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A un moment donné, il faut laisser de côté le «nationalisme-protectionnisme». Il faut arrêter ce cirque et rappeler que Saad Lamjarraed est un justiciable comme les autres. S’il n’a pas compris pourquoi il a séjourné six mois durant en prison, il faut que quelqu’un lui explique.

Je me suis souvent posé cette question: que fait un homme quand il sort de prison? Quelle est cette toute première chose vers laquelle il court, une fois que ses poumons respirent la liberté?

Depuis qu’il a retrouvé une liberté provisoire, avec bracelet électronique et interdiction de quitter le territoire, Saad Lamjarred n’a peut-être pas eu le temps de respirer. Ni de réaliser ce qui lui est arrivé. Mais il a déjà trouvé le temps de produire une vidéo «pour les fans» dans laquelle on le voit chanter, tout sourire et avec la dégaine d’un homme qui revient d’une mission dans l’espace, son air le plus équivoque (Ana machi Sahel, traduisez «Je ne suis pas facile», un texte auquel les problèmes de Saad ont donné une tournure étrange, détestable).

Les fans ont bien sûr apprécié. Parce que les images leur vendent l’idée, totalement fausse, que tout va bien, et que les problèmes de la star sont uniquement le fait des «jaloux» et des «envieux». Il ne reste plus, alors, qu’à faire la fête et narguer le monde…

Quelle terrible faute de goût! Quelle inconscience!
L’avocat de la star, Me Eric Dupond Moretti, a du boulot. Même s’il en a vu d’autres, il faut lui souhaiter beaucoup de courage. Parce qu’il est très difficile de défendre quelqu’un qui est accusé de viol et qui, en attendant d’être jugé, se laisse filmer comme un héros dans les rues de Paris, poussant l’audace jusqu’à reprendre un refrain qui ressemble désormais à une provocation?

J’imagine l’avocat parisien grondant son client marocain: «Saad, il faut que tu arrêtes avec ça. Ce n’est pas possible. On va croire que tu ne respectes pas la justice française, que tu veux l’influencer, et que tu nargues celle qui t’accuse de viol aggravé. Tu ne peux pas faire cela, mon jeune ami, la décence te l’interdit et quand bien même tu serais déjà innocenté. Alors que tu ne l’es pas! Ne l’oublie pas et ne gâche pas tous les efforts consentis par beaucoup de personnes pour t’aider. Et rappelle-toi, tu n’es pas poursuivi pour délit d’opinion ou pour avoir voulu sauver un migrant de la mort mais pour une sombre affaire de mœurs».

A un moment donné, il faut laisser de côté le «nationalisme-protectionnisme» (Saad est une star marocaine et arabe, c’est un garçon de bonne famille, il fait ses prières et il aime ses parents, etc.). Il faut arrêter ce cirque et rappeler que Saad Lamjarraed est un justiciable comme les autres. S’il n’a pas compris pourquoi il a séjourné six mois durant en prison, il faut que quelqu’un lui explique.

Saad Lamjarred n’est pas la première star ou homme public soi-disant victime de son succès. L’histoire regorge de cas de célébrités qui ont du fait face à de lourdes accusations. Ces célébrités ont pris le parti de la décence: elles se sont tues ou ont demandé pardon à leur public, mais aussi à leurs victimes. Cela s’appelle faire amende honorable. Et ça grandit son homme.

Si la pop star marocaine ignore cela, on comptera sur ses avocats et ceux qui l’aiment réellement pour le lui rappeler. Avant qu’il ne soit trop tard!

Par Karim Boukhari
Le360.ma


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