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Depuis longtemps, j'ai compris que le combat qui prévaut sur tous les autres est celui que chacun se doit de livrer à tout ce qui, au plus profond de son être, s'apparente à la haine. A commencer par la "haine de soi".

Ce travail sur soi est douloureux, difficultueux et souvent éprouvant. On n'expurge pas aisément toutes les tares tapies au cœur de notre être comme de notre étant, parce qu'elles ont été induites insidieusement dans notre mental dès les premiers pas de notre socialisation au sein de la famille.

Même le langage a été piégé lors de notre éducation !
Comment extraire de notre mental la détestation de la couleur noire, par exemple ? En elle-même cette couleur peut offrir des configurations esthétiques sublimes; nous la collons pourtant aux sentiments (colère noire ou cœur noir), au déroulé du temps (jour ou année noire), à l'espace (noir de monde)...etc. Je consens que cette détestable approche ne nous est pas particulière. Mais elle prend chez nous des proportions terrifiantes, notamment à l'aune du torrent islamo-rigoriste où le blanc est divin et le noir bel et bien satanique.

Je ne parle même pas de nos frères noirs qui, chez nous, sont traités de tous les noms d'oiseaux (7artani, Draoui, Qallawi...etc.), uniquement parce qu'ils sont de couleur noire.

Je peux aligner une infinité d'exemples à ce registre du langage piégé...de notre vision minorante de la femme -7achak, disent-ils encore aujourd'hui sans sourciller de honte !- à notre rapport au Juif en passant par les qualificatifs assénés aux personnes à besoins spécifiques ou à ceux qui ont choisi de porter un regard critique sur les certitudes ancrées dans notre imaginaire clanique.

Vous voyez donc bien qu'il y a matière à combats au fond de chacun de nous et qu'il est très difficile de se remettre fondamentalement en question. La libération mentale a un prix, en effet. Aucun développement humain n'est loisible en dehors de cette libération, sachons-le !

C'est au plus profond de ce mental pétri de haine et de mépris qu'est tapi notre arriération et de là qu'émanent tous les freins à notre épanouissement individuel et collectif !

Engageons donc ce combat pour prétendre gagner celui de la démocratie, des droits humains et de l'harmonie !

Le combat majuscule est bien celui que chacun doit livrer contre ses propres démons !

Abdessamad Mouhieddine
Anthropologue, journaliste, écrivain, poète...

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