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L’ensemble des établissements scolaires relevant du Groupe « Mohamed Al-Fatih » lié au Turc Fethullah Gülen, présents dans plusieurs villes marocaines, sont fermées depuis le 5 janvier, pour propagation de l’idéologie de ce mouvement et de son fondateur et la diffusion d’idées contraires aux principes du système éducatif et religieux marocain, a annoncé le ministère de l’Intérieur.

Le ministère n’a toutefois pas précisé combien d’écoles ou d’élèves sont concernés, mais il a assuré que le gouvernement « œuvrera pour que les élèves poursuivent leurs cursus » dans d’autres établissements.

A 75 ans, Fethullah Gülen vit désormais caché dans sa propriété de Pennsylvanie, le prédicateur turc est à la tête d'un mouvement de plusieurs millions de personnes à travers le monde via sa communauté le « Hizmet » (ou mouvement Gülen). L'homme entouré de mystères vit désormais en ermite qu'en mondain, il reçoit peu et ne donne pas d'interviews.

Le mouvement güleniste s'étend sur les cinq continents via un vaste réseau d'écoles et d'universités, notamment en Afrique, en Afghanistan, en Indonésie, au Japon, aux Etats-Unis mais aussi en Europe. Il est présent dans l'éducation, l'industrie, la banque, l'humanitaire et les médias. Des activités qui permettent à ses membres de tisser des liens avec le monde. Le mouvement Gülen agit dans le secret, il forme dans ses établissements une élite qui trouve tout naturellement sa place dans les administrations tant policières que judiciaires ou même militaires. En 1999, dans une vidéo qui lui avait valu des poursuites judiciaires turques, avait entraîné son départ aux États-Unis, Gülen demandait à ses disciples de « s’engouffrer dans les artères du système, sans être remarqués de quiconque, jusqu’à atteindre les centres du pouvoir".

Fethullah Gülen serait tout sauf la gentille image d’un grand-père de 75 ans, la voie douce d’un imam érudit de l’islamisme modéré. Son réseau a été considéré comme le plus dangereux en Allemagne par des experts sur l’islamisme [1], et il a été banni dans un certain nombre de pays.

Fethullah Gülen n’est pas uniquement « une personne », mais c’est aussi « quelque chose ». Ce quelque chose est en fait l’un des réseaux les plus étendus de guerre subversive/par procuration [surrogate warfare] à avoir jamais été créé par la Communauté du Renseignement des États-Unis : s’étendant sur un grand nombre de nations incluant les États-Unis et l’Allemagne, de même que sur les régions historiquement turques d’Asie centrale depuis la Turquie jusqu’aux Ouïgours en Chine, dans la province autonome riche en pétrole du Xinjiang [2].

Gülen et son mouvement ne vise rien de moins que d’en finir avec les derniers restes de la Turquie kémaliste moderne et séculaire, et de retourner au Califat d’autrefois. Dans une de ses adresses à ses membres, il a en effet déclaré : « avec la patience d’une araignée, nous tissons notre toile jusqu’à ce que les gens s’y trouvent attrapés ».

Imam Fetullah Gülen, dans un sermon à ses partisans en Turquie
« Vous devez vous insinuer dans les artères du Système, sans que personne ne remarque votre existence, jusqu’à ce que vous atteigniez tous les centres de pouvoir… vous devez attendre le moment opportun, quand vous serez fin prêts et que les conditions sont mûres/réunies, jusqu’à ce que nous ayons les épaules pour porter le monde entier… Vous devez attendre jusqu’à détenir tous les leviers de la puissance de l’État en Turquie… Jusqu’à ce moment-là, toute action entreprise le serait trop tôt, ce serait comme casser un œuf sans attendre les 40 jours requis avant qu’il n’éclose »
Le Mouvement Fethullah Gülen, aussi connu en turc sous le vocable Cemaat, ou « La Société », son domaine d’activité principale était l’Hizmet, ou ce qui peut être défini comme le « devoir de Service » à la communauté islamique. De façon assez curieuse, ce mouvement turc était basé à l’étranger, plus précisément à Saylorsburg, Pennsylvanie. Là-bas, son personnage-clé, le reclus Fethullah Gülen, était soi-disant occupé à bâtir un réseau global d’écoles islamiques, d’affaires et autres fondations, tout ceci avec des fonds intraçables [3]. Ce Mouvement Gülen, ou Cemaat, n’a pas d’adresse principale, pas d’adresse courriel, pas d’enregistrement officiel en tant qu’organisation, pas de compte bancaire centralisé, rien. Ses partisans n’ont jamais manifesté pour la Charia ou pour le Djihad, leurs opérations demeurent cachées à la vue.

