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Plusieurs incidents violents et la mort de deux jeunes ont décidé les autorités à dissoudre les groupes qui enflamment les stades du royaume.

Le bras de fer continue entre les ultras, d’un côté, les clubs et les autorités, de l’autre. Dimanche 27 novembre, le derby casablancais entre Wydad (en rouge) et Raja (en vert) doit se jouer à Agadir, à près de 500 km au sud de la capitale économique. Depuis la fermeture en mars du stade Mohammed V, après une énième éruption de violence, les supporteurs bidaouis doivent effectuer de longues distances pour soutenir leur équipe favorite.

Qu’est-ce qui peut bien pousser un club à s’éloigner autant de sa ville et donc de ses supporteurs les plus nombreux ? La Fédération royale marocaine de football (FRMF) avait dans un premier temps proposé que le derby se tienne à Rabat, à moins de 100 km. Mais c’est la direction du Raja qui aurait opté pour Agadir, pour des raisons de sécurité, selon la presse locale. Le dernier derby casablancais s’était joué à huis clos dans le stade de Tanger. Les Verts l’avaient remporté 3-0.

« Pas dissous »

Pour ce 121e choc entre les deux équipes casablancaises, les autorités déploient un impressionnant dispositif de sécurité en prévision de l’arrivée de 40 000 supporteurs venus de tout le Maroc. Y compris sur l’autoroute, où elles anticipent un trafic exceptionnel. Pourtant, la majorité des groupes de supporteurs jurent qu’ils n’iront pas à Agadir. Ils entendent ainsi dénoncer leur interdiction par le ministère de l’intérieur, il y a plus de six mois. Sur les murs des lycées, un tag fait tâche d’huile : « Les ultras ne seront pas dissous ».

Les plus organisés d’entre eux sont les ultras : les Winners pour le Wydad, les Green Boys ou les Eagles pour le Raja, les Ultras Askary pour l’AS FAR, le club de l’armée. Ce mouvement, apparu au mitan des années 2000, a essaimé depuis dans tout le royaume, d’Agadir à Tanger, de Berkane à Kénitra. A l’étranger, ils se sont fait connaître grâce à la Coupe du monde des clubs organisée au Maroc en 2013 et sont de toutes les compétitions continentales organisées par la CAF.

Tous ces groupes revendiquent une culture du stade née en Italie et qui a touché la rive sud de la Méditerranée, d’abord en Tunisie. Au Maroc ou en Egypte, ils constituent aujourd’hui une grande partie de l’identité des clubs, en rivalisant de slogans et de tifos ou autres « bâches », de spectaculaires créations visuelles qui mobilisent jusqu’à plusieurs milliers de spectateurs.
« Quand on compare l’ingéniosité et les moyens déployés par les ultras et la faiblesse du niveau technique sur le terrain, le spectacle paraît plus attrayant dans les tribunes que sur la pelouse », ironise Farouk Abdou, journaliste sportif et spécialiste du football maghrébin.
En avril, les ultras ont été dissous par décision administrative, suite au décès de deux jeunes supporteurs dans des combats en marge d’une rencontre entre le Raja de Casablanca et le Chabab Rif Al-Hoceima. Les affrontements les plus durs ont opposé, ce 19 février, des supporteurs rajaouis entre eux, apparentés à des groupes d’ultras rivaux.

« Sortie de l’anonymat »
Alors que les clubs et les autorités toléraient jusque-là banderoles et tifos, plus aucun signe distinctif n’est toléré depuis la dissolution. Dans un geste de défi, tous les groupes d’ultras ont mis de côté leurs différences pour décider, en juillet, d’un boycottage du début de la saison 2015-2016. Et il faut dire que la Botola (le championnat marocain) a bien grise mine depuis que les virages se sont assagis.

« On voudrait détourner les gens de la Botola que l’on ne s’y prendrait pas mieux, s’indigne Hicham, proche des Winners du Wydad. Je suis dégoûté par le hooliganisme et la violence, mais je ne pense pas que la dissolution soit une solution pour ces jeunes. » Dans leur communication de crise, les ultras, qui se méfient de la presse, ont martelé un argument en boucle : ils ne sont pas des hooligans et ne peuvent pas maîtriser des milliers de jeunes, encore moins les mineurs.
« La majorité des supporteurs ont moins de 25 ans. Ils sont à la recherche d’une idole, de rencontres, d’émotion, résume le sociologue Abderrahim Bourkia, auteur d’une thèse sur le sujet. Appartenir à un groupe d’ultras est une manière de dire qu’on existe et qu’on s’identifie. C’est une sortie de l’anonymat. »
La délinquance est de plus en plus jeune. « Le problème majeur reste la gestion des entrées au stade, estime Mehdi, avocat à Casablanca et féru de foot. Un mineur non accompagné qui se rend au stade sait qu’il a une chance de rentrer et c’est problématique. »

En attendant des solutions, Mehdi n’a plus mis les pieds au stade depuis deux ans, alors qu’il paie une cotisation annuelle.

Youssef Ait Akdim
Le Monde Afrique, Rabat








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