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Les recettes des salles de cinéma ont atteint 40 millions de DH à fin novembre dernier, un chiffre qui ne cesse de dégringoler depuis plusieurs années engendrant la fermeture de bon nombre d’entre elles. 

Selon plusieurs professionnels, la survie de ces salles historiques passe par une politique publique plus volontariste: baisse des impôts, aides à la modernisation des salles ou encore la mise en place d’une concurrence plus saine… Alors peut-être les Marocains renoueront-ils avec les salles obscures.

En effet, ceci n’est pas nouveau: le cinéma marocain est en crise. Les recettes et la fréquentation des salles obscures sont en chute libre depuis plusieurs années et les chiffres présentés, récemment, par le Centre cinématographique marocain (CCM), sont éloquents. Ainsi, après avoir passé, en quelques années, de 50 à 2 millions d’entrées par an, le constat de l’année 2016 est encore beaucoup plus affligeant. En effet, depuis janvier dernier, les salles de cinéma marocaines n’ont drainé que quelques 900.000 spectateurs pour des recettes estimées à 40 millions de dirhams. Un chiffre qui reste encore loin des 66 millions de DH réalisés en 2014 et qui était déjà en baisse de 13% par rapport à 2013.

Selon Hassan Belkady, exploitant de «Cinéma Rif», une des salles de cinéma les plus emblématiques de Casablanca, plantée depuis plus d’un demi-siècle dans le centre-ville, les raisons d’une telle dégringolade sont essentiellement «l’invasion massive des DVD piratés et la détérioration, voire la disparition de plusieurs salles mythiques du Royaume». «En 1980, on comptait 280 salles de cinéma au Maroc. Aujourd’hui, il n’en reste plus que 40. En plus des 80 salles qui sont malheureusement fermées, à l’heure actuelle. Bien évidemment, le nombre de spectateurs a aussi très nettement diminué, puisqu’on est passé de 50 à presque 1 million d’entrées par an. Et il faut bien reconnaître qu’il s‘agit là d’un constat affligeant», nous explique Hassan Belkady. Et d’ajouter : «En plus, nous avons été soumis à une TVA de 20%, ce qui est absolument déraisonnable, d’autant plus que dans le monde entier, cette TVA ne dépasse pas 5%. Ce n’est pas ce genre de mesures qui pourra encourager les propriétaires à garder leurs salles de cinéma ouvertes au public». 

D’autres salles mythiques, comme le Rialto à Casablanca, emblème du style Art déco des années 1930, tentent pourtant de s’en sortir. Leurs propriétaires disent se débattre jour et nuit pour ne pas mettre la clé sous le paillasson. Et y engouffrent toute leur fortune. «Nous faisons ça par amour du cinéma et pour sauvegarder notre patrimoine», assène Belkady, qui assure gagner sa vie uniquement grâce à ses revenus de… chirurgien-dentiste. Pour sa part, Noureddine Lakhmari, scénariste et réalisateur marocain, nous a expliqué que la diminution du nombre de salles de cinéma, et donc du nombre d’entrées, revient particulièrement au fait que ces salles appartiennent au secteur privé, contrairement à ce qui se passe dans beaucoup de pays européens, tels que la Norvège où le cinéaste a vécu pendant de longues années. «En Norvège, les salles de cinéma appartiennent à l’Etat, et aux communes en particulier. Des communes qui ont les moyens et qui injectent régulièrement de l’argent pour préserver leurs salles de cinéma», souligne-t-il. «Tandis que chez nous, il n’y a que certains propriétaires de salles, qui sont de vrais passionnés, et qui se battent pour les sauvegarder», a-t-il ajouté, avant de conclure : «Mais il faut bien avouer que cette absence totale de l’Etat complique davantage la situation!».

Libé.ma

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