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Les mesures récentes du gouvernement français en matière fiscale et de relance économique se démarquent totalement de la politique menée sous la précédente mandature.

Sous Hollande, c’est la politique de l’offre favorisant les entreprises qui prévalait. Elle avait été accompagnée d’un coup de massue fiscal initial pour les particuliers qui avait été gommé à la marge ensuite.

Sous Macron, c’est le « en même temps » qui prévaut et on annonce d’une part des baisses de cotisations sociales et des baisses d’impôts pour les particuliers et des baisses de charges pour les entreprises.

Résoudre cette équation financière afin de relancer l’économie et l’emploi semble inatteignable, mais il ne faut pas s’illusionner sur une politique « en même temps » de l’offre pour les entreprises et de la demande qui permettrait aux particuliers de consommer plus ou de boucler ses fins de mois.

On aurait tort de se réjouir et il faudra bien payer la facture d’une manière ou d’une autre. La méthode est surtout destinée à réformer en profondeur tout en maintenant le calme social.

Valoriser le travail
Macron veut favoriser les actifs (sauf les fonctionnaires) en leur redonnant du pouvoir d’achat et, c’est une grande première, ce ne sont pas les entreprises qui vont devoir augmenter les salaires, mais l’Etat qui décide de baisser certaines cotisations sociales salariales (maladie et chômage), qui revient éventuellement sur la défiscalisation des heures supplémentaires et supprime la taxe d’habitation perçue par les collectivités locales pour 80% des contribuables.

C’est donc à une diminution des recettes pour les caisses d’assurance maladie et chômage, dont on pensait qu’elles étaient déficitaires et à une diminution des recettes des collectivités locales auxquelles nous assistons. Plusieurs milliards évaporés qui devront bien être récupérés autre part, à moins que…

Bien sûr il y a l’augmentation de la CSG, dont on se doute qu’elle ne suffira pas à réduire les déficits engendrés et les autres dépenses annoncées (50 Milliards pour l’investissement).

Les inactifs au régime sec
Par inactifs il faut entendre retraités déjà au régime sec depuis quatre ans en matière d’augmentation des pensions. Ils vont devoir payer sans espoir de compensation l’augmentation de 1.7 % de la CSG à partir de 1200 € de pension par mois. Les plus chanceux verront disparaître la Taxe d’habitation, ce qui ne sera pas le cas pour les retraités les plus aisés (au-dessus de 40 000 € de revenu fiscal annuel pour un couple).

Grande nouveauté également dans les mesures gouvernementales : l’opposition entre actifs et retraités considérés sans doute comme des nantis alors qu’ils commencé à travailler à 14 ou 16 ans pendant plus de 40 heures et avec moins de congés payés qu’actuellement.

La future réforme des régimes de retraites devrait bientôt mettre fin à ces « privilèges » en nivelant par le bas les pensions versées et il faut bien habituer les actifs à cette nouvelle donne en réduisant dès maintenant le pouvoir d’achat des retraités

Les autres
Les autres, ce sont ceux qui ont de l’argent et qu’il faut cajoler au nom de la théorie du ruissellement qui veut que lorsque les riches s’enrichissent davantage, il y a toujours un peu de liquide qui se retrouve dans l’économie, qui sert à l’investissement et donc à l’emploi, sauf que cela ne marche pas ou bien à la marge. Souvenons-nous du pacte de compétitivité et du CICE et des milliards versés au entreprises dont certaines n’en demandaient pas tant mais qui en ont bien profité sans que la courbe du chômage diminue. Cela a juste aidé à « reconstituer les marges des entreprises » dont certaines avaient besoin et à verser des dividendes plus importants aux actionnaires pour les autres. Une politique générale non ciblée, produit toujours des effets pervers

La baisse des charges patronales en lieu et place du CICE actuel pérennisera le système et devrait donc « redonner confiance aux entreprises » selon M. Gattaz qui nous annoncera sans doute dans cinq ans que cette confiance se sera traduite par une augmentation de l’investissement dans les entreprises, pour les moderniser, c’est-à-dire sans emploi supplémentaire à la clé.

