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C'est drôle que chez nous, beaucoup de gens rêvent de pouvoir rester à la maison toute la journée, mais ne le peuvent pas à cause de leur job. Ici au Cambodge, seulement 20% de la population est salariée. Les autres ont une activité familiale à la maison.

Une petite ferme à l'échelle de la famille (souvent juste suffisante pour subvenir aux besoins en alimentation, avec quelques extras qu'on peut vendre), ou bien une boutique familiale si on est en ville, dans laquelle on habite aussi.

Ici beaucoup de gens restent en pyjama toute la journée (c'est assez amusant au début), et la plupart des gens travaillent de chez eux.

La notion de travail n'est pas non plus la même : vu qu'il n'y a pas d'horaires, on reste "ouverts" plus longtemps, mais on y va tranquille (siestes, grosses pauses, et rythme quand même très très détendu...).

Ils gagnent pas grand chose, mais ils ont l'air beaucoup plus heureux à vivre et travailler en famille qu'un cadre qui vit dans une grande ville, qui court dans le métro, et qui ne profite de sa maison que pour regarder les infos, pour dîner rapidement, et puis pour s'endormir et repartir encore le lendemain matin.

C'est quand même drôle qu'on soit obligé d'aller chercher des choses nouvelles pour pouvoir être capables de travailler chez soi (comme par exemple monter une activité sur internet), alors que c'est quelque chose de naturel dans beaucoup de sociétés traditionnelles (ici en Asie, mais aussi en Europe de l'Est rurale).

Ici, un magasin familial ou une ferme familiale, ce n'est pas une activité séparée de la vie personnelle.
Le magasin fait aussi office de salle à manger et de salon, souvent même de chambre commune quand il n'y a pas d'étage.

On reste chez soi toute la journée, on s'occupe de sa maison et on la fait vivre. Parfois on travaille à gagner de l'argent, parfois on travaille à bricoler un truc pour soi, parfois on reçoit de la famille ou des amis, et il n'y a ni vraiment d'horaires ni de raison de se presser.

C'est dommage qu'en croyant tout mieux savoir, l'homme moderne a détruit beaucoup de choses qui fonctionnaient bien, et se retrouve parfois à vouloir inventer quelque chose qui existait déjà sous ses yeux depuis des siècles, mais qu'il ne voyait pas.

Le salariat est devenu chez nous la voie normale, par défaut, alors que chez nous il y a longtemps, c'était plus ou moins pareil qu'ici. On croit souvent qu'on est "entrepreneurs" et qu'on fait partie d'une minorité, alors qu'une grosse partie du monde travaille à la maison, et ne se considère certainement pas comme "entrepreneur".

Du coup on nous a mis dans la même case que Carrefour, SFR et Renault. Un "entrepreneur" doit donc remplir des papiers à mi-temps, il doit payer plus que les autres, il est considéré comme suspect par défaut par les autorités parce que c'est quelqu'un qui a choisi une voie marginale. On le prend limite pour un capitaliste façon industriels du XIXè siècle.

Alors que le mec essaye juste d'être tranquille chez lui sans qu'on vienne lui prendre la tête avec un patron, des horaires et le métro.

Ce n'est pas parce qu'on travaille chez soi qu'on est à ranger dans la même case que les grosses entreprises. Et c'est même anormal qu'il faille créer une structure juste pour pouvoir recoudre des slips depuis chez toi, monter un site web et en vivre, ou bien faire de la poterie.

C'est comme si on demandait à toute la population rurale de l'Asie et de l'Europe de l'Est de monter une SARL, puis de gratter des papiers pour le RSI et de faire des déclarations de TVA. Ça partirait en révolution.

Bref, on n'a rien inventé, au contraire. On tend en tant qu'indépendants à revenir vers un mode de vie plus calme et plus serein, qui a toujours existé.

Simplement, chez nous on nous prend pour des marginaux qu'on colle dans la même case que les multinationales, et à qui on fait gratter des papiers et payer pour avoir le privilège de sortir du rang.

Bosser sur le web depuis chez soi et pouvoir profiter de sa maison, c'est finalement revenir vers un mode de vie plus traditionnel, même si le web est quelque chose de nouveau.


Jean Rivière
Pris depuis ici





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