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Beaucoup appellent à la démocratie, croyant naïvement qu'il s'agit d'un exercice qu'on apparenterait à une garden-party.

Devenir - oui devenir !- démocrate est un cheminement plus que laborieux, initiatique, douloureux, souvent houleux, voire même périlleux. On ne fait pas abstraction de son ego sans dégâts psychologiques pouvant aller jusqu'à la castration symbolique ou encore la blessure narcissique ! Pourtant, certains y sont parvenus.

Sur le plan intellectuel, faire abstraction de son propre ego pour être à l’écoute de l’autre n’est pas chose aisée. Mais les grands esprits y parviennent.

A titre d’exemples, je citerais deux duos représentatifs de cette ouverture à l'autre, tout à la fois respectueuse et vigoureuse : Le premier duo est musulman : (Abou Ḥamid Moḥammed ibn Moḥammed) AL-GHAZALI versus (Abu al-Walid Moḥammad ibn Aḥmad) IBN ROCHD. Au "Tahafot al-Falasifa" (incohérence des philosophes) de l'un, répliquera le "Tahafot at-tahafot" (l'incohérence de l'incohérence) de l'autre. On ne trouvera dans aucune des oeuvres de ces deux grands esprits une offense personnelle.

Le second duo est européen : au "Traité de la nature humaine" de David Hume, le père du scepticisme empiriste et le redoutable adversaire de la métaphysique, a répliqué à la "Critique de la raison pure" d'Emmanuel Kant, qui, précisément, s'est acharné à appliquer la démarche empirique humienne -devinez à quoi ?- à...la métaphysique elle-même, notamment au moyen du binôme phénomène/noumène. Une fois encore, aucune trace d'offense !

Sur le plan politique, les combats électoraux à la violence inouïe entre les ténors des présidences, des parlements et des gouvernements nous donnent à voir en Occident des attitudes admirables de courtoisie et de fair-play, voire même de certaines complicités entre des ennemis jurés au bénéfice exclusif du rayonnement et des intérêts supérieurs du pays.

Tout cela pour dire que la démocratie est un long apprentissage, autant pour les individus, mentalement ciselés comme on cisèlerait des moustaches, que pour des peuples, souvent dressés soit au béni-oui-ouisme béat, soit à un "tête-de-mulisme" ravageur, le tout au périmètre de la virilité, du machisme et du vacarme verbial.

Or notre sport mental favori, sur les terrasses des cafés, dans les salles de réunion, dans les débats politiques, dans les meetings, au sein de toutes les institutions que vous voudrez, est simple à comprendre : On prépare la réplique au moment même où l'interlocuteur entame son propos ! Là où personne n'écoute personne, nul démocratie ne peut un jour émerger !

Abdessamad Mouhieddine
Anthropologue, journaliste, écrivain, poète...


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