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Attitude messianique, traîtrises chaleureuses, le pape de la série de Canal+ et le candidat d'En marche ! ont bien plus en commun qu'un physique de jeune premier.

La première saison de The Young Pope du cinéaste italien Sorrentino a récemment été diffusée en France. L'aberrance de ce pape aux allures anticléricales et aux frasques invraisemblables aurait pu faire décrocher les téléspectateurs mais l'audimat n'a pas faibli, avec des taux avoisinant ceux de séries cultes à leurs débuts. Comme si « le héros » du cinéaste italien Sorrentino flirtait avec une certaine réalité.

Au même moment, Emmanuel Macron occupe une place de choix dans la course à la présidentielle. Si certains le comparent à Pompidou et d'autres à Valéry Giscard d'Estaing, c'est avec The Young Pope, incarné par le très beau Jude Law, que Macron semble présenter le plus de points communs. La preuve par dix.

1/ La dimension papale 

Macron confie lui-même à la journaliste Anna Cabana que « la politique, c'est mystique », ajoutant : « La dimension christique, je ne la renie pas, je ne la revendique pas. Je ne cherche pas à être un prédicateur christique. » Il s'agit d'une réponse au constat d'une macronite aiguë soutenue par des meetings aux allures de shows télévangélistes et un quasi-appel à la catharsis collective par un discours affectif coupant court avec le discours politique classique.

Là où Pie XIII exige des fidèles un dévouement total à l'Église, quitte à se retrouver face à une place Saint-Pierre vide, Macron dépolitise le débat par un « je vous aime » à ses militants, avec une présence corporelle très forte, le torse en avant et les bras en croix, instaurant une relation presque transcendantale.

2/ Un physique de jeune premier
Macron comme Lenny Belardo (Pie XIII) sont tous les deux beaux et jeunes, avec un physique que Sorrentino qualifierait de beauté désinvolte.

Ils séduisent et ils le savent. S'ils hésitent beaucoup sur les idées, leur assurance leur permet de se soustraire aux situations les plus incongrues et d'assumer une indépendance face à leurs pairs.

3/ « La Rock Star » attitude

 
Emmanuel Macron et sa compagne. © AFP

Le costume cintré de Macron dénote des autres politiciens. Il est impeccablement apprêté, Brigitte vêtue de son petit cuir slim à son bras, quand elle ne se rend pas au défilé Louis Vuitton.

Pie XIII renoue, quant à lui, avec l'élégance papale d'antan, alternant gymnastique corporelle et désinvolture, les doigts couverts de bagues, savourant de son bureau, en tirant sur sa clope, son pouvoir absolu. Ce pape est plein d'addictions improbables, comme celle au Cherry Coke. En ce qui concerne Macron, son projet de loi visant à légaliser la consommation modérée de cannabis, lui, pour qui la mesure rime plutôt avec démesure, ne met-il pas le doigt sur un vice caché ?

4/ La trahison de « leur maître »

Macron affirme le 16 mars 2016 que, « bien sûr, François Hollande est le candidat légitime », et rejoint le 16 novembre les rangs de la présidentielle. Il remplace : « Je sais à qui je dois d'être là : François Hollande » par « Je n'ai pas construit ma carrière sur quelqu'un ».

Lenny, quant à lui, est élu pape au détriment de celui dont il a été l'élève, le cardinal Spencer.

5/ Des électrons libres
Le pape et le politique affirment tous deux vouloir marquer une rupture avec le schème antérieur. Mais concrètement, on ne sait pas trop ce qu'ils veulent.

Emmanuel Macron a créé le mouvement En marche ! en avril 2016, qui se défend de n'être ni de droite ni de gauche. S'il innove sur le fait politique en s'entourant de novices pour mener sa campagne présidentielle, dans les faits, même si son programme commence à être dévoilé, ne doit-il pas y avoir – comme le remarque justement le politologue Stéphane Rozès – avant tout un projet ? Car en marche, certes, mais vers quoi ?

De même Pie XIII, dès son investiture, affirme sa volonté de sortir du confort des souverains poncifs, mais, contre toute attente, c'est un retour à une Église réactionnaire qu'il prône tout en adoptant une attitude moderne, voire provocatrice. La scène du jeune pape repoussant continuellement son homélie parce qu'il ne sait pas quoi dire ne peut que faire penser à Macron qui fédère de plus en plus d'adhérents sans programme réel. Dans une même logique, les incohérences de son discours ont manqué à plusieurs reprises de faire éclater Macron en plein vol, comme les imprévisibilités de Pie XIII ont pu effrayer les cardinaux.

