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Melilla : un tout petit bout d’Espagne en plein Maroc et désormais au cœur de l’actualité. Peu après l’attaque d’une camionnette à Barcelone, revendiquée par l’EI, qui a fait 14 morts et une centaine de blessés jeudi après-midi, la police espagnole a arrêté quatre suspects.

Si les autorités n’ont pas encore révélé grand-chose au sujet des personnes interpellées, elles ont communiqué la nationalité de l’un d’entre eux : un Espagnol, né à Melilla.

Pour Nabil Driouch, journaliste, essayiste, auteur de Le voisinage méfiant et spécialiste de l’Espagne et des relations hispano-marocaines, il y a quatre villes « dangereuses » en Espagne : Madrid, Barcelone, Ceuta et Melilla.

Une histoire particulière
« On considère que 78 % des individus appréhendés pour leur activité terroriste de 2013 à 2016 venaient de ces quatre régions, qui regroupent le tiers des musulmans d’Espagne», confirme Frédérique Langue citant les chiffres publiés dans El Pais le 6 août dernier.
Pour comprendre l'importance de Melilla dans l'actualité, il faut se pencher sur son passé, voire sur son histoire. Cette ville située dans le nord du Maroc est sous administration espagnole depuis 1497. Composée de 86 000 habitants, la cité est devenue un territoire européen en 1993 lors de l’entrée en vigueur du traité de Maastricht, tout comme la ville de Ceuta, également au Nord du Maroc.

Un statut particulier
« Dès la mort de Franco en 1975, l’Espagne entame des négociations avec la Communauté économique européenne (CEE) pour créer un statut spécial à ces deux entités », explique Nabil Driouch. Il n’y a en effet pas de possibilités d’y développer l’agriculture ou une activité industrielle car la superficie de Melilla est de 12,3 km2.

« Ce sont des zones de libre-échange depuis 1860 qui ne possèdent pas de frontières commerciales car le Maroc n’a jamais reconnu de frontières. » Les Marocains vivant aux abords de Ceuta et Melilla peuvent donc y rentrer avec leurs passeports et sans visa. « Chaque jour, ils sont entre 20.000 et 30.000 à s’y rendre pour faire du commerce, détaille Nabil Driouch. C’est une sorte de contrebande car il n’y a pas de frontière connue entre le Maroc et l’Espagne. » Les produits qui y sont vendus ne sont pas taxés, ni soumis à une TVA et par conséquent, moins chers.

Une crise économique et migratoire
Mais depuis la crise économique de l’Espagne, le modèle économique de ces deux territoires a changé. « Le Maroc a signé plusieurs accords de libre-échange avec d’autres pays, les Marocains ne sont donc plus obligés de s’y rendre : ils peuvent désormais acheter les mêmes produits aux mêmes prix à Casablanca ou à Melilla. »

Parallèlement, l’enclave espagnole a vu augmenter l’immigration clandestine depuis son entrée dans l’UE. « C’est un pont vers l’Europe, ce sont deux villes en Afrique accessibles et qui ne nécessitent pas de passer par le détroit de Gibraltar », explique Nabil Driouch. Les Africains accèdent ainsi à l’Europe tout en restant en Afrique. Afin de freiner l’arrivée massive de migrants, suite à la signature des accords de libre-circulation de Schengen, le « mur » de Melilla a été construit. Il s’agit en fait des triples (quadruples au Maroc) barbelés mis en place à partir des années 1996-1998, souligne Frédérique Langue, directrice de recherche au CNRS.

En 2005, des centaines de personnes tentent de franchir ce mur à plusieurs reprises. Le gouvernement Zapatero décide alors de militariser la zone et de renforcer le mur qui mesure ensuite 6 mètres de haut. « Malgré tout, le volume de l’immigration n’a pas changé depuis 25 ans (d’après El Pais du 4 juillet 2017). Les passeurs peuvent prendre jusqu’à 4.000 euros par personne. 3.000 personnes par an parviendraient en Espagne de cette manière », détaille la chercheuse.

Une intégration délicate
Pour Nabil Driouch, la situation à l’intérieur de la ville n’est pas moins délicate. Il y a une communauté musulmane et une communauté chrétienne, ces deux groupes partagent le même territoire mais pas de la même façon. Selon le spécialiste, la communauté musulmane a toujours vécu à la marge car il n’y a pas eu de vraie intégration. « Ces problèmes culturels, de dialogue et d’intégration ont contribué, même si ce n’est pas la raison principale, à tourner une partie de cette communauté vers l’extrémisme. »

« Il y a des problèmes d’identité, d’intégration, des Espagnols musulmans qui ne sont pas représentés par des partis politiques au pouvoir… Ce sont ainsi des communautés faciles à manipuler par les terroristes », conclut Nabil Driouch.

Constance Daulon
Source : 20minutes.fr




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