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Ses admirateurs, mais aussi ses contradicteurs, sont aussi nombreux que les questions dont il harcèle ses invités. Mohammed Tijjini est incontestablement la star cathodique du moment.

La recette gagnante du présentateur de « Dayf Al Oula »
Ne cherchez pas à parler à Charafat Afilal de « Dayf Al Aoula ». Quand on lui avait posé la question au sujet de sa dernière apparition, en 2015, dans le talk-Show de la chaîne Al Aoula, la ministre chargée de l’Eau avait botté en touche, « Est-ce vraiment nécessaire ? », nous avait-elle demandé. C’est que l’intéressée avait dans la foulée essuyé un bad buzz mémorable. Sa petite phrase, « jouj frank » (deux francs, en arabe dialectal), pour parler de la retraite des parlementaires. « C’est assurément un des épisodes qui m’ont le plus marqué, confie le présentateur de « Dayf Al Aoula », Mohammed Tijjini. Certainement qu’Afilal aurait pu s’y prendre autrement ».

Beaucoup mettent cependant la mauvaise prestation sur le dos de Tijjini. Par ses questions aussi simples qu’incisives, le présentateur avait poussé son invitée jusqu’à ses derniers retranchements. Un style qualifié par un homme politique de la place d’« insolent » et que le présentateur assume. « Je ne peux pas me contenter d’accueillir les gens et de prendre leurs réponses pour de l’argent comptant, explique-t-il. Je me dois au contraire d’interagir avec eux, d’appuyer même là où ça fait mal, du moment que cela permet d’enrichir le débat et, surtout, de répondre aux attentes des téléspectateurs. Mais apparemment, cela ne plait pas beaucoup ».

Depuis qu’il présente « Dayf Al Oula », Tijjini s’est, pour ainsi dire, fait beaucoup d’ennemis. Sur les réseaux sociaux, les « chevaliers » du Parti de la justice et du développement (PJD) notamment, comme on appelle les sympathisants de la formation islamistes, le prennent régulièrement pour cible. Les noms d’oiseaux ne manquent, à l’occasion, pas de voler. On l’accuse notamment de servir la soupe au Parti d’authenticité et modernité (PAM), l’ennemi juré du PJD.

Théories du complot
Invité en 2015, El Mostafa Ramid, l’avait ainsi, en direct sur le plateau de l’émission, taxé d’ «irresponsable ». Le ministre de la Justice, membre par ailleurs du secrétariat général du PJD, n’avait pas goûté une question du présentateur. Le qualifiant de « sioniste », le prédicateur salafiste Abou Naïm avait carrément émis, en octobre 2016, un appel au meurtre à son encontre. Une cabale anti-islamiste, vraiment de la part de Tijjini ? La Haute Autorité de la communication audiovisuelle (HACA) semble en tout cas donner raison à ses contradicteurs.

Le 22 février 2017, l’institution chargée de réguler le secteur audiovisuel l’avait épinglé pour avoir accusé Abdelillah Benkirane de troquer chaque fin de semaine son costume de chef de gouvernement pour celui de secrétaire général d’opposition lors des réunions hebdomadaires du PJD….

« Un fils du peuple »
Qu’on aime ou qu’on n’aime pas, le succès de Tijjini est en cas incontestable. Après près de cinq ans d’antenne, « Dayf Al Aoula » est aujourd’hui l’émission phare du pôle audiovisuel public. Un mardi sur deux à 21h20, elle réunit des millions de téléspectateurs. Un public aussi large qu’intrusif. Attablés dans un café de la capitale, Rabat, nous sommes plusieurs fois interrompus par des passants qui reconnaissent le journaliste au crâne chauve et aux lunettes rectangulaires. Florilège : « Parfois, j’ai l’impression dans mes pensées. Vous posez toujours les questions que j’ai eu au bout de la langue ». Ou encore : « Vous m’avez aidé à me réconcilier avec la télévision publique ». M. Tijjini sourit en dévoilant sa dentition « Ultra brite ». Serrant ici et là la pince, le présentateur est une star, il ne manquerait plus qu’il signe des autographes. « Je pense ce qui plait aux gens c’est que je leur ressemble, analyse-t-il. Je suis un fils du peuple….

Article signé Wissam El Bouzdaini
Lire l’intégralité de l’article dans le magazine "Maroc Hebdo" n° 1201 daté du 10 au 16 mars 2017






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