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Depuis l’infitah de 1989, le pouvoir politique algérien a organisé 15 scrutins dont cinq législatives sans jamais consacrer la démocratie politique.

Paradoxalement il a pris soin de phagocyter subrepticement tout le processus d’ouverture en verrouillant l’espace public, en anesthésiant les activités partisanes et la vie associative. Même au plus fort moment de la campagne contre le terrorisme, le pouvoir a pu respecter, contre vents et marrées, les échéances électorales sans coup férir. Il se fait d’ailleurs un point d’honneur de se présenter aux rendez-vous électoraux. Il accorde une grande importance à la légitimité extérieure au détriment de la légitimité intérieure.

Une des particularités des élections législatives du 4 mai 2017, c’est leur tenue sans la présence cette fois-ci du chef du DRS, le général Mohamed Médiéne, dit "Toufik", perçu comme le détenteur de la clef de voûte du pouvoir occulte. Malgré sa mise à la retraite et la restructuration organique du DRS en DSS, les résultats du dernier scrutin n’ont pas surpris beaucoup d’Algériens.

Le rapport de force reste fondamentalement, après chaque élection, inchangé dans ses contours. L’alternance politique, tant attendue, ne semble pas se frayer de chemin.

L’Etat profond que l’autoritarisme électoral crédibilise s’avère être plus puissant qu’on l’a imaginé. L’autoritarisme semble être enraciné anthropologiquement dans la culture politique. Le régime à visage sécuritaire, évoluant dans un environnement international en pleine mutation, a-t-il un avenir devant lui ?

Élections et alternance politique
Les résultats officiels du scrutin de mai 2017 n’ont guère surpris les observateurs avertis en Algérie ou ailleurs. Si dans les pays démocratiques, les élections réservent toujours des surprises aux électeurs et à l’opinion publique, ce n’est pas le cas dans les pays autoritaires.

Les résultats dans ces pays sont connus avant même la tenue des élections. Le groupe politique qui organise le scrutin est souvent le grand vainqueur. La fraude électorale, sous toutes les coutures, est l’instrument privilégié de la victoire électorale. L’enjeu électoral n’est pas l’alternance pacifique au pouvoir mais la consolidation, voire la légitimation, du groupe dominant au détriment de la promotion d’une gouvernance plus transparente. Les résultats officiels expriment en réalité l’aboutissement d’une lutte obscure entre clans du sérail et entre divers groupes d’intérêt dont l’objectif ultime est l’affermissement de l’économie de bazar et par conséquent l’appropriation des rentes de situation.

La réduction substantielle des revenus provenant du pétrole et du gaz a amplifié ces luttes ces dernières années. Elles étaient jusqu’à récemment confinées aux hautes sphères de l’Etat. Aujourd’hui, elles se sont non seulement exacerbées mais ont envahi la sphère publique et médiatique, et tous les coups bas sont permis, au vu et au su de tout le monde.

Il n’y a pas de groupe politique qui soit à l’abri d’intenses luttes intestines et byzantines, expression de ces querelles d’intérêt qui se manifeste également dans l’élaboration des listes électorales. L’intérêt particulier prime sur l’intérêt du parti et de la collectivité. En outre, la violence, physique et symbolique, prend dans un tel contexte une importance préoccupante.

Il n’est pas étonnant alors que les Algériens se détournent des urnes et se passionnent pour les élections des pays démocratiques. Les rêves de la jeunesse ne s’expriment pas par les urnes, les véritables enjeux électoraux sont ailleurs.

Particularités de la campagne électorale et Nouvel acteur
La campagne dans l’ensemble s’est déroulée comme les précédentes, sans incident majeur. Il est de tradition que le pouvoir, lors des grands événements, ne lésine pas sur les moyens (fourniture d’équipements, allocations financières généreuses, en personnel civil et forces de l’ordre). En dépit de cela, on a pu assister à trois semaines d’une parodie de campagne, une campagne morne, sans contenue et sans substance. Plus de la moitié des 4734 espaces publics réservés pour l’animation des meetings n’ont pas été utilisés. Les 11 334 candidats se sont présentés en rangs dispersés comme une armée en déroute.

