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N’en déplaise au pouvoir et ses relais, les études, rapports et publications outre-mer continuent et continueront à traiter le cas algérien, ne serait-ce que pour leurs propres besoins économiques et géopolitiques.

Le moins que l’on puisse dire, depuis déjà plusieurs mois, est que le pessimisme, voire le catastrophisme de ceux-ci, est plus qu’alarmant, tant ils sont unanimes à considérer que la situation actuelle, augure de lendemains inquiétants pour Algérie. La politique de l’autruche qui consiste à continuer d’ignorer les questions de fonds et à vouloir endormir les Algériens à coups de slogans creux n’avancent à rien. Ils ne rassurent plus personne, car la réalité que dressent les instituts étrangers sont autant de sonnettes d’alarmes pour les sourds que nous sommes devenues.
"L'Algérie est aujourd'hui dans une situation très similaire à la Libye, Tunisie et l'Egypte en 2010"
Même si l'on ne le proclame pas, le constat est partagé dans certains niveaux subalternes du pouvoir. La maladie du président est un vrai handicap pour l'Algérie. En à peine un mois, trois instituts américains de renoms, reconnus mondialement pour leur sérieux ont fait le même constat : l'absence d’un chef d’Etat va conduire le pays à l’implosion. En effet, et après The Global Risk Insights et The Washington Institute for Near East Policy, voici l’American Entreprise Institute (AEI) qui avance dans un rapport publié le 16 février 2017 que "l'Algérie est «mûre» pour l'effondrement". En effet, pour cet institut américain, "l'Algérie est aujourd'hui dans une situation très similaire à la Libye, Tunisie et l'Egypte en 2010. Avec un taux élevé de chômage des jeunes, un système bancaire corrompu, des programmes de protection sociale insoutenables et une classe dirigeante ossifiée présidée par un dictateur en difficulté, l'Algérie est mûre pour l'effondrement."
"La question n’est pas si, mais quand l’Algérie va s’effondrer !"
Le rapport explique qu’aucun dictateur (car c’est ainsi qu’il désigne Bouteflika) n’a jamais, à travers l’histoire, conduit des réformes réussies. "À l'exception du dictateur chilien Augusto Pinochet, les réformes économiques réussies parmi les dictatures militaires sont rares", expliquait le rapport. l’AEI prévient les pays européens que la question n’est pas, si l’Algérie va s’effondrer mais quand. "Si, ou quand, l'Algérie s'effondrera, l'Occident doit être préparé à de graves conséquences économiques et sécuritaires."

Le rapport met l’emphase sur les coupes budgétaires que le pouvoir a faites et que l’institut dit insuffisantes car le gouvernement algérien ne peut toucher à des secteurs importants comme la santé, l’école, et le logement qui constituent "l’épine dorsale de sa politique d’achat de paix sociale" sans qu’il n’y ait de conséquences pour son existence. "...il a évité (le gouvernement) des réductions essentielles, mais politiquement désagréables, des subventions à l'éducation, au logement, à l'alimentation et aux soins de santé. Ces programmes forment l'épine dorsale du système d'aide sociale algérienne de 46 milliards de dollars. De plus, le président algérien Abdelaziz Bouteflika n'a pas eu la volonté de réduire les dépenses militaires de l'Algérie. Au lieu de cela, il envisage de réduire les programmes d'infrastructure déjà sous-financés par l'Algérie. Une telle stratégie est insoutenable", argue cet institut américain.
"En cas de réformes financières, une classe moyenne va exiger la fin de la dictature en Algérie"
Pour l’AEI, la réforme des banques est primordiale et c’est même la question qui fera que le pays sombrera ou pas. Il fera le parallèle avec les systèmes dictatoriaux des pays arabes qui ont vu leurs chefs d'Etat chassés du pouvoir, parce qu’ils protégeaient les élites qui se jouaient du système financier de leurs pays respectifs. "De Hosni Moubarak en Égypte à Zine el Abidine Ben Ali en Tunisie à Mouammar Kadhafi en Libye, les dictateurs aujourd'hui déposés dans la région ont protégé les élites en traitant le système financier comme un jouet pour les militaires et le cercle politique intérieur", écrivent les analystes de cet institut.

Avant de considérer que "le dilemme de Bouteflika est que les réformes nécessaires peuvent habiliter une classe moyenne à exiger la fin de la dictature de plusieurs décennies en Algérie."
"Abdelmalek Droukdel, chef de l’AQMI, a appelé les Algériens à rejoindre le djihad contre Bouteflika"… "pour ensuite attaquer le Maroc et la Tunisie"
La menace terroriste de l’AQMI est une autre source d’inquiétude selon l’AEI qui révèle que "le 26 janvier, par exemple, Abdelmalek Droukdel, chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) a appelé les Algériens à rejoindre le djihad contre Bouteflika, âgé de 79 ans, se positionnant stratégiquement pour profiter des échecs économiques et sociaux de l'Algérie". Pour l’institut, "la chute de l'Algérie, le plus grand pays d'Afrique, serait un sésame pour Al-Qaïda. Les dirigeants occidentaux s'inquiètent déjà des activités des groupes islamistes dans la Libye voisine. La chute éventuelle de l'Algérie aggraverait le problème. Le groupe terroriste pourrait utiliser l’Algérie pour lancer des attaques contre l'allié américain le Maroc et la jeune démocratie en Tunisie, observe le think tank américain. Cela donnerait aux groupes extrémistes la possibilité de déstabiliser non seulement le Sahel et l'Afrique subsaharienne, mais aussi la Méditerranée."

Le scénario de l’AEI, bien que catastrophiste, rappelle étrangement celui qui s’est produit en Libye, où la chute du régime qui a lié son existence à celui du pays, a provoqué une guerre civile. Dans le cas algérien, la menace serait encore plus grande sur l’Europe qui pourrait perdre son indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. "Al-Qaïda pourrait endommager l'économie européenne en contrôlant certaines parties de l'Algérie, la deuxième source extérieure de gaz naturel de l'UE. Une réduction de la production de gaz naturel de l'Algérie entraînerait une dépendance accrue de l'Europe à l'égard de la Russie, l'un des effets secondaires de l'effondrement de l'Algérie".

Hebib Khalil
lematindz.net/

L'American Enterprise Institute for Public Policy Research (AEI, "Institut de l'entreprise américaine pour la recherche sur les politiques publiques") est un think tank fondé en 1943 avec la mission déclarée de soutenir les "fondements de la liberté — un gouvernement limité, l'entreprise privée, des institutions politiques et culturelles vitales, et une forte politique étrangère et de défense nationale".




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