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Père irakien et mère marocaine égalent cocktail grisant : Adib Alkhalidey, air d’ado pas fini, yeux écarquillés, sourire tatoué. Diplômé de l’École nationale de l’humour en 2010, auteur pour Maxim Martin et Eddy King, chroniqueur à la radio et à la télé, où on l’a vu, à Un gars le soir, mener un reportage absurde sur la ville de Longueuil, dont il arborait pour l’occasion la fameuse coupe de cheveux.

L’humoriste de 25 ans compacte son ambition : « J’essaie d’être aussi drôle qu’intéressant. » Qu’il raconte l’accident d’un orteil ou sa haine de l’hiver. Fana de Jacques Brel, « peut-être [s]a plus grande influence », et ce n’est pas une blague, il a requis, pour la mise en scène de son premier spectacle (en rodage tout l’été : dates), les services du trop humble Martin Matte.

Pourquoi ne pas avoir suivi le conseil de Martin Matte qui, lors d’une première séance de travail diffusée sur YouTube, vous recommande de changer de nom ?


Je me suis dit que si les gens ont réussi à retenir Schwarzenegger [Arnold], ils pouvaient bien se souvenir d’Alkhalidey. Moi, ça ne m’a même pas pris cinq minutes à m’y faire !



Avec quoi comptez-vous attirer le public : du miel, du vinaigre, vos cheveux en érection ?

Les cheveux ajoutent à l’intrigue. Mais je veux attirer les gens parce que je les aime. Cela vous semble-t-il une accroche raisonnable ?

Non. Définissez votre humour.

J’ai peur d’avouer que je suis un humoriste qui veut dire quelque chose, car je n’ai pas envie que les gens pensent qu’ils vont s’ennuyer, que je vais être moralisateur. J’ai beaucoup de respect pour la tribune et pour ceux qui acceptent de venir m’écouter pendant une heure trente. Même mes amis ne m’écoutent pas aussi longtemps, et ils ne veulent pas payer pour m’entendre !

Qu’y a-t-il à votre menu : émigration, intégration, racisme ?

À mes débuts, je trouvais important de parler de racisme, jusqu’à ce que je réalise que les gens qui venaient voir Adib Alkhalidey en spectacle n’avaient aucun problème avec «l’autre», qu’ils étaient déjà dans mon équipe.


Arrivé au Québec à l’âge de huit mois, j’ai grandi dans les stéréotypes de la famille immigrante. Mon père, qui ne parle pas encore vraiment français, a été chauffeur de taxi toute sa vie ici, alors que, féru de littérature, il dirigeait une école au Maroc. J’ai choisi d’être Québécois sans renier mes origines : si un jour je retourne au Maroc, je serai Marocain par égard pour les gens avec qui je cohabiterai.

Sur scène, vous pratiquez un français qui jure avec celui de la plupart des humoristes québécois. D’où cela vient-il ?

À l’École de l’humour, un prof, Antonio DiLala, qui joue un rôle majeur dans ma façon de m’exprimer dans la vie et sur scène, a dit cette chose merveilleuse : « Plusieurs personnes ont dû vous dire que le français était une langue difficile, ce n’est pas le cas, c’est une langue intelligente. »

Mon amour de la langue française est né quand, enfant, je regardais les matchs de hockey commentés par Claude Quenneville et Pierre Houde.

Prix du jury à Lourdes, en France, révélation 2013 au gala des Olivier : la reconnaissance vous importe-t-elle ?

J’ai très hâte de m’en foutre, malheureusement je suis programmé. Comme quoi il y a une certaine distance entre nos principes, nos valeurs et le terrain…

Au fond, la principale question n’est-elle pas : « Comment faire pour vivre avec les autres ? »


En vieillissant, j’ai découvert que même si tu n’accomplis pas grand-chose, mais que tu ne fais de mal à personne, tu réussis ta vie. Moi, j’aime tellement le monde que si quelqu’un ne me renvoie pas mon sourire, il me détruit.

Vous êtes une petite chose fragile. D’autres faiblesses à confesser ?

Ma blonde, qui étudie en psychologie, détecte parfois chez moi un trouble obsessionnel compulsif. Quand je vis des périodes angoissantes, je peux rester quatre heures sur Facebook à observer ce que des gens, que je ne connais absolument pas, écrivent et font. À l’épicerie, je scrute le panier de provisions des clients, je m’introduis dans leur bulle. Je pense que je leur fais peur…

Ce qui n’est pas l’idéal pour un humoriste. Et si vous faisiez un flop avec votre premier spectacle solo ?


J’irais l’essayer en France ! L’hiver dernier, je suis tombé au moins 160 fois en étrennant ma planche à neige. Mon corps, ma tête me disaient : abandonne donc !, mais le petit Adib, lui, s’accrochait : allez, relève-toi, tu vas l’avoir. Aujourd’hui, je peux faire du slalom.

Par André Ducharme

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