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Depuis la publication en 1995 de mon livre « Islam/Occident, deux imaginaires de l’adversité » (Ed.IREA, Paris), peu d’islamologues compétents ou autoproclamés se sont attelés à une réflexion complexifiée sur l’état des lieux. « Islamisme » par-ci, « pro-occidentalisme », par-là…

Les regrettés Mohamed Arkou, Abdelwahab Meddeb ou encore Abdellah Laroui s’y sont essayé, souvent avec un certain bonheur. Ce texte n’a aucune prétention autre que celle –ô bien modeste !- d’identifier les acteurs et le décor de cette adversité qui n’en finit pas.

La période de mutation que nous vivons n’est rien d’autre qu’une confrontation historique entre l’image (périmée) que nous nous faisons de nous-mêmes et la modernité qui nous submerge. Les Musulmans qui constituent la majorité écrasante de notre peuple arrivent difficilement à s’insérer dans un universalisme torrentiel de type occidental. Notre droit d’aînesse, nos codes sociaux seigneuriaux, notre charia, nos réflexes patriarcaux et, d’abord, notre conception du monde sont mis à rude épreuve. Du coup, la concorde intercivilisationnelle nous semble hors de portée. Depuis la liquidation du communisme, les dénominateurs communs cèdent la place aux dominateurs. Les premiers tombent les uns après les autres ; les seconds ne reconnaissent que la guerre des parts de marché. Fin de l’histoire ? Clash des civilisations ? Bien sûr qu’il y a affrontement entre la sphère musulmane et la galaxie occidentale ! Bien sûr que les clashs se répètent et ne se ressemblent pas. Mais, acceptera-t-on jamais de reconnaître le fait que nous n’ayons à en vouloir qu’à nous-mêmes ?

Les décadences intermittentes accumulées par le monde musulman depuis le XIIIème siècle, c’est-à-dire depuis que nous eûmes claqué la porte au nez de l’ijtihad, sont seules coupables de notre déconfiture actuelle. Nous avons collectionné les forfaits et les forfaitures culturels en collectionnant les pensées uniques. Dans une anthologie méritoire, Ismaïl Larbi dénombre pas moins de 298 groupes (foroq) et doctrines ont existé tout au long de l’histoire musulmane (1). Malgré les claques reçues aux XIXème et XXème siècles, nos programmes scolaires continuent à véhiculer une lecture arbitraire – parce qu’ethnocentriste – de l’histoire des hommes. Que savent nos gamins du bouddhisme, du confucianisme, des substrats civilisationnels incas, hindous ou tout simplement pharaoniques ? « Si nous avons été colonisés, c’est bien parce que nous étions colonisables ». Une certitude historique à laquelle nous continuons à opposer négation et fausse fierté. Lorsque l’Orient avait conquis, parfois sauvagement, le Nord, des millions de femmes, d’enfants et d’hommes virent leurs destins individuels et collectifs virer parfois à l’apocalypse. On a exposé les têtes de cadavres aux portes de Bagdad, de Damas, du Caire, du Kossovo…etc.

C’est, depuis les Lumières, au tour de l’Occident opulent, conquérant et arrogant d’humilier le reste de l’humanité. Est-ce de bonne guerre pour autant ? Cela l’était jusqu’au jour où ce même Occident nous a gratifié de sa Déclaration universelle des Droits de l’homme au lendemain de la seconde guerre mondiale. N’est-ce pas l’Occident qui s’est imposé à lui-même, jusqu’à l’extérieur de ses frontières, le fameux «devoir d’ingérence» ? Une ingérence qui passe par les interstices du droit international pour assouvir la rapacité des intérêts militaro-industriels, pétroliers, gaziers et maintenant hydrauliques. Le dialogue de sourds a duré durant les cinq derniers siècles avant de se convertir en deux monologues l’un aussi suffisant que l’autre. Quand l’Occident nous parle de dignité, nous invoquons la fierté. Quand il privilégie les choses de la terre, nous nous référons à celles du ciel. Nous en sommes là.

