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«Je n’ai plus rien à dire ! » Prononcée avec une exaspération surjouée par Abdelilah Benkirane, à chaque fois que le Premier ministre marocain entendait faire peser la menace d’une rupture des interminables négociations-chikayates de ces cinq derniers mois autour de la formation du gouvernement, la phrase était devenue culte.

Le 15 mars, elle s’est retournée contre lui : prenant acte de l’incapacité du secrétaire général du Parti de la justice et du développement (PJD) à nouer les alliances nécessaires à la formation d’une nouvelle équipe, le roi Mohammed VI, de retour d’une tournée africaine, lui a signifié qu’il n’avait plus rien à lui dire.

Exit donc Benkirane, 62 ans, tribun hors pair et populiste passé maître dans l’art de mettre les rieurs de son côté, islamiste makhzéno-compatible, grand vainqueur des législatives d’octobre 2016, mais manifestement oublieux qu’il manquait à son parti 73 sièges pour espérer gouverner seul – la faute, sans doute, à un ego de taille respectable.

Pendant cinq mois, les Marocains, tour à tour passionnés, amusés, agacés, puis de plus en plus lassés, au point de céder à la tentation du zapping, ont assisté à d’interminables tractations stériles entre manœuvriers professionnels. Siffler la fin de la récréation était donc une nécessité pour deux raisons.

Économique, bien sûr : la loi de finances 2017 n’est toujours pas votée par le Parlement, et ce blocage contourné à coups d’ordonnances commençait à peser lourd sur la réputation du Maroc. Mais aussi symbolique : au risque de passer pour le chef d’une monarchie des partis et de voir les Marocains jeter le bébé démocratique avec l’eau douteuse du bain politicien, le roi ne pouvait laisser s’éterniser une pièce de théâtre d’autant plus absurde qu’elle se donnait à voir devant une salle vide.

Redonner une chance au PJD
Reste que cet épisode inédit dans l’histoire du royaume lui aura paradoxalement permis de conforter son modèle, unique, de gouvernance. En acceptant, sans broncher, une sentence qu’il a cru jusqu’au bout pouvoir éviter, puis en pesant de tout son poids pour que le PJD, ses cadres et ses militants s’y conforment, Abdelilah Benkirane a fait preuve d’un esprit louable de responsabilité. Sans doute a-t‑il aussi perçu que toute autre réaction l’aurait immédiatement placé en porte-à-faux par rapport à la grande majorité des Marocains.

Que reprocher en effet à un roi qui, non seulement lui a laissé, sans intervenir, tout le temps nécessaire pour négocier, mais a aussi décidé de redonner au PJD une chance de mener son expérience jusqu’au bout ? Mohammed 6 avait d’autres cartes, constitutionnelles, en main : nommer un Premier ministre hors des rangs du parti islamiste et imposer une coalition gouvernementale, ou encore décréter de nouvelles élections législatives.

En choisissant le successeur de Benkirane au sein même du PJD, en la personne de son numéro deux, le psychiatre et ex-ministre des Affaires étrangères Saadeddine El Othmani, le roi a certes démontré son habileté – si échec il y a, ce ne sera pas le sien –, mais surtout, une fois de plus, son sens de l’État.












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