La plus grande particularité de cette campagne a trait à l’intervention d’un nouvel acteur, les internautes. La lettre aux parlementaires de Agnès Tina et le clip de DZ Joker titré Mansotich ("Je ne saute pas", jeu de mot avec manvotich, "je ne vote pas") ont fait le buzz sur les réseaux sociaux. Ces deux vidéos ont été vues plus de 7 millions de fois. Elles ont égayé à bien des égards une campagne terne, contrairement aux plaisanteries de mauvais goût du Premier ministre.

Les vidéos ont été d’une certaine manière une réplique au discours officiel. La campagne officielle intitulée Samaa sawtek ("Fais entendre ta voix"), a été lancée en avril par le ministère de l’Intérieur à grand renfort d’affiches et de spots télé. Le ministre de l’Information a adressé au préalable une circulaire aux médias les enjoignant de ne pas donner la parole aux partis appelant au boycott. Quant au secrétaire général du FLN, il a clairement affirmé que "même sans campagne électorale, le FLN gagnera les élections". Etait-il tenu au secret par "le maître des horloges" ?

Résultats officiels de la 8e législative
Comme on s’y attendait, le FLN et son excroissance le RND ont obtenu à eux deux la majorité absolue des sièges en dépit du fait que plus de 60 partis ont été autorisés à participer à ce scrutin. Le FLN dirigé par Djamel Ould Abbès que le scandale des listes électorales a entre autres éclaboussé, ne l’a pas empêché de remporter 161 sièges.

Même s’il a perdu 59 sièges par rapport aux précédentes législatives, alors que le RND en a gagné 32, le FLN veut être ainsi perçu comme la première formation politique du pays et "peut gouverner encore pendant 100 ans", comme l’a affirmé son secrétaire général. Ce résultat a bénéficié du fait que la campagne électorale a été menée par le FLN au nom du président Bouteflika. Selon le secrétaire général du FLN : "Si nous avons gagné, c’est par la baraka (bénédiction) de la photo de Bouteflika." Heureusement que le ridicule ne tue pas chez nous, les rues seraient autrement jonchées de cadavres.

Le chef de l’Etat a été coopté comme le président d’honneur de ce parti en janvier 2005 alors qu’il s’était présenté à la présidentielle de 1999 comme le "rassembleur" de tous les Algériens dans une Algérie gouvernée, paradoxalement, par l’émergence d’une classe de nantis qui a pris son envol avec le renchérissement des revenus énergétiques. L’alliance FLN/RND totalisant 261 sièges sur 462 reste la formation du pouvoir et de l’administration.

Une APN "mosaïque"
Elle a recueilli officiellement à peine 11% du corps électoral. Même en y ajoutant les groupes islamistes qui le soutiennent, TAJ, le Front El Moustakbal et le MPA, le pouvoir n’est appuyé que par moins de 20% du corps électoral. Ce faible score ne l’empêche pas de parler au nom du peuple algérien tout entier. Le successeur du président Bouteflika sera manifestement coopté par le sérail et sa famille, bien que plus de 70% des électeurs se soient détournés des unes.

Le président de la nouvelle APN, les présidents des commissions ainsi que le Premier ministre sont cooptés dans cette alliance. Cela signifie clairement que l’immobilisme érigé en philosophie politique tend à se renforcer même dans une situation de profonde crise de légitimité.

Notons que 39 enseignes ont bénéficié d’un seul siège chacune, 8 partis de deux sièges et les indépendants de 28 sièges. Une assemblée "mosaïque" s’est dégagée des élections de 2017. Il n’y a ni gauche, ni centre, ni droite. Tout le monde est ferré par le "programme du président de la République" devenu une sorte de cri de ralliement politique des fidèles du chef de l’Etat. L’ère du pré-politique a encore de beaux jours.

La question de l’islam politique
Sans grande surprise, la mouvance islamiste est classée en troisième position, comme par le passé, bien que sa base sociale s’est réduite ces dernières années dans notre pays comme partout ailleurs. Elle a remporté au total entre 70 et 80 sièges justifiant ainsi l’obtention de quelques départements ministériels. Il faut toutefois relever que la redistribution des postes dans les institutions ne repose ni sur le poids électoral dérivant des dernières élections législatives ni sur une règle écrite.

