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Depuis le 22 novembre se déroulent au Caire, au sein même de la direction des services de renseignement égyptiens (moukhabarat), ce que devraient être les dernières négociations entre le parti islamiste Hamas et l’Autorité palestinienne, avant la conclusion d’un accord entre les deux parties.

Selon Azzam Al-Ahmad, proche conseiller du président Mahmoud Abbas et ministre de la Réconciliation, « un accord définitif devrait être signé avant fin novembre et appliqué à Gaza avant la fin de l’année », nous a-t-il dit avant son départ au Caire.
« Assisterons-nous en Palestine à la poursuite du recul de l’islamisme politique ? », se demande Amira Hess, correspondante du quotidien israélien Haaretz à Ramallah.
Le retour de l’islamisme dans les mosquées serait un coup marquant pour la Palestine, sur laquelle est rivée l’attention de 400 millions d’Arabes.

Hamas ne se rend pas de gaîté de cœur à la table des négociations : le Qatar, la Turquie et l’Iran lui ont coupé ses financements, la population de Gaza est majoritairement écœurée par l’incapacité du pouvoir islamiste local à lever le blocus et résoudre ses misérables conditions de vie, confient sous l’anonymat le plus strict les réfugiés de Gaza à Ramallah. Ce que confirme Khaldoun, journaliste, pourtant affilié au Hamas.

Ce que vise l’Autorité palestinienne, c’est plus une reddition sans condition du Hamas qu’une place accordée au parti à Ramallah, de façon à réinstaller les fonctionnaires légitimes palestiniens en lieu et place des militants islamistes qui avaient détourné à leur profit le fonctionnement de l’administration, selon Nasser Alkidwa, président de la fondation Yasser Arafat et ami proche de Mahmoud Abbas.

Le grand perdant d’un éventuel accord serait Israël :   
« le Hamas sert d’épouvantail dans le lobbying international de l’Etat juif, alors que dans le même temps, la collaboration sécuritaire entre Jérusalem et Gaza se déroulait de manière exemplaire, ces dernières années », révèle Fadi, un militant anonyme du Fatah.
Le Hamas a vécu une révolution de palais ces derniers mois, repoussant la vieille garde du parti vers la retraite, le nouvel homme fort, Yahia Senouar est en effet appuyé par le responsable de la branche armée, Mohamed Odeif.

La réconciliation est poussée par l’Egypte car Gaza sert de base arrière aux opposants du Caire, et par l’Arabie saoudite pour contrer les manœuvres iraniennes et l’influence du Qatar. Mahmoud Abbas dispose d’une fenêtre d’opportunité sans égale en raison de l’absence de politique américaine. Pour Donald Trump, ni la Palestine, ni Israël, ni les juifs américains ne sont des enjeux politiques pour Washington, laissant ainsi les mains libres aux diplomates du State Department, beaucoup plus réalistes et préoccupés par le long terme.

Le ministre de la Réconciliation avoue ne pas connaître grand-chose de la façon dont la Tunisie et le Maroc ont réglé la question islamiste par les voies politiques. Il nous confie qu'un contact sera prochainement pris avec SM Mohammed VI, "pour explorer la nature de nos intérêts communs", précise t-il. Le président Macron sera également sollicité, selon Al-Ahmad . "J’espère qu’il reprendra la suite de la politique arabe de la France lancée par Jacques Chirac, et permettra un appui de l’Union européenne, cantonnée au rôle de bailleur de fonds jusqu’ici."

Si la réconciliation de l'Autorité palestinienne avec le Hamas ne résout en rien la question israélienne, elle a le mérite de remettre la Palestine sur le devant de la scène internationale et de permettre l'amélioration de son image. Un pas de plus vers la constitution d'un véritable Etat.

Guillaume Jobin, envoyé spécial à Ramallah




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