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Si j’étais quelqu’un de “normal” et de “raisonnable” et si j’écoutais tous les gens qui me veulent du bien, je m’abstiendrai d’écrire ce que j’ai décidé d’écrire aujourd’hui et même de le dire car quand ça sera dit, la messe sera peut-être déjà dite.

En effet, au moment où je m’apprête à commettre ce billet -le verbe commettre n’est pas innocent- les carottes seront probablement déjà cuites. Autrement dit, le nouveau gouvernement sera déjà nommé et tous les ministres et assimilés déjà désignés. Quoi que pourraient espérer pour moi, mon épouse et tous ceux et toutes celles qui m’aiment bien, je suis désolé de leur annoncer que je ne suis pas prêt d’être ministre ne serait-ce que parce qu’il n’y a pas grand monde qui aimerait que j’y sois, à commencer par moi.

En fait, ce n’est pas que je n’ai pas envie de devenir ministre ou juste gouverneur, Haut Commissaire, Grand Directeur ou tout autre poste qui me permettrait d’avoir un bon revenu et par la suite une jolie rente qui vont renflouer mes caisses et mes poches affreusement vides. Oui, j’aimerais bien qu’on m’appelle moi aussi un jour pour m’annoncer une bonne nouvelle, mais, hélas, mon téléphone est depuis longtemps terriblement sourd.

A force d’attendre en vain, j’ai fini par savoir que si on ne m’a jamais appelé et qu’on ne m’appellera sans doute jamais, c’est à cause de mon comportement qui montre, justement, que je ne suis pas quelqu’un “d’appelable”. Vous savez ce que m’a dit dernièrement un ami? “Comment veux-tu qu’on pense à te proposer un poste sympa alors que tu passes ton temps à taper sur tout et sur tout le monde? Oui, d’accord, lui ai je répliqué, c’est vrai que je ne suis pas politiquement très correct ni socialement très sortable, mais peux-tu, toi, m’expliquer pourquoi ce grand et fort leader d’un ex-grand parti de l’ex-gauche qui n’avait pas arrêté de traiter l’ex-chef de gouvernement ainsi que son parti d’”obscurantistes”, pourquoi, lui, du jour au lendemain, s’est retrouvé parmi les premiers appelés à faire partie du prochain nouveau gouvernement?

Et savez-vous quelle a été sa réponse? “Et bien, lui sait ce qu’il fait et sait ce qu’il dit ”. Donc, si vous l’aviez bien compris, moi, je fais et je dis n’importe quoi, mais ça, vous le saviez déjà. Alors, comme je suis persuadé que je ne serai jamais parmi les futurs désignés, je vais continuer dans mon délire et je vais écrire ce que je j’avais décidé de vous dire.

Franchement, quand je vois ce que vous avez vu comme moi ces derniers jours, à savoir cette épidémie de «ministrabilité», je n’ai qu’une seule envie, c’est d’être ailleurs qu’ici. Dans les démocraties normales, la majorité est composée des partis ayant obtenu le plus de voix et qui sont d’accord sur les mêmes idées et les mêmes objectifs politiques. Les autres, c’est-à-dire ceux qui ne partagent pas les visions et les actions de cette majorité, restent dans l’opposition, non pas seulement pour attendre leur tour au pouvoir, mais pour critiquer, râler, dénoncer: c’est le contre-pouvoir.

Or, chez nous, que constatons-nous? La majorité telle qu’elle vient d’être annoncée regroupe presque tout le monde: l’ami d’hier et l’ennemi de toujours, le partenaire d’avant et l’opposant permanent, le voisin du palier et le nouveau du quartier, l’éternel silencieux et le grand bavard, bref, tout et son contraire. Comme m’a dit hier un pote plaisantin: ils n’avaient qu’à intégrer les 2 ou 3 partis qui restent et demander au peuple de jouer le rôle de l’opposition.

Blague à part, moi je veux bien croire à notre spécificité-authenticité-modernité et à toutes les autres absurdités, mais je ne vois pas pourquoi un quasi gouvernement d’Union nationale, alors que, Dieu merci, la nation n’est pas en danger et il n’y a aucun risque imminent de débarquement de l’étranger.

Que nos amis socialistes, qui ne le sont plus d’ailleurs depuis belle lurette, veulent avoir un petit maroquin et demi dans le prochain gouvernement, grand bien leur fasse, mais qu’ils aient un minimum de dignité. Parce que l’Histoire a beau rigoler en les voyant supplier, elle finira un jour ou l’autre par se venger. On me souffle que c’est déjà fait, mais j’ose espérer que malgré cette descente, cette glissade, cette débandade, tout n’est peut-être pas tout à fait joué.

Malgré mon cynisme chronique et mon scepticisme génétique, je ne désespère jamais et je continue toujours de croire que notre pays mérite mieux que ces dirigeants-là et plus que cette démocratie-là.

Maintenant, pour revenir à plus de légèreté, je voudrais dire à ceux et à celles qui vont nous gouverner durant les 5 prochaines années qu’à l’instar de leurs semblables prédécesseurs, je vais suivre pas-à-pas tous leurs pas, et je ne raterai pas une seule occasion pour rigoler sur leur compte, que ça leur fasse plaisir ou pas. Ils feront leur boulot et je ferai le mien. Ça aussi, c’est la démocratie.
En attendant, je vais dire vivement plus de cohérence et plus d’exigence dans notre démocratie.
Et vivement mardi prochain.

Par Mohamed Laroussi
Le360.ma

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