En fait, l’Occident et le monde musulman sont prisonniers chacun de ses propres certitudes. Le premier est piégé depuis plus de deux siècles par le tourbillon du tout rationnel. Le second l’est par le fatalisme. Le premier s’est embourbé dans la «dictature technocratique» des classes moyennes, au point d’avoir parfois perdu de vue ses Lumières. Le second reste figé dans une configuration dogmatique de type pastoral ou agraire, ou les deux. Le premier s’est auto-encaserné dans un refuge méthodologique – le rationalisme – en croyant inventer une morale plus exigeante. Cinglé par la réussite matérielle occidentale, l’islam s’est cramponné à une vision intemporelle de l’homme. Armé d’illusio cognitus, le premier s’est drapé de traumas jouissifs, élevant ainsi le cynisme au rang du bon sens. Fatigué par ses ratés culturels et civilisationnels, le second s’est réfugié dans une gnose dépressive, victimologique et, de plus en plus, paranoïaque. L’un est ainsi soumis aux servitudes de la jouissance et l’autre aux jouissances de la servitude.

Malgré tout, l’histoire aurait pu « faire un geste » en réunissant les deux galaxies autour d’une belle complémentarité. Il n’en a rien été. L’Occident a choisi l’arrogance et il en eut pour son grade. Il a ainsi formé, financé et armé l’extrémisme religieux musulman et s’en mord aujourd’hui les doigts. L’Asie musulmane, peu regardante quant aux subtilités stylistiques du corpus corano-hadithique, a pu contaminer la sphère arabo-musulmane de ses approximations. La promesse de Mohamed Ilyas, l’inventeur du mouvement des «Frères Musulmans» en Inde (1927), a été tenue : l’islamisme radical s’amplifie à la vitesse d’une infection virale.

Le casus belli permanent
En vérité, je vous le dis, l’Islam activiste tient mordicus à l’exclusivité de sa conception du destin humain sur notre planète. Il s’est emparé de quelques sourates politiques, essentiellement médinoises et, somme toute, conjoncturelles, pour imposer le casus belli permanent. L’Occident sort d’une foultitude de guerres dévastatrices qui l’ont forcé à se faire violence en faisant de la démocratie le point nodal de toute gouvernance. Il a ainsi gagné la guerre des idées et tient à le faire savoir. L’universalisme moderne n’a plus rien de transculturel ; il est nécessairement, obligatoirement, forcément, occidental. Nous sommes donc en face de deux mundis imaginalis diamétralement opposés, parce que farouchement exclusivistes. Deux textes, écrits par deux somptueux islamologues, illustrent assez brillamment les visions croisées islamo-occidentales. Fatima Mernissi et Maxime Rodinson méritent, en effet, d’être cités à cet égard.

Voici ce qu’a écrit la Marocaine Mernissi : «Gharb, le nom arabe pour Occident, est aussi le lieu des ténèbres et de l’incompréhensible, et celui-ci est toujours effrayant. Gharb est le territoire de l’étrange, du gharib. Tout ce qu’on ne comprend pas effraie. L’étrangeté en arabe a une connotation spatiale très forte. Car Gharb est le lieu où le soleil se couche et où les terreurs sont alors permises. C’est là que la gharaba, l’étrangeté, a élu domicile» (2)

Quant à Maxime Rodinson, il écrivit : «Les Occidentaux ont tendance à juger de toutes les religions sur le modèle de celle qui leur est (de beaucoup) la plus familière, le christianisme. Or (…) l’islam diffère du christianisme comme, également, du bouddhisme. La différence vient de ce que l’islam se présente non seulement comme une association de fidèles reconnaissant une même vérité, mais comme une société totale (…) Le Fondateur du christianisme n’entendait nullement fonder un Etat et insistait sur la nécessité de respecter les cadres étatiques existants. Il voulait enseigner aux hommes de faire leur salut et cela seulement », écrit Maxime Rodinson (3).

Le déphasage aurait pu en rester là. Mais les images sont arrivées par la télévision satellitaire et l’Internet. Ceux qui sont frappés par la malédiction de l’ignorance ou – ce qui est encore plus insupportable – par la paresse intellectuelle ont pêché par simplisme en croyant pouvoir s’approprier la destinée du monde par la violence. Le «total-islamisme» terroriste est venu en ce début de siècle rappeler aux démocraties leurs fragilités nées de l’utérus même de la liberté.