Les postes sont attribués sur la base des arrangements claniques de palais et des affinités clientélistes. Le Premier ministre est choisi, comme le stipule clairement la Constitution de 2016, par le chef de l’Etat en toute discrétion et sans tenir compte de la majorité parlementaire. Sa mission est de faire appliquer le programme du chef de l’Etat soutenu par un puissant appareil sécuritaire.

En tous cas, l’islam politique dit «modéré» ne fait plus recette aujourd’hui. L’inclusion des islamistes dans les institutions, en tant que tels, est à rechercher d’une part dans la pression extérieure exercée sur le pouvoir et, d’autre part dans la justification des décisions conservatrices et réactionnaires.

La moucharaka (participation gouvernementale) des islamistes ne s’est pas distinguée par une gestion particulière. Bien au contraire, elle a été désastreuse dans certaines instances. La présidence de l’instance de surveillance des élections de 2017, par un islamiste du groupe de Ennahda, fut lamentable. Les islamistes, de par le monde, sont connus pour ne pas être d’excellents gestionnaires de la chose publique en opposition à leur discours.

Si l’islam "modéré" tend à se réduire comme une peau de chagrin, ce n’est pas le cas pour le salafisme, la matrice idéologique des djihadistes. Ce courant a tendance à gagner du terrain et à s’implanter en douceur dans des sphères culturelles (éducation et médias) ainsi que dans la sphère informelle où il s’est accaparé plusieurs secteurs d’activités commerciales (informatique, pièces de rechange et lingerie). L’on assiste dans l’ensemble à la re-traditionnalisation du pouvoir politique dans son ensemble.

Un télé-prédicateur a demandé au gouvernement de faire condamner à mort et d’exécuter le journaliste Kamel Daoud pour le crime d’apostasie. Des candidates voilées apparaissent sans visage sur les affiches de plusieurs listes partisanes (FFS, FNA, Islah…) exprimant très clairement cette islamisation par le bas à travers le pays, particulièrement dans le monde rural.

Selon le président de la HIISE (Haute instance indépendante de surveillance des élections), «la loi a donné la liberté aux candidats de choisir la manière de se faire connaître des électeurs (…). Avec le nom seulement ou le nom avec la photo, le choix est laissé au candidat qui doit respecter néanmoins les dimensions de l’affiche». Pour le président de cette instance, il n’y a pas lieu de s’offusquer, le problème n’est pas fondamentalement politique mais d’ordre technique.

Partis démocratiques et Cercle présidentiel
Aucun des partis dits "démocratiques" n’a obtenu assez de sièges pour pouvoir constituer un groupe parlementaire, aussi, faut-il que ce groupe soit en mesure d’initier des lois. Le FFS a remporté 14 sièges, le PT 11 et le RCD 9. Les partis, qui n’étaient pas dans le "bon camp" lors de la lutte au sommet qui s’est soldée par la mise à la retraite du chef du DRS, ne pouvaient pas remporter une grande victoire électorale. Par contre, le Front El Moustakbal, TAJ et le MPA en soutenant le cercle présidentiel sans ambiguïté de langage ont obtenu respectivement 20, 19 et 13 sièges.

Pour des partis récents dont leur base sociale est virtuellement insignifiante, ils se voient attribuer d’excellents résultats. Déconnectés de la réalité, les partis "démocratiques" ont appelé les Algériens à voter massivement comme l’ont fait le pouvoir et les autres groupes. Ce qui est important à relever c’est que ces partis n’ont pas réussi à sensibiliser leurs lecteurs même dans leur fief de prédilection. Le secrétaire général du FFS, un parti créé pour la justice sociale au lendemain de l’indépendance, n’a pas été élu dans sa propre circonscription !

Dans les circonscriptions de Tizi Ouzou, Béjaïa, Bouira, Boumerdès ainsi qu’en France, perçues comme des bastions des partis démocratiques, le taux de participation a été le plus faible, officiellement de l’ordre de 17%. Par contre, la consigne de "boycott", émise par le MAK et les autres groupes, a été bien suivie dans ces circonscriptions.

D’une part, les autonomistes et les séparatistes gagnent du terrain à chaque événement tandis que les partis traditionnels se trouvent de plus en plus discréditer et marginaliser face aux nouveaux défis. La jeunesse leur tourne le dos. Le pouvoir les a finalement piégés.