« Les projets sponsorisés par les partisans inspirés par Gülen, se comptent aujourd’hui par milliers, dépassant les frontières et… ils incluent plus de deux milles écoles et sept universités dans plus de 90 pays de cinq continents différents, deux hôpitaux modernes, le journal Zaman (à présent publié en deux éditions : turque et anglaise), une chaîne de télévision (Samanyolu), une radio (Burc FM), l’Agence d’Information turque majeure CHA, l’hebdomadaire d’informations phare Aksiyon, les conférences nationales et internationales de Gülen, les dîners interconfessionnels du Ramadan, des voyages de dialogue interconfessionnel en Turquie depuis de nombreux pays de par le monde, et les nombreux programmes sponsorisés par la Fondation des Journalistes et Ecrivains [Journalists and Writers Foundation]. De plus, la compagnie d’assurance Isik et la banque Asya, une banque [de finance] islamique, sont affiliés à la communauté Gülen [4]». La banque Asya fut inclue dans la liste des 500 premières banques mondiales dans le monde par le magazine London’s Banker.

Quand Gülen a dû fuir en Pennsylvanie, les procureurs turcs ont exigé une peine de 10 ans d’emprisonnement contre lui, pour avoir « fondé une organisation cherchant à détruire l’appareil séculaire de l’État, et à établir un Etat théocratique ».

Gülen n’a plus jamais quitté les États-Unis après cela, de façon assez curieuse, même après que les juridictions islamiques d’Erdogan l’aient plus tard blanchi de toutes les charges pesant contre lui en 2006 [5]. Son refus d’un tel retour, même après avoir été blanchi par le gouvernement islamiste alors ami de l’AKP d’Erdogan, mit en exergue la conviction parmi ses opposants en Turquie, quant à ses liens étroits avec la CIA. Contrairement aux djihadistes moudjahidines de la CIA, comme Hekmatyar en Afghanistan ou Nasser Orić en Bosnie, la CIA décida de donner à Fethullah Gülen une image radicalement différente. Pas de décapitation à glacer le sang ni de Jihadistes mangeant les cœurs de leurs victimes, Fethullah Gülen fut présenté au monde comme un homme de « paix, d’amour et de fraternité », réussissant même à obtenir une photo de lui avec le Pape Jean-Paul II, que Gülen fait apparaître en bonne place sur son site Internet.

Investigation depuis le net
+ Analyse de « reseauinternational.net/»

[1] F. William Engdahl, « The Lost Hegemon: Whom the gods would destroy » (Wiesbaden, Minebooks, 2015), p. 29 : le professeur allemand érudit sur le monde islamique Ursula Spuler-Stegemann, de l’Université de Marburg , qualifia le Mouvement Gülen « le plus important est le plus dangereux mouvement islamique en Allemagne. Ils sont partout ».
[2]NDT : Rapprocher : « Chine/Xinjiang : 35 milices takfiries démantelées !! » (RI, 24 juin 2014).
[3] “Turkey up from the depths” (The Guardian, 27 Décembre 2013)
[4] Cité dans l’Arrêt d’une Cour de district américaine de Pennsylvanie [District Court for the Eastern District of Pennsylvania] « FethullahGulen v. Michael Chertoff, Secretary, U.S. Dept. of Homeland Security, et al. » (Cas 2:07-cv-02148-SD).
[5] « Gulen acquitted of trying to overthrow secular government » (AP, May 6, 2006).








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