La sacralisation de la haine
L’islamisme activiste est nourri de haine envers l’autre, tous les autres, coreligionnaires pacifistes compris. Au Maroc, ses tenants ont décrété que le Royaume était devenu une «dar al harb», un territoire de guerre. Cette «fatwa» figure en bonne place dans les derniers messages codés de Zawahiri et Ben Laden avant leur funeste fin. Le dernier en date désigna l’Afrique du Nord comme future cible. L’heure est donc grave et les démocrates de ce pays ne peuvent esquiver leur devoir patriotique de résistance à l’abjection. Car, pour ceux qui ne le savent pas encore, la désignation par les jihadistes d’une contrée comme étant «Dar al harb» n’est pas une clause de style. Ces derniers font appel à une batterie de versets médinois particulièrement circonstanciés pour prôner la « fitna » (l’anarchie). «La vérité au service du mensonge ». Ils zappent le contexte très précis de la «promulgation» de ces versets pour procéder à leur universalisation forcée. Il n’est que lire ces quelques versets de la «Sourate des Femmes» pour s’en convaincre : «Les Croyants qui s’abstiennent de combattre – à l’exception des infirmes – et ceux qui combattent dans le chemin d’Allah avec leurs biens et leurs personnes, ne sont pas égaux ! Allah préfère ceux qui combattent avec leurs biens et leurs personnes à ceux qui s’abstiennent de combattre. Allah a promis à tous d’excellentes choses ; mais Allah préfère les combattants aux non combattants et leur réserve une récompense sans limites. Il les élève, auprès de Lui, de plusieurs degrés en leur accordant pardon et miséricorde –Allah est Celui qui pardonne, Il est miséricordieux – Au moment de les emporter, les anges disent à ceux qui se sont fait tort à eux-mêmes : «En quel état étiez-vous ?» Ils répondent : « Nous étions faibles sur terre » Les anges disent : « La terre d’Allah n’est-elle pas assez vaste pour vous permettre d’émigrer ? » Voilà ceux qui auront la Géhenne pour refuge : Quelle détestable fin ! (…) Celui qui émigre dans le chemin d’Allah trouvera sur la terre de nombreux refuges et de l’espace. La rétribution de celui qui sort de sa maison pour émigrer vers Allah et Son Prophète, et qui est frappé par la mort, incombe à Allah » (IV, 95-100)

Comment dès lors empêcher un psychopathe, adroitement manipulé par quelque mouvance obscurantiste, de prendre ces versets au mot, étant lui-même incapable d’y voir l’empreinte d’un discours motivant les troupes à la veille d’un grand rendez-vous guerrier (ghazwat Badr) ? Faire du Maroc une «Dar al harb», c’est lui appliquer le jihad guerrier tel qu’il est énoncé dans les versets cités. D’autant que le choix modernitaire du Royaume, du moins tel qu’il a été solennellement affirmé et, maintes fois, rappelé à la fois par Mohammed VI et les forces du progrès, implique l’insertion du Maroc dans le mouvement du monde. Cela veut dire que nous sommes appelés à trouver notre place parmi tous nos frères de l’espèce, Gens du Livre en premier. Et c’est bien cette approche humaniste qui dérange les tenants du « rétrorigorisme ». Que dire alors des versets suivants, lorsqu’on s’abstient sciemment de les contextualiser ? « Ô vous qui croyez ! Ne prenez pas pour alliés les Juifs et les Chrétiens ; ils sont alliés les uns des autres. Celui qui, parmi vous, les prend pour alliés, est des leurs. Allah ne dirige pas le peuple injuste » (V, 51). Deux versets plus loin, le Coran émet la sentence suivante à l’encontre des Juifs : «Ceux-là, Allah les maudit ; Celui qu’Allah maudit ne peut trouver quelque allié que ce soit» (V, 53). Doit-on considérer que c’est le nom générique du Juif, où qu’il se trouve, quelles que soient son époque ou son extraction, qui est visé par cette sentence ? Dans son ouvrage « Contextes de la révélation » (asbab annouzoul), le cheik et imam Aboul Hassan Ali Bnou Ahmed Al Wahidi Annisabouri établit – citant la chaîne des rapporteurs dignes de foi dont Saïd Ibn Qatada – les conditions dans lesquelles ce verset fut révélé. Les voici : Kaâb Ibn Al-achraf et Haïi Ibn Akhtab, deux juifs de la tribu des Bani Nadir, rencontrent des associateurs qoraïchites lors de la foire annuelle. Ces derniers leur posent la question : «Sommes-nous plus près de la vérité que Mohammad?» Les deux Juifs répondent : «Certainement, vous l’êtes ». Le Prophète récita alors le verset en question. Revenus dans leur tribu, les deux Juifs reconnurent avoir agi par jalousie.

