News

Ce qui vient de se passer en ce jour maudit dans ce pays dit béni, ne devrait arriver nulle part. Mourir, alors qu’on voulait juste se nourrir, c’est la pire destinée pour un affamé. 

Il paraît que c’est à cause d’un soi-disant bienfaiteur qui voulait faire du bien en distribuant des produits alimentaires aux démunis de son douar. Je ne sais pas de qui il s’agit, et je ne voudrais même pas le savoir. Je ne voudrais même savoir s’il l’a fait de bonté de coeur ou s’il avait une idée derrière les urnes. 

Qu’importe ! Ce qui est important, c’est le drame qui s’en est suivi, drame qu’on pouvait parfaitement prévoir et donc parfaitement éviter. Quand on me dit qu’il y a eu presque 800 personnes, surtout des femmes et des enfants, dans un périmètre plutôt rural, je pense que les pouvoirs publics ainsi que les élus de cette contrée devraient bien connaître la population qu’ils administrent et surtout bien connaître son niveau de vie. 800 personnes, c’est plus qu’un plus qu’un douar, c’est presque un village ou au moins un gros bourg.

Comment se fait-il qu’on ait laissé ce type exposer sa générosité avec autant d’ostentation, sans lui donner au moins les moyens ou lui préparer les conditions de cette généreuse distribution. Ma conviction profonde c’est qu’il faudrait interdire ce type de distribution publique, c’est-à-dire au su et au vu de tout le monde, ne serait-ce que pour respecter la dignité de ces pauvres démunis.

Pourquoi bon sang les obliger à exposer leur misère et leur pauvreté sur la place publique ?!? Je me souviens, il y a quelques années, à la suite des inondations, entre autres, de “Derb Carloti” et “Derb Sbalione” au quartier de Serb Saltane à Casablanca, nous avions créé avec un groupe d’amis et de diverses personnalités publiques et privées une association pour venir en aide aux victimes.

Nous avions réussi en très peu de temps, grâce à divers donateurs, à récolter un nombre incalculable de produits alimentaires, de couvertures et de matelas etc. J’avais proposé au bureau de cette association de faire une distribution à domicile, justement, pour préserver une certaine discrétion et respecter la dignité des récipiendaires. J’ai essayé d’argumenter en rappelant notamment qu’il y avait parmi les victimes dont certains n’avaient presque plus rien chez eux, des personnes qui étaient auparavant des cadres, des professeurs et même des avocats. Ma proposition a été quand même refusée car, m’a-t-on dit, les autorités publiques et à leur tête le gouverneur de la préfecture de l’époque, tenaient à superviser la distribution eux-mêmes.

Je n’oublierai jamais ce soir-là, quand je suis arrivé devant le siège de la maison de la jeunesse de Bouchentouf où devait avoir lieu cette distribution. Il y avait une foule immense qui attendait dehors. Dès que je suis descendu, avec mon costume-cravate et mon cartable, de ma grosse voiture - j’avais une R25 bleue, la parfaite bagnole du haut fonctionnaire que je n’étais pas du tout - les gens avaient commencé à crier “3ach lmalik” et à me faire des courbettes. J’étais rouge de honte. Je suis rentré presque en courant dans la cour de la Maison de la Jeunesse. Quelques minutes après, on annonce l’arrivée du gouverneur et de ses collaborateurs, précédée par une armada de photographes et de cameramen. Et commence alors la distribution.

On appelle les gens par leur nom. Ils se présentent devant le gouverneur qui leur tend leur pack qui comprenait - je m’en souviens comme si c’était hier - un sac de farine, un bidon d’huile, une couverture, et un matelas en éponge. Ceux qui en avait la force mettaient tout cela sur leur dos ou sur leurs épaules ; les autres, c’est-à-dire les personnes âgées ou malades, on leur ramenait une brouette dans laquelle on mettait le tout et on les aidait à la pousser vers l’extérieur. Certains, en recevant cette dotation de la honte, ne manquaient pas de se courber devant le gouverneur ; d’autres lui embrassaient même la main, sous les applaudissements nourris de l’assistance.

Je n’ai pas pu tenir le coup et je suis sorti en regardant bien tous ces types dans les yeux, histoire de leur dire qu’ils ne sont que des pourris qui profitent de la détresse des gens pour se faire valoir et se faire mousser.

Je n’ai plus remis les pieds dans cette association. La misère est maudite mais les pourris devraient l’être encore plus.

Mohamed Laroussi







0 commentaires:

Enregistrer un commentaire

 
Top