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Aujourd’hui, ma conférence sur « L'IRAN : RISQUES ET OPPORTUNITES D’INVESTISSEMENT », par-devant un parterre de chefs d’entreprises français, a connu une affluence inégalée.

En préparant cette conférence, j’ai moi-même appris une foultitude d’aspects socioculturels, anthropologiques, historiques et institutionnels rarement relevés par les géostratèges et les spécialistes de la géopolitique financière, souventement d’une neutralité douteuse au sujet de l’Iran. 
Le strabisme géo-historique des impérialismes triomphants, durant ce début de siècle comme tout au long des deux précédents, s’est ancré dans la perception médiatico-politique occidentale de la galaxie persane, allant jusqu’à encourager l’Irak saddamien puis les primoétats golfiens à pratiquer le containment systématique de l’Iran.

Aussi l’Arabie des Al Saoud, imbue de sa wahhabite aigüe, s’est-elle empressée d’éradiquer de ses cursus universitaires l’apport colossal de la Perse à la prospérité de la pensée islamique, oubliant le fait historiquement et tangiblement établi que, sans cet apport, la religion mohammadienne n’aurait probablement jamais dépassé l’axe la Mecque-Médine !

N’en déplaise aux impérialismes et à la mongolienne insolence des Rustres-Frustres de la presqu’île arabique, nous sommes bel et bien en face d’un authentique berceau de la civilisation puisque dès le Paléolithique inférieur, soit il y a 8.000 siècles (!!!!), des outils assez performants ont été fabriqués en Iran et qu’il y a déjà une centaine de siècles av. J.-C (!!!), ce pays avait opéré une impressionnante transition vers une économie de production de biens !

Ma profonde conviction, à cet égard, a toujours été d’affirmer que les vieilles nations disposant d’un background civilisationnel résistent mieux aux assauts hégémoniques, quels qu’ils soient et d’où qu’ils viennent, dès lors qu’ils arrivent à maintenir la solidité de leur front intérieur, ce qui ne fut point le cas de l’Irak post-Saddam.

La relève spectaculaire de l’Iran, au lendemain de la guerre dévastatrice que lui a opposée l’Irak de Saddam, copieusement armé par les Occidentaux, en est la plus éclatante démonstration. Tout comme la résistance iranienne au long blocus occidental d’ailleurs.

Il y a lieu également de tordre le coup à un cliché largement répandu, à la faveur de la désinformation systématique pratiquée par les lobbys et les puissances régionales, et qui prétend sans sourciller que le régime iranien serait une banale dictature !

Or, le système de gouvernance iranien compte un mille-feuilles institutionnel impressionnant par sa complexité. Il fédère deux légitimités aussi puissantes l’une que l’autre : d’une part, une légitimité politique démocratique fondée sur le suffrage universel DIRECT et le contrôle frontal de l’exécutif par le parlement (La nomination de chaque ministre est soumise à son approbation, par exemple), et, d’autre part, une légitimité religieuse, essentiellement dictée par l’hostilité de l’environnement régional sunnite, Bahrein excepté.

Les droits de l’opposition, qu’elle soit d’inspiration libérale ou de substance conservatrice, sont globalement respectés tant dans le paysage médiatique qu’au sein du Majlis, voire au niveau du Guide suprême lui-même, qui est l’équivalent d’un « président de la République », le président de l’exécutif étant le poste correspondant au Premier ministre dans les démocraties occidentales. Les deux personnages sont constitutionnellement révocables, le premier par les 2/3 des parlementaires et le second par l’«Assemblée des Experts » (80 membres élus pour 8 ans au suffrage universel DIRECT). 
« Que veut donc le peuple ?», si j’ose dire. Et puis, en dernière analyse, un tel système qui a pu vaillamment résister à toutes les tentatives de déstabilisation ourdies par toutes les puissances régionales et occidentales réunies, ne mérite-t-il pas le qualificatif, pour le moins, de «performant » ?
Bref, le fil rouge de ma conférence a été aujourd’hui celui de démontrer que les opportunités d’investissement en Iran transcendent largement, y compris à court terme, les « risques » et que la mondialisation s’accommoderait davantage des ambitions économiques, des technologies spatiales et des avancées scientifiques nucléaires civiles magistralement développées par les 80.000 savants, ingénieurs et techniciens iraniens que de l’« ignorance sacrée » du régime despotique wahhabite exclusivement consumériste des Al Saoud et consorts.

A l’heure où, personnellement, je sors (péniblement et douloureusement) d’un « mensis horribilis », j’ai reçu les applaudissements du nombreux public de dirigeants d’entreprises – dont de grands capitaines d’industrie - comme un bienfaisant baume au cœur.

P.S : Même si je sais que le premier Etat musulman marocain fut d’inspiration chiîte, qu’Ibn Toumert, l’idéologue du pouvoir Almohade, était marqué par le chiîsme (cf. son ouvrage « A3azz ma youtlab ») et que j’ai une grande sympathie pour la résistance de l’Iran face à ses sempiternels détracteurs, chacun sait que l’agnostique que je suis ne saurait pactiser avec quelque système politique que ce soit, à commencer par celui qui place la Commanderie des croyants au rhizome de sa légitimité.

Abdessamad Mouhieddine
Anthropologue, journaliste, écrivain, poète ...




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