D'autre part, les partis qui ont appelé au boycott, comme Jil Jadid de Soufiane Djilali et Talaie El Hourriyet dirigé par Ali Benflis, ex-candidat malheureux aux élections présidentielles de 2004 et 2014, gagnent en crédibilité. En tirant les enseignements de l’élection présidentielle de 1999, Ali Benflis a jugé utile d’investir le champ politique contrairement aux candidats qui se sont retirés de cette élection plébiscitant de facto le candidat de l’establishment sécuritaire.

Erreurs techniques et fraude

Les chiffres des législatives fournis par le Conseil constitutionnel montrent des écarts très importants avec ceux annoncés par le ministère de l’Intérieur. Le taux de participation est ramené de 37,09% à 35,37%. Le plus surprenant concerne le nombre de bulletins nuls. Il est revu à la baisse, à 1 757 043.

Les services du département de l’Intérieur se sont trompés également dans le nombre de votants avec un écart de 398 976 entre leur chiffre et celui du Conseil constitutionnel.

Autres couacs, des chiffres annoncés avec beaucoup de retard, d’autres totalement absents, un site web officiel inefficace. Le ministère des Affaires étrangères, équipé d’une technologie moderne, n’a pas fait mieux. Les résultats de la diaspora n’ont pas été communiqués à temps… A ces problèmes techniques, il faut ajouter la falsification des PV et le bourrage des unes. Ces problèmes sont inadmissibles à l’ère de la Génération de technologie mobile (3G et 4G) d’autant plus que le pouvoir a une grande expérience dans l’organisation des élections.

A terme, la numérisation du processus électoral évitera manifestement tous ces couacs et autres. Mais quel est le groupe politique, pouvoir et opposition, qui souhaiterait une transparence totale du processus électoral lorsqu’il est bien admis par ailleurs que les groupes politiques et des candidats aux présidentielles ont reçu "un coup de pouce" à un moment donné. Depuis le scandale des élections sous la houlette d’Edmond Naegelen en 1948, les techniques de fraude se sont rapidement enracinées dans la culture politique de la guerre froide pour devenir un élément structurel et structurant l’autoritarisme électoral.

Chambre d'enregistrement
Pour beaucoup d’Algériens, les élus, aux niveaux local et national, n’apportent pas de réponse à leurs problèmes quotidiens. Ils s’intéressent beaucoup plus à leurs honoraires et aux rentes de situation qu’aux soucis des citoyens. L’APN est une simple chambre d’enregistrement, elle n’a pas de réels pouvoirs pour influer un tant soit peu sur les décisions du gouvernement. Les députés ne se font pas d’ailleurs beaucoup d’illusions quant à leur mission réelle. Le nomadisme politique, les dissidences et l’absentéisme sont les autres facteurs ajoutant un peu plus au discrédit de l’APN. Souvent l’hémicycle est à trois quart vide lors des séances plénières de l’Assemblée.

L’absentéisme est devenu vraiment problématique ces dernières années, à telle enseigne qu’il est même question de trouver une formule pour le sanctionner. Tout compte fait, les députés n’ont pratiquement pas initié de loi durant les quatre législatives précédentes ! Les députés sortant ont concédé sans résilience des prérogatives à l’Exécutif. Le projet de loi de finances 2016 a accordé, entre autres, à l’Exécutif le droit de réviser en toute discrétion des crédits déjà votés.

Quant à la structure du budget sécuritaire, il a été de tout temps le plus grand tabou, aucun député n’a osé poser de questions orales. Les lois organiques en faveur de "la réforme politique profonde" initiée par le chef d’Etat sont passées comme une lettre à la poste. Les députés ont toutefois pris le soin de bien négocier leur prime de départ évaluée à plusieurs années de salaires d’un ouvrier qualifié ou d’un jeune universitaire !

Démobilisation électorale
Avant même la tenue du scrutin, le pouvoir a déjà réussi son pari, il a pu rallier à sa cause pratiquement tous les partis (une soixantaine de groupes) et 1125 candidats indépendants. Certes tout le monde, pouvoir, partis politiques et indépendants, ont visiblement appelé les citoyens à voter massivement. En réalité, une faible participation est paradoxalement encouragée par tous les acteurs. La fraude est plus facile lorsque les bureaux de vote sont vides.

