de viol dans la capitale française.

Inconcevable, impossible ! Les fans sont rapidement montés au créneau, affichant leur soutien sur les réseaux sociaux ; le ministre de la Culture est sorti de son devoir de réserve, « l'Etat prend cette affaire très au sérieux » et tous souhaitent s'assurer que les droits du Sieur Lamjarred ne soient pas bafoués. Difficile, au vu des premières réactions dans cette affaire judiciaire, de savoir s'il est accusé ou victime...

Une autre affaire en 2015, impliquant les bonnes mœurs, fait également bondir la société civile et les officiels. Néanmoins, les réactions, loin d'être compatissantes ou chaleureuses, se sont révélées d'une extrême violence.

C'est l'histoire d'une jeune femme également marocaine et figure publique. Elle est actrice et a campé le rôle principal d'un long-métrage audacieux et engagé sur une réalité trop souvent occultée : la prostitution à Marrakech. Son nom est Loubna Abidar. Sa participation à « Much Loved », signé Nabil Ayouch, lui a non seulement valu d'être lâchée par les instances culturelles, le gouvernement, la société civile, mais totalement lynchée par ceux-ci et les pseudo gardiens des bonnes mœurs. La jeune femme n'a suscité que mépris et a été traînée sur la place publique pour un rôle ! Ses détracteurs les plus virulents l'ont accusée de représenter une image dégradante de la femme marocaine. Avoir incarné une prostituée le temps d'une fiction a cristallisé autour de sa personne, un rejet épidermique et une haine des plus tenaces...

Malgré la présomption d'innocence dont il bénéficie jusqu'à son assignation devant la justice, Saad Lamjarred est dans ce scandale – réel – personnellement impliqué. Le principal acteur ! En quoi cette affaire ne dégrade-t-elle pas l'image des hommes et du Royaume ? Pourquoi lui accorder tant de crédit et de sympathie ?

Le concert du chanteur marocain, prévu samedi 29 octobre à Paris, a été déprogrammé, tandis que les fans continuent de crier au complot. « Les gens cherchent à lui nuire » ; une « mafia des spectacles » serait dans le coup ; ils sont « jaloux de son succès » ; et autres sempiternels arguments du « ce n'est pas moi, mais les autres » ! L'art de se dédouaner et dégager sa responsabilité si propre à notre société... Une « irresponsabilité » qui prend des allures nauséabondes lorsqu'un célèbre pénaliste marocain affirme que l'affaire ne pourrait probablement pas être qualifiée de viol, car la jeune victime a suivi le chanteur de son plein gré... (nous marchons sur la tête !)

Les affaires respectives de Loubna Abidar et Saad Lamjarred sont symptomatiques de l'incroyable hypocrisie dont, nous Marocains, savons si bien faire preuve. Sauver les apparences, à tout prix. La jeune star de la chanson ne peut être livrée à la vindicte populaire. Belle gueule et succès : une image du Maroc qui réussit et qui s'exporte ! Un visage qui se placarde sur des campagnes publicitaires (qu'il serait sans doute trop coûteux de remplacer ?)... Voici ce qu'incarne le chanteur aux allures de jeune premier et qu'importe qu'il eût également été éclaboussé par une autre affaire d'agression sexuelle en 2010.

En revanche, lorsque est exposée une réalité crue et sans fards sur un phénomène de société indéniable, certains préféreront les œillères. Nier et détourner le regard, pas de ça chez nous... D'autres, attaqueront délibérément et avec virulence celles et ceux qui dérangeront l'image d’Épinal qu'ils ont patiemment construit. Nous arrêterons-nous un jour de nous contenter des apparences ?

lesinfos.ma/







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