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Cinq banques marocaines viennent de recevoir un agrément pour proposer des produits financiers en conformité avec les principes de la charia.
« Tiens ! Ils ne les appellent plus banques “islamiques” mais banques “participatives”, maintenant », s’amuse Hamid, un policier de Rabat, la trentaine. Mardi 3 janvier, le flash matinal de Radio Atlantic s’ouvre sur la nouvelle tombée la veille au soir.
Lundi, Bank Al-Maghrib (BKAM) a annoncé avoir donné son agrément à cinq banques marocaines pour exercer « l’activité bancaire participative », formulation officielle pour désigner les banques islamiques au Maroc.

Après avoir analysé « l’actionnariat, la valeur ajoutée au marché marocain, la gouvernance et des risques », le comité des établissements de crédit présidé par le gouverneur de la Banque centrale, Abdellatif Jouahri, a validé la création de cinq nouveaux établissements entièrement conformes à la charia, la loi islamique prohibant la stipulation d’intérêts et la spéculation.

Pour la plupart, il s’agit de coentreprises entre des banques marocaines conventionnelles et des institutions financières du Golfe, expérimentées dans ce domaine.

Capitaux du Golfe
CIH Bank a ainsi noué un partenariat avec Qatar International Islamic Bank ; BMCE Bank of Africa avec le groupe à capitaux saoudiens et bahreinis Dalla Al-Baraka ; la Banque centrale populaire avec le groupe saoudien Guidance ; le Crédit agricole du Maroc avec ICD, une filiale de la Banque islamique de développement, basée à Djeddah.

De son côté, Attijariwafa Bank est « toujours en discussion pour un futur partenariat », précise le communiqué. La première banque marocaine est contrôlée à 48 % par la Société nationale d’investissement, le holding de participations de la famille royale. Attijariwafa avait été la première banque à proposer, dès 2010, des produits financiers « halal », via sa filiale Dar Assafaa. Mais l’expérience n’a pas été concluante, à cause d’une fiscalité désavantageuse pour les produits conformes à la charia.

Pour l’heure, la Banque centrale n’a donc pas accordé son agrément à deux établissements étrangers qui souhaitaient ouvrir des banques islamiques sans passer par un partenaire marocain. Il s’agit de l’Emiratie NBD et de la Qatarie Al-Rayan. En revanche, trois filiales de banques françaises (Société générale, BNP Paribas et Crédit agricole) sont autorisées à proposer des produits « islamiques » sans créer de filiale.

Le royaume est le dernier pays à majorité musulmane à autoriser des banques islamiques. Une réticence qui s’explique par le souci de ne pas bousculer l’équilibre concurrentiel et la stabilité des banques conventionnelles. Pour certains, le choix de la dénomination « participative », plus neutre, découle de la même logique.

Ces nouvelles banques seront par ailleurs soumises au contrôle du Conseil supérieur des oulémas, seule entité habilitée à autoriser les produits « halal » à laquelle elles devront adresser annuellement un rapport d’évaluation.

Promesse de campagne
L’ouverture de banques conformes à la charia était une promesse de campagne, en 2011, du Parti de la justice et du développement (PJD), qui dirige le gouvernement depuis le 2 janvier 2012. Cinq ans plus tard, jour pour jour, la décision lui a pourtant largement échappé. C’est le roi qui nomme le gouverneur de la Banque centrale, qui insiste sur la séparation entre les affaires et la religion. De plus, la décision est intervenue au moment où le PJD peine à former une majorité, après être arrivé en tête des législatives du 7 octobre 2016.

En janvier de la même année, le ministre islamiste de l’enseignement supérieur (et professeur d’économie) Lahcen Daoudi avait suscité la polémique en déclarant que « les efforts pour créer des banques islamiques sont un djihad au nom d’Allah ». Dans la communauté des affaires, les avis sont plus mesurés sur l’engouement éventuel en faveur de ces nouvelles banques.

« Je ne pense pas que les nouvelles banques islamiques vont faire exploser le taux de bancarisation [68 % selon BKAM]. Le “hors-bancaire” concerne principalement des zones rurales et surtout l’économie informelle, qui resteront non couvertes », estime Ali Alami Idrissi, directeur associé du cabinet de consulting Optima Finance. Selon lui, il faudrait surveiller surtout les encours de financement : « Certaines entreprises déposaient déjà leurs liquidités auprès des banques conventionnelles, mais, par refus du prêt à intérêts, elles ne recouraient pas au financement bancaire. »

Youssef Ait Akdim
Le Monde Afrique






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