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Le 23 juin 1785 sur ordre du Ministre de la Marine, cinq Horloges Marines de Ferdinand Berthoud sont remises à Monsieur le Comte de la Pérouse. Elles comptent parmi les meilleurs instruments nautiques de leur temps.

Berthoud, horloger suisse devenu français, était parvenu, après dix ans de travail, "à construire des horloges marines assez fiables pour qu’on puisse leur confier la conduite et le sort des vaisseaux". Le 1er août, à quatre heures du matin, la "Boussole" et l’ "Astrolabe" appareillent vers des mers inconnues. En 1788, les deux navires se fracassent sur les récifs de Vanikoro et disparaissent corps et biens.

Horloger et Mécanicien du Roy et de la Marine
Né dans un hameau du canton de Neuchâtel, dans le Val-de-Travers, à Plancemont, le 18 mars 1727, Ferdinand Berthoud part à l'âge de dix-huit ans, à Paris où il révèle des dons exceptionnels pour l'art de l'horlogerie. Protégé par le pouvoir officiel, en 1764, il accède à la charge créée à son intention d'"Horloger Mécanicien du Roy et de la Marine". La contribution de Ferdinand Berthoud au progrès de l'horlogerie de marine occupe une place privilégiée. Il cherche non seulement à perfectionner les inventions de ses contemporains, John Harrison, Julien Le Roy, comme de ses prédécesseurs, Christian Huygens, Antoine Gaudron, mais présente également un grand nombre de solutions personnelles aux problèmes que pose alors le calcul de la longitude en mer par la mesure du temps. De 1760 à 1787, il réalisera 45 horloges marines, montres marines et montres à longitudes, à partir de 20 calibres différents, sans compter un grand nombre d'outils et appareils de mesures nécessaires à leur fabrication ou à leur contrôle. Dès 1763, dans l'Essai sur l'Horlogerie, Ferdinand Berthoud rend compte de ses premiers travaux dans le domaine de l'Horlogerie de Marine. C'est dans cet ouvrage qu'il décrit les premiers appareils qui lui ont permis de commencer ses expériences sur l'isochronisme des oscillations du balancier, la compensation des effets de température, la réduction des frottements, pour s'attaquer aux problèmes de navigation au long cours, notamment la rectification des longitudes.

Le XVIIIe siècle sur les océans
L'œuvre de Ferdinand Berthoud s'inscrit ainsi dans le cadre de la réforme générale des techniques de navigation qui s'opère au XVIIIe siècle. Le problème de la navigation n'est pas uniquement celui des longitudes, mais aussi d'améliorer la pratique de la navigation, sous les effets stimulants de l'essor du commerce océanique, de la création de lointaines colonies, de la recrudescence des guerres maritimes, et surtout des expéditions scientifiques au long cours, tels les itinéraires de Cook, la circumnavigation de Bougainville, et la croisière inachevée de La Pérouse.

L'horloger de Versailles
Dans une grande pièce inondée de lumière, un horloger, entouré d'instruments scientifiques, passionné de marine et de progrès nautiques, s'intéresse aussi à la cartographie. Il est penché sur deux cartes de marine représentant le même secteur. Or, la position de certaines îles diffèrent. Indiscutablement, la carte anglaise de Cook est la plus précise. Elle est aussi la preuve de la supériorité des instruments nautiques anglais. Il note alors dans un carnet les noms de La Pérouse et de Berthoud. Cet horloger qui a permis à la France de remporter ses dernières grandes victoires navales en assurant l'indépendance des États-Unis d'Amérique, n'est autre que le roi Louis XVI. En 1785, l'année où La Pérouse part pour son grand voyage, la France est au seuil d'une crise profonde qui va emporter la monarchie. Le 21 janvier 1793, lorsque Louis XVI termine sa vie sur l'échafaud, guillotiné, La Pérouse survit probablement dans l'île de Vanikoro, au milieu des mers du Sud, naufragé.

Mécanicien de la Marine
La situation acquise par Ferdinand Berthoud au prix d'un travail acharné est brutalement remise en cause par le gouvernement révolutionnaire qui le réforme et supprime son traitement. Une fois encore, l'horloger met au service de sa cause son talent d'écrivain en écrivant un Mémoire sur le travail des horloges et des montres à longitudes. Le 27 novembre 1794, la Convention rétablit son traitement. Retiré dans propriété de Groslay, il meurt le 20 juin 1807 sans descendance, exceptés une dizaine de livres et ses horloges conservées aujourd'hui au CNAM. En 1907, pour le centenaire de sa mort, une rue Ferdinand Berthoud sera inaugurée à Argenteuil. Son principal élève, son neveu Louis Berthoud (1754-1813) qui a d'abord travaillé dans l'ombre de l'oncle, prend sa succession. D'abord établi à Paris, à l'Hôtel d'Egmont (dépôt des plans et cartes de marine), il transporte son atelier à Argenteuil pour être au plus près de l'amiral Decrès, ministre de la Marine impériale, qui suit avec un intérêt constant ses travaux de haute technologie, l'invitant fréquemment au château du Marais. Louis Berthoud n'a publié qu'un seul ouvrage, mais laisse une production horlogère importante : plus de 150 chronomètres de marine et de poche, pendules astronomiques, montres et pendules à complications. En 2015, la marque horlogère suisse Chopard relance la marque Ferdinand Berthoud. Une centaine de montres sont mises sur le marché. Leur prix ? Environ 220 000 €. Une niche d'exception. 

 
Source : Philippe Guilloux












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