Tous les versets évoquant négativement les Juifs et les Chrétiens désignent des adeptes des religions mosaïque et chrétienne qui ont été les contemporains, parfois les voisins, du Prophète et qui ont pu entraver, à un moment ou un autre, la propagation de la nouvelle religion. Sinon, comment expliquer la glorification des « Enfants d’Israël » à maintes reprises dans le texte coranique? Les jihadistes ne veulent pas y souscrire parce que cela contredit leurs plans…diaboliques.

Oui, les menaces jihadistes sont sérieuses. Notre destin doit s’armer de vigilance en ces temps de « coranisation » du crime, de justification de l’horreur. Toutes les enquêtes menées sur l’identité et le statut des salafistes activistes ont dessiné un profil « socioprofessionnel » du jihado-takfiriste type : il évolue au sein de l’économie informelle, exècre les procédures normatives, fait de l’espace public une terra nullus. Cela signifie que ce dernier ne se conçoit lié à aucun service administratif, fiscal ou judiciaire de l’Etat. Les revenus sont donc indétectables. Il peut vendre des figues de barbarie (120 à 160 DH/jour) comme des gadgets chinois (600 à 1100 DH/jour) sans que l’Etat ne puisse, à aucun moment, évaluer la masse de liquidités ainsi véhiculée. De plus, il est aujourd’hui établi que la mouvance jihadiste s’est inspirée de sa cousine afghane pour sceller des liens étroits avec la mafia de la drogue.

A-t-on le droit de laisser ainsi se développer, à la marge de la société, des revenus, puis des plans de déstabilisation, puis l’anarchie ? A-t-on le droit de laisser ainsi insulter nos aspirations les plus naturelles ? Aussi, les dernières menaces terroristes nous acculent-elles à un questionnement majeur : Existe-t-il, oui ou non, des acquis tangibles à défendre dans ce pays ? Si la réponse est oui, alors quels sont-ils ? Avant de tenter une esquisse de réponse, rappelons cette évidence établie depuis les attentats crapuleux du 16 mai 2003 : Les islamodélinquants visent prioritairement notre choix modernitaire. Les takfiristes/salfistes/jihadistes l’ont eux-mêmes vomi devant les enquêteurs et gueulé à la face de leurs juges. Ces analphabètes de la doxa islamique sont incapables de fonder une réflexion intelligible sur les injustices engendrées par la suprématie stratégique, technologique, financière, économique et politique de l’Occident. Ils n’en possèdent ni le background culturel ni les moyens méthodologiques. Tout au plus la sempiternelle extrapolation jouissive et malhonnête d’une petite fournée de versets grossièrement instrumentalisés et d’un minuscule coffret de hadiths apocryphes. Un fatalisme servile qui vient chapeauter une démarche piteusement surfacique pour aller défier par les armes les plus lâches les «lumineuses» valeurs d’ici-bas. Pour ces sales «purs», la liberté, la responsabilité, l’autonomie individuelle, la créativité, la compassion, la tolérance…ne valent pas un clou au regard de la négation de l’autre, de l’idéologie de la mort. Rien, pour ces malfrats du plastic, ne vaut la peine d’être retenu ici-bas, rien ! L’honnêteté, la création, le bonheur…ne peuvent être du domaine de l’humain. Le ciel doit avaler la terre, faite synonyme de terreur. Car, pour eux, seule la terreur est prompte à endiguer les «hogras» du passé, du présent et du futur.

