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Dans son livre L’Étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde, Robert Stevenson raconte l'histoire du Dr Jekyll, un médecin philanthrope, rongé par sa schizophrénie. Altruiste le jour et malfaiteur le soir, le docteur est finalement emporté par son côté obscur. 

De même, le Maroc vacille entre volontés modernistes, égalitaires et mesures ségrégationnistes et discriminatoires. Fatalement, il se noie dans des politiques aussi aberrantes qu'injustes, ce qui lui vaut l'étiquette de "pays des contradictions".

Car au Maroc, on fustige en "Much Loved" une offense à l'égard de la femme marocaine. Mais, on diffuse par la suite un tutoriel sur "comment couvrir les blessures et coups reçus par le mari"; parce que dans ce cas, cela ne porte pas du tout atteinte à l'image de la femme, mais fait plutôt la promotion d'un Maroc bienveillant, soucieux de l'image ses femmes battues et impuissantes! Un Maroc qui invite ses femmes à cacher leurs blessures, comme "on cache les mendiants les jours de visites officielles et on embellit les avenues pour les grands jours."

Au Maroc, on se lève tous contre l'incarcération de Saad Lamjarred, le chanteur marocain accusé de viol, parce qu'on est convaincu de son innocence. "Wiiili, un acteur aussi charmant et charmeur que Saad ne pourrait pas faire ce genre de chose, non non c'est sûrement un complot". On n'en a pas le moindre doute! Par contre, quand il s'agit d'une femme violée, on change de registre. On dit que c'est en partie de sa faute, qu'elle était mal habillée ou tout simplement attirante.

Car au Maroc, l'homme est un être victime de ses désirs, pour la plupart incontrôlables, et un simple regard d'une femme pourrait l'affaiblir. C'est donc à la femme de faire attention, de ne pas être attirante, d'être un homme dans l'espace public, au risque de se faire quand même violer.
Donc si je comprends bien, on avoue que l'homme est faible mais seulement quand il s'agit de désirs sexuels. Et par analogie, la femme est forte dans la mesure où elle arrive à contenir ses désirs. Quelle logique!

Au Maroc, on accueille la COP22 à bras ouverts en vantant le développement durable, sans pour autant assurer aux générations présentes une vie décente. Car, il faut le rappeler, le développement durable est "un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins".

Cher Maroc, réponds-tu aux besoins du présent pour te projeter dans le futur? Permets-tu aux plus pauvres de vivre convenablement? Assures-tu au moins égalité et justice à tous tes citoyens? J'en doute fortement. Cher pays, penser au développement durable, c'est bien. Mais penser aux vulnérables de cette génération n'est pas mieux, mais indispensable.

Au Maroc toujours, les prix montent au même rythme que la pauvreté, et la privatisation devient leitmotiv. "Entre 2008 et 2013 déjà, on dénonçait la fermeture de 191 écoles primaires et secondaires". Je vous laisse imaginer le nombre d'écoles fermées aujourd'hui. D'autant plus que le niveau d'éducation dans les systèmes publics chute de façon exponentielle, du fait du désengagement étatique pour "une éducation pour tous, gratuite et de qualité".

Il en ressort que les plus riches vont aux écoles privées et missions, et les plus pauvres se retrouvent "par défaut" dans des écoles publiques, surchargées et de niveau médiocre. Le plus révoltant, c'est qu'un grand nombre de familles pauvres font de lourds sacrifices pour envoyer leurs enfants dans des écoles privées, et investissent dans leurs études en espérant leur tracer un avenir meilleur. Au Maroc, l'éducation n'est plus un droit, mais un service payant réservé aux plus riches. L'Etat se désengage progressivement, l'école publique agonise. Mais pas de panique, le Conseil Supérieur de l'Education (CSEFRS) va prendre cette situation en main, et la suppression de la gratuité de l'enseignement publique est la solution qu'il propose. Judicieux!

Au Maroc, c'est la "hogra" qui règne, c'est l'injustice, la corruption et l'accaparation des richesses du pays. Près de deux mois nous séparent de la mort de Mouhcine Fikri, mais ce marchand de poissons demeure le symbole de l'injustice au Maroc. Mouhcine nous rappelle les damnés du pays, les centaines de marchands expropriés et les victimes du favoritisme et du clientélisme.

La "hogra" touche un nombre incroyable de personnes, elle vous touche vous aussi qui lisez cet article. Cette forme d'injustice vient de loin, d'un Etat qui prétend la neutralité mais qui est, en réalité, au service de la classe dominante (de l'oligarchie détentrice de l'économie). Car au Maroc, les riches s'enrichissent et les pauvres sombrent dans leurs dettes. C'est également de ce fait que les vulnérables cherchent non pas à vivre, mais à survivre dans un monde individualiste, rongé par le capitalisme. C'est pour cela que Mouhcine s'est permis d'acheter des poissons interdits de pêche ! C'est pour cela que les marchands ambulants bloquent la route, c'est pour cela aussi que les mendiants occupent chaque coin de rue...

Au Maroc, on voudrait cracher tous nos problèmes, crier et manifester, mais il ya tellement à dire qu'on se contente de nous lamenter, en attendant qu'un changement social féconde de nulle part.

Par Salma Hamri
huffpostmaghreb.com/



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