La théorie du ruissellement est donc une escroquerie, juste une pièce de monnaie déposée dans la main du pauvre qui quémande à la sortie de la messe.

Pour illustrer « les autres » citons le coup de gueule de M. Pinault, milliardaire, qui dénonce les frasques de son rival M. Arnault, également milliardaire, qui a fait financer par l’Etat 650 des 800 Millions d’euros qu’a coûté sa fondation Vuitton du bois de Boulogne au titre de la niche fiscale du mécénat culturel, alors que lui, Pinault, déclare la main sur le cœur qu’il se fera un devoir de financer son propre musée de 100 Millions d’euros sur ses propres deniers. Un vrai gauchiste ce Pinault !

On se demandait où était l’argent, maintenant on le sait. La diminution de l’ISF servira aux riches à s’enrichir un peu plus et de réaliser leurs folies immobilières, culturelles ou autres…

Face à ce spectacle honteux de l’argent qui dégouline à ne plus savoir qu’en faire, que dire au smicard dont les allègements de cotisations sociales va se traduire par un gain annuel de 250 € ?

Le smicard et les actifs en général auraient tort de se réjouir
Il faudra bien qu’ils payent d’une manière ou d’une autre ces largesses qu’on leur octroie. Prenons l’exemple des diminutions de dépenses dans les Ministères dont on pensait qu’ils étaient depuis longtemps « à l’os » en matière d’économies : moins de dépenses publiques (qui sont essentielles pour faire tourner l’économie) c’est moins de services publics gratuits actuellement qui deviendront payant lorsqu’on aura transféré au privé par le bais des délégations de service public ou de Partenariats Public Privé tout un tas de construction et de gestion d’infrastructures publiques (bâtiments administratifs, hôpitaux, routes,…) dont l’utilisation fera appel à des droits d’accès sonnants et trébuchants de la part des utilisateurs.

Finie la mutualisation de certains services publics par l’impôt payé par tous, et bonjour l’augmentation des tarifs payés aux exploitants privés pour les seuls usagers. En finance publique, on appelle cela le « choix entre le contribuable et l’utilisateur dans le financement des services publics ». Beau comme du Verlaine !

Localement, face à la suppression de la taxe d’habitation, cela pourrait se traduire par de la gestion de plus en plus privée pour les maisons de retraites ou les crèches et donc des tarifs plus élevés. Pareil pour les centres aérés.

Le smicard et les actifs ne voient pas non plus les effets des mesures qui sont prévues en matière de droit du travail, qui permettra plus de souplesse (ou d’agilité diraient certains) en matière de contrat de travail et donc de licenciement, de plafonnement des indemnités et de limitation des droits aux indemnités chômage (il faudra bien compenser la baisse de cotisation chômage dont on leur aura fait cadeau).

Tout cela va-t-il relancer l’économie ?
A la marge, et de manière infinitésimale, et uniquement par la restriction des droits des salariés et des retraités. Ce que l’on nous prépare, c’est la baisse artificielle des statistiques du chômage et l’avènement des travailleurs pauvres comme en Allemagne ou en Grande Bretagne qui devront faire appel à la solidarité familiale pour survivre (cohabitation intergénérationnelle comme en Italie ou en Espagne) ou à la solidarité associative.

Et puis, imaginez-vous un sel instant le plein emploi ? Un espoir pour les uns, une horreur pour les autres qui seraient obligés d’augmenter les salaires

Cela ne marchera pas tant qu’on ne prendra pas conscience que l’accumulation de richesse par quelques-uns, que l’optimisation fiscale et que les niches fiscales qui profitent aux plus riches sont en dehors de la boucle réformiste.

Une société qui fait l’impasse sur les détenteurs de la richesse dans sa politique pour se concentrer uniquement sur la restriction des droits des salariés et retraités va au-devant de cruelles désillusions.

Les élus « En marche » qui écrasent de leur poids l’Assemblée Nationale malgré une faible représentativité dans les urnes seraient bien inspirés de porter un regard critique sur cette situation et ne pas oublier qu’ils représentent le peuple avant de voter les mesures proposées par le gouvernement. 

par Michel DROUET (son site)







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