Des repoussoirs (corrompus, opportunistes et incompétents) sont présentés aux électeurs. Plus grave encore, l’APN sert de refuge à ceux qui ont des dossiers à régler avec la justice. Le ministre de la Justice, conscient de ces cas de figure, étudie un projet de loi pour le réaménagement de l’immunité parlementaire. Les responsables des partis sont même très fiers d’apporter un franc soutien aux sphères informelles et spéculatives.

La "chkara", l’argent douteux, a envahi les élections alors qu’une politique rigoureuse d’austérité et diverses restrictions budgétaires sont imposées à l’ensemble des citoyens. Très étrange, la diffusion en boucle des vidéos "subversives" n’a pas été interrompue durant la campagne électorale. Les internautes qui ont publié des vidéos appelant au boycott n’ont pas été inquiétés par les autorités.

Les slogans officiels, tels que "la menace aux frontières", "la main de l’étranger qui veut déstabiliser le pays", "La nécessité de préserver la sécurité nationale aux dépens de tout", n’ont pas incité les Algériens à se déplacer le jour des élections, d’autant plus que les activités économiques étaient suspendues.

En bref, la gestion de la crise de légitimité par la peur ne fonctionne plus. Les mots d’ordre qui avaient gagné les cœurs et les esprits de nos parents s’adaptent très difficilement à l’ère des TIC et de la 3e révolution industrielle.

"Une société antisystème"
Lorsque la question sociale est absente des discours électoraux alors que les inégalités sociales ne cessent de se creuser, le désintérêt électoral s’amplifie et devient une forme de résilience à l’ordre sécuritaire. Même le discours islamique s’est aligné cette fois-ci sur les autres discours, officiel et «démocratique». Ceci dans une Algérie où a émergé une nouvelle classe de nantis sans scrupules revendiquant haut et fort une représentativité élevée dans les centres de décision et les assemblées électives.

Une forte mobilisation électorale remettrait en cause inéluctablement le statu quo ambiant, ce qui engendrait une dynamique conflictuelle en faveur d’une gestion différente des affaires de la cité. Si les régimes autoritaires ont une caractéristique en commun, c’est bien la mise en place d’une stratégie de démobilisation des citoyens.

Déçu par le multipartisme, Saïd Sadi, secrétaire général du RCD à l’époque, a soutenu que l’armée était le seul parti digne de ce nom dans notre pays. Le scrutin de 2017 a clairement démontré qu’il y a un autre grand parti, les abstentionnistes constituant plus de 70% du corps électoral. Un parti de 15 millions d’adhérents, le plus représentatif du pays, aurait pourvu l’intégralité des sièges de la nouvelle l’Assemblée. Désormais, il faut faire avec ce nouveau parti d’insoumis de la "société antisystème". "On ne peut pas raser la tête de quelqu’un en son absence", comme enseigne ce beau proverbe bambara (Mali).

L’immobilisme politique, économique et culturel que le contre-choc pétrolier mis en exergue conduira inéluctablement, au lendemain de l’après-Bouteflika, à une situation de non-retour. La situation du pays est très difficile : l’Etat a de sérieuses difficultés à payer ses créanciers, des entreprises publiques et privées ferment, le chômage des universitaires augmente, la grande corruption s’accentue, le mécontentement populaire s’intensifie, la sphère publique se verrouille… la violence gagne du terrain.

Si le parti, dirigé par la nouvelle génération décomplexée de la légitimité historique et révolutionnaire, n’est pas au centre de la transition politique, il serait alors très difficile d’éviter la confrontation en gestation.

Le conflit entre "l’Algérie du marteau" et "l’Algérie de l’enclume", entre les élites et le peuple insoumis, amènera le pays dans l’inconnu. Le scénario catastrophe de type vénézuélien que tous les Algériens redoutent le plus a incité déjà des apparatchiks à mettre leurs familles à l’abri, à l’étranger, et l’argent de la corruption dans les paradis fiscaux.

Rachid Tlemçani 
Professeur en relations internationales et sécurité régionale à l’université d’Alger

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