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Monsieur le ministre, certains vous appellent le sinistre des droits de l’Homme. Je les comprends même si je refuse de vous appeler comme cela. Je crois simplement que vous n’êtes pas à votre place.

Si Mustapha, il y a des limites à tout
Je me souviens de l’une de nos anciennes rencontres, chez vous, un soir d’hiver. Vous m’aviez dit, ainsi qu’à vos autres invités: "Nous ne sommes pas chez moi mais chez ma femme, c’est sa maison". C’était un trait d’humour. Alors j’ai fait de l’humour aussi, en vous demandant: «La première ou la deuxième (femme)?». Non, non, la première. Dans mes souvenirs, c’est ce que vous avez répondu ce soir-là. Avec le sourire là aussi. Les autres invités aussi ont souri, certains ont même ri. Et bruyamment.

Dans mon souvenir, ils ont ri bruyamment, comme on rit à l’annonce d’une victoire ou d’une nouvelle heureuse.

Ce soir-là, vous avez brandi votre bigamie comme une marque d’authenticité. Regardez-moi, je suis comme nos pères et les pères de nos pères. Vous ne l’aviez pas dit mais entendu. Nous étions quelques uns à vous avoir compris.

Vous étiez fier d’être bigame et vos invités trouvaient cela amusant ou, disons, original. Nostalgique peut-être. Et même drôle.
Ce soir-là, je n’ai pas ri.

Vous veniez d’être nommé ministre de la Justice et des libertés. Moi et d’autres ne comprenions pas très bien le pourquoi de ce "et des libertés". Aujourd’hui encore, je ne comprends pas. Quelles libertés?

Si Mustapha, vous avez toujours été un farouche adversaire des libertés individuelles. Un bon avocat, ça oui. Un homme sérieux et compétent, proche du peuple. C’est comme cela qu’on disait et qu’on dit toujours.

Mais un farouche adversaire des libertés individuelles quand même!

Quand, par exemple, l’affaire dite des satanistes a éclaté en 2003, vous aviez demandé à fermer le petit espace de la F.O.L, fief de la Fédération des œuvre laïques, où les jeunes Casablancais avaient l’habitude de voir des films d’auteur, du théâtre d’avant-garde et plus tard des concerts de rock.

À l’époque, vous défendiez même l’application stricto sensu de la charia islamique. Eh oui!

À l’époque, vous n’étiez pas ministre mais militant islamiste. Et parlementaire. Vous et d’autres pensiez que laïcité et athéisme rimaient. Et que le satanisme n’était jamais très loin. Culture + liberté + laïcité = dépravation + déviation + danger pour la société!

C’est drôle parce que je suis un petit produit de cet espace de la F.O.L. Je lui dois une partie de ma culture cinématographique et d’autres petites choses qui m’ont ouvert l’esprit. Fort heureusement.

Comme la vie fait très bizarrement les choses, il est étonnant que l’on vous retrouve, aujourd’hui, avec le titre magnifique de ministre des droits de l’homme. L’êtes-vous, vraiment? De quels droits de l’homme parlons-nous? Ne vous êtes-vous pas trompé d’époque?

Homophobe notoire, anti-laïque, défenseur de la polygamie, opposant farouche à l’abolition de la peine de mort, au droit à l’avortement, à la dépénalisation des relations sexuelles hors-mariage, à l’égalité femme-homme en matière d’héritage, à l’adoption, à la liberté de culte (et de conscience), etc. Voilà quelques-uns de vos combats et de vos titres de noblesse.
Je vois et j’entends d’ici certains s’exclamer: juste ciel!

Monsieur le ministre, certains vous appellent le sinistre des droits de l’homme. Je les comprends, même si je refuse de vous appeler comme cela. Je crois simplement que vous n’êtes pas à votre place.

Il y a quelques mois, vous avez conseillé aux homosexuels de changer de sexe. En langage de rue, cela veut dire, très grossièrement: que les hommes "douteux" deviennent des femmes, et que les femmes "douteuses" deviennent des hommes. Comme ça, on n’en parle plus! Penses-tu?

Et voilà que vous récidivez, monsieur le sinistre, pardon monsieur le ministre, en traitant cette fois les homosexuels d’ordures et de détritus. En arabe, on appelle cela "zbel". Et le "zbel" est bon pour la poubelle.

Avoir une orientation sexuelle différente, aimer les gens de son sexe, tout cela fait d’un Marocain ou d’une Marocaine comme les autres un déchet humain. Un moins que rien. Un "zbel" qu’il faut éliminer et tirer la chasse.

Bien sûr, Monsieur Ramid, vous êtes libre d’avoir des opinions rétrogrades et vous êtes libre de les exprimer. Vous êtes libre de lutter pour fermer et verrouiller davantage les esprits d’une partie de la société marocaine. En lui vendant l’idée qu’une société fermée est une société pure, idéale, uniforme, dans laquelle les femmes et les hommes sont clonés à l’infini et se retrouvent tous à faire la même chose et à être la même chose.

En réalité, une société fermée ne ressemble pas au paradis promis mais à une huître. Une huître fermée!

Si Mustapha, je sais ce que vous allez me dire: vous avez plusieurs fois menacé de démissionner…pour protester contre ci ou ça. Eh bien faites-le, pour une fois: démissionnez, partez! Ne cherchez plus le prétexte, vous l’avez devant vous: entre vous et la culture universelle des droits de l’homme, il y a un fossé grand comme le monde.

Si Mustapha, il y a des limites à tout. Ne vous tourmentez plus. Claquez la porte et partez. S’il vous plaît!

Par Karim Boukhari
Le360.ma






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