La raison et le mimétisme (Al âaql wa naql)
En fait, ces brebis égarées ne sont rien d’autre que le produit d’une époque où l’on a longtemps nourri et entretenu la divinisation du quotidien des citoyens. On a neutralisé leur sens de l’analyse au lieu de les prendre par la main sur le chemin de la raison. Parce que la raison (al âaql) constitue le rhizome de tout humanisme, elle ne saurait s’accommoder au mimétisme dogmatique (an naql). Le débat est d’ailleurs dépassé depuis plusieurs siècles. Il a été tranché au contact des contrées pénétrées et des populations « visitées ». Notamment en Perse, en Andalousie, en Afrique de l’ouest et partout où des étants civilisationnels pouvaient coexister avec la nouvelle religion. Marocains nous sommes, certes. Mais qui sommes-nous vraiment, sinon un alliage multiculturel riche en sensibilités ethniques, linguistiques et même cultuelles ? Quel dieu « clément et miséricordieux » a-t-il donc osé missionner « pour notre salut » des constipés de l’âme aussi ignares que ces marchands ambulants du prosélytisme explosif ? A quelle légitimité terrestre et même céleste ces maquereaux du Malin peuvent-ils jamais se référer pour ôter à chacun de nos concitoyens le droit de disposer de son temps, de son espace, de son corps, de ses sentiments, de sa libido, de son destin personnel, et – plus grave encore – de sa vie ? Derrière leurs discours passéistes, simplistes, abracadabrantesques, anti-contextuels, exclusivistes et exclusionnistes, il n’y a que ruine de l’âme et indigence de la raison. Ces « fils de puces » n’ont pas vu venir l’ère des puces, intelligentes celles-là. Le couteau, l’épée, la nitroglycérine, le plastic et la dynamite sont plus proches à chacun d’eux que leurs propres pères ou leurs propres sœurs. Là-dedans, il n’y a même pas de rancune de classe, pas même de colère plus ou moins saine. Tout connement une sainte haine pour l’être humain. Ceux qui vont masturber le logos en invoquant le désespoir à leur sujet sont les serviteurs d’une rhétorique aberrante, foncièrement malhonnête. Comment oser justifier la décimation de laborieuses populations urbaines à Casablanca, à Madrid et à Londres, au nom de Celui-là même qui leur a offert la vie ?

L’examen profilistique des terroristes condamnés et des jihadistes récemment arrêtés révèle le niveau intellectuel infra scolaire des meneurs comme des exécutants. Ces créatures à l’âme noire ont grandi dans un environnement cultuel où l’on prônait copieusement, allègrement et impunément l’antisémitisme, l’anti-occidentalisme et le fascisme religieux. Des tonnes de diatribes de ce type, directement influencées par le salafisme rigoriste, ont été servies aux citoyens marocains durant plus d’un quart de siècle. La mobilisation saoudienne des jeunesses musulmanes contre la pénétration soviétique a accouché d’un « homowahabus » particulièrement prolifique qui a conquis les périphéries miséreuses de l’Indus au détroit de Gibraltar. Les « émirs » autoproclamés viennent tout droit de cette culture morbide. Aucune institution marocaine n’avait daigné réagir à temps face la pernicieuse progression de ce péril. Pas même la «Commanderie des croyants». Certains y ont même vu la parade appropriée aux «menaces» de la gauche marxiste-léniniste, maoïste. Le ministère des Habous et des affaires islamiques a mis le paquet. Comment ne pas accuser de ce forfait celui qui en était le titulaire durant plus d’un quart de siècle et qui a fait montre d’un anachronisme militant dont le Royaume paie aujourd’hui les frais ? Qui plus au détriment de sa sécurité collective. Du temps de l’ex-ministre zélateur du rigorisme, la logomachie wahhabiste a pénétré les foyers, les mosquées et l’imaginaire marocain de l’altérité. Durant les décennies 80 et 90, ledit ministère a copiné avec les ténors de l’obscurantisme salafiste, allant jusqu’à les inviter à sermonner à travers les mosquées du pays et jusqu’au sein des fameuses causeries hassaniennes.

Et pendant ce temps-là, chez nous, les « poussettes coraniques » continuent à sillonner nos artères avec leurs hauts-parleurs tonitruants, les islamistes qui dirigent le gouvernement s’incrustent insidieusement au cœur des centres névralgiques de l’État et –plus grave encore- les élites politiques « bienpensantes » copinent avec le discours prétendument « authenticitaire » au lieu de trancher avec les archaïsmes !

Et pendant ce temps-là, s’épanouit de plus belle une islamophobie foudroyante qui pointe le Musulman vivant en Occident qualifié allègrement et impunément de « rustre, frustre, goujat, terroriste, fourbe, déloyal, misogyne, profiteur, tricheur… » et que je sais-je encore. L’Amérique de Trump et l’Europe rivalisent copieusement dans cette honteuse « chasse au bougnoule », sans que le droit des gens et même le droit international dont se targuent les Occidentaux n’y trouvent rien à y redire !

Est-ce ainsi que l’on glorifie les nobles Déclarations et autres Actes universels et européens proclamés solennellement et imposés au reste de l’humanité ?

Une sphère musulmane malade de sa « grippe mentale » et un Occident souffrant de son épidémie ethnocentriste ne font pas dans la construction d’une transculturalité enceinte de paix et de bien-être et, encore moins, d’une véritable civilisation de l’universel !

Abdessamad Mouhieddine
Anthropologue, Ecrivain et Journaliste




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