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Le cœur n’y est pas. A titre de comparaison les étudiants marocains et leurs homologues algériens et tunisiens se retrouvent plus dans les centres culturels américains, bien qu’ils soient beaucoup moins nombreux et moins lotis. 

Et bien que l’Algérie soit plus francisée que le Maroc et la Tunisie, beaucoup d’Algériens ont choisi d’aller vivre dès les années 60 en Amérique plutôt qu’en France . Une tendance qui n’a jamais faibli au Maghreb malgré la force d’attraction qu’y exerce la France de part son passé colonial.

Ni les effets d’annonce ni les photos officiels n’y pourront plus rien. La France est en train de perdre ses anciennes colonies d’Afrique du Nord. Le fossé séparant les deux mondes grandit au fur et à mesure que les générations maghrébines changent. Pour celles d’aujourd’hui la France est un pays européen comme un autre. Seul le petit monde des binationaux et du microcosme plus ou moins aisé qui scolarise sa progéniture dans les écoles de la Mission française garde une certaine affection avec la république de France, ses valeurs et sa culture. Le gros du bataillon, fréquentant l’école publique en décrépitude avancée , la France est une abstraction dont les contours sont définis par l’imagination via la culture orale. Pour cette catégorie de Marocains, la France est ce qu’en disent les vieux : les mineurs des bassins du Nord, les anciens combattants et les autres expatriés qui ont vécu dans l’Hexagone avant de rentrer au pays. Evidemment ces chibanis ne racontent que du bien de leur pays d’accueil. La honte de pouvoir raconter leur calvaire dans des cellules de 4,5 m2 et l’obligation de s’approvisionner dans les friperies, les restos du cœur et les dépôts du Secours catholique ne leur laisse pas beaucoup le choix de raconter la vérité. Ainsi l’image d’une France angélique et bisounours est entretenue et maintenue dans l’imaginaire collectif des classes laborieuses pour qui l’eldorado commence dès le franchissement de la mer. Ils rêvent presque tous d’aller vivre en France et d’y tenter leur chance. Mais pas de la même façon que leurs grands parents des années 60 et 70. Eux sont partis à un moment où les traces de la présence française au Maroc étaient encore fraîches, munis de contrats de travail en bonne et due forme, avec la certitude qu’ils allaient travailler dans un pays puissant et développé. Un pays qui a soumis leur patrie ne pouvait être que puissante et avancé. 

Depuis la dernière grande vague des régularisations des sans papiers décrétée par feu François Mitterrand pour fêter son accession à la magistrature suprême en 1981, le compte à rebours d’un éloignement progressif de la France de ces anciennes colonies s’est déclenché pour ne plus s’arrêter. Les nouvelles générations ont perdu le goût particulier de la France qui le leur rend bien en portant au pouvoir une nouvelle face de politique pour qui également le Maghreb est une région comme une autre. Pour de multiples raisons. Outre celles citées plus haut en relation avec la scolarité, il y a aussi le fait que la France n’existe plus en tant qu’entité et identité autonomes. Depuis les accords de Schengen, signés en 1985 et mis en œuvre 10 années plus tard, l’Hexagone ressemble pour ces nouvelles générations de Marocains, Tunisiens et Algériens à une préfecture de Bruxelles. Pour eux vivre à Clichy sous bois en Île de France ou à Huelva en Andalousie ou encore à Molenbeek-Saint-Jean en Belgique c’est du pareil au même, du kif-kif, puisque la carte de séjour obtenue en France permet de vivre et de travailler dans n’importe quel pays européen signataire de l’Espace Schengen. D’ailleurs nombre de Maghrébins, issus de ces générations, et même leurs parents demandent leur visa de tourisme pour la France dans l’ambassade ou le consulat d’un pays Schengen où les délais d’attente et les formalités sont moins contraignantes. L’ambassade de Grèce ou d’Espagne, par exemple. Le réflexe d’en faire la demande dans un consulat français est rare et ceux qui l’ont sont ceux de la catégorie des lauréats des écoles de la Mission ou des hommes d’affaires ou cadres ayant fait leurs études supérieures en France. Autant dire rien.TRACASSERIES

Bref, en dépit du discours officiel lénifiant, le lien entre la France et ses anciennes colonies nord-africaines ne tient plus que par la peinture des binationaux, des lauréats de la Mission et des grandes écoles, facultés et instituts hexagonaux. Si bien que la relation d'état à état, francophile par la force des choses, s’en trouve vidée de son sens. Pourtant la France et ses symboles sont partout. Le Français demeure la langue des élites politique, culturelle et économique dans des pays où les entreprises françaises résistant à la concurrence des monarchies du Golfe et de l’Espagne occupent encore du terrain. Mais que fait réellement Paris pour inverser la vapeur sachant que chaque qui passe l’éloigne du Maghreb ? Il compte sur les petits cercles des binationaux et des expats ainsi que sur le petit monde des businessmen et des cadres formées dans les écoles de France pour perpétuer son influence. Ainsi que sur les réseaux des instituts français pour toucher les quartiers populaires. Misère ! Certes un nombre important d’étudiants et d’élèves fréquente ces instituts pour y apprendre la langue et surtout pour s’en servir comme lieu de travail, notamment pour préparer les examens et aussi pour papoter entre amis… Mais sans plus. 

Il manque cet amour er passion pour la France. Le cœur n’y est pas. A titre de comparaison les étudiants marocains et leurs homologues algériens et tunisiens se retrouvent plus dans les centres culturels américains, bien qu’ils soient beaucoup moins nombreux et moins lotis. Et bien que l’Algérie soit plus francisée que le Maroc et la Tunisie, beaucoup d’Algériens ont choisi d’aller vivre dès les années 60 en Amérique plutôt qu’en France . Une tendance qui n’a jamais faibli au Maghreb malgré la force d’attraction qu’y exerce la France de part son passé colonial. « Je me sens bien à Dar America. Dans la bibliothèque j’ai l’impression d’être quelque part aux Etats-Unis. Pas de protocole, pas de tracasseries, le personnel et l’ambiance sont parfaits. Tout est bon. », confie une étudiante en physique, pratiquante et portant le voile impatiente d’aller un jour poursuivre ses études dans une université aux Etats-Unis. A la question de savoir si elle irait dans un autre pays occidental si elle est recalée aux tests linguistiques d’admission. « Je pourrais