6/ Les alliés
 
© DR

L'épouse de Macron, de 27 ans son aînée, son ancien professeur de théâtre, n'est pas sans rappeler sœur Mary, qui a recueilli à l'orphelinat le jeune Lenny Belardo, futur Pie XIII. Elles ont toutes les deux « misé » sur eux et restent un soutien indéfectible.

Quant à Bayrou, qui s'est allié il y a peu à Macron, il fait étrangement penser au cardinal Voeillo qui, après avoir essayé de confondre Pie XIII, se dévoue à lui.

7/ Un parcours classique de l'accès au pouvoir
Macron comme Lenny sont promis très jeunes à un avenir hors du commun. Le premier quitte Amiens pour Paris où il entre en prépa BL au Lycée Henri-IV et, s'il échoue à Ulm, il réussit brillamment le concours de l'ENA. Quant au second, il quitte l'orphelinat et rejoint New York pour suivre l'enseignement du cardinal Spencer.

8/ L'ambiguïté
Macron est comparé par les siens à un maréchal-ferrant. À la fois homme de lettres et banquier d'affaires, homme de gauche puis le réfutant, défenseur de la Manif pour tous (« humiliée », dit-il, par les socialistes) après des clins d'œil à Jeanne d'Arc et des accointances avec Philippe de Villiers.

 
Jude Law, mystique, dans The Young Pope. © Canal+

Quant à Pie XIII, il se veut détenteur d'une justice divine et, pour ce faire, s'adonne à la partialité et à un certain sadisme juridique. Dans cette même contradiction, il veut faire la chasse à l'homosexualité tout en mandatant son ami le cardinal Dussolier, orphelin et lui aussi protégé de sœur Mary, pour l'aider en se doutant probablement de ses pratiques sexuelles contraires à l'Église.

9/ Une blessure originelle
Dans la série de Sorrentino, Lenny Belardo s'est construit autour d'un traumatisme : l'abandon par ses parents. Il en souffre, mais en même temps cela lui permet de supporter la solitude à laquelle l'accule son intransigeance.

Que sait-on de Macron, si ce n'est qu'il est brouillé avec ses parents, qu'il n'a pas d'enfants et qu'il ne se rend que de manière symbolique à Amiens (propos de Brigitte Fouré, maire UDI de la ville) ? Ce qui est sûr, c'est que c'est un homme d'une extrême indépendance, à l'instar du pape Pie XIII qui semble vouloir gouverner seul, comme s'il ne pouvait compter que sur lui-même, témoin probable d'une blessure originelle.

10/ Des êtres messianiques
Sœur Mary est convaincue que Lenny Belardano est un envoyé de Dieu. Les miracles accomplis par Pie XIII renforcent cette idée jusqu'à commencer à convaincre les cardinaux.

De même, Macron apparaît comme l'être providentiel, un renouveau dans un monde politique où les images se révèlent mensongères, et où il semble le seul qui pourrait encore détenir une vérité puisqu'il n'a encore rien vraiment dit.
Effrayant

Si ce décryptage peut paraître effrayant, il n'en reste pas moins que Macron comme The Young Pope sont des êtres de contrastes où le particulier se superpose à l'universel, les rendant d'autant plus attachants qu'eux ne se défendent pas de leurs imperfections parce que « errare humanum est ». 

Jude Law (Lenny Belardo, Pie XIII) © Photo num�rique / Gianni Fiorito

Mais ce qui les différencie, avant tout, ce sont les conditions de l'élection. Les cardinaux ont élu Lenny Belardo car ils pensaient pouvoir le manipuler à leur guise. Macron, lui, annonce d'emblée de quelle couleur sera « la fumée blanche ». Dans la série de Sorrentino, Pie XIII dénonce, comme une mise en garde d'une démocratie trop de fois mise à mal, qu'avant de voter pour lui les cardinaux auraient dû s'intéresser à lui et comprendre qui il était.

Au fur et à mesure de la campagne présidentielle, Macron va-t-il être plus cernable, et si, selon la célèbre formule du cardinal de Retz, « on ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment », n'a-t-il pas plutôt intérêt à ne pas abattre ses cartes, surtout s'il n'y a rien écrit dessus ? Il se posera alors la question du vote. Les Français miseront-ils, à l'instar des cardinaux, sur l'inconnu (le champ des possibles pouvant aller du pire au meilleur), ou sur un candidat dont ils n'adhèrent pas forcément au jeu trop de fois dévoilé ?

Maï-Do Hamisultane Lahlou est écrivain et psychiatre, auteur de La Blanche, sélectionné pour le prix littéraire de la Mamounia de Marrakech. Son second roman, Santo Sospir, a reçu le Prix littéraire Sofitel Tour Blanche. Elle vient de contribuer à un ouvrage collectif, Voix d'auteurs du Maroc : recueil de contributions de 30 écrivains marocains.

Article publié par lepoint.fr le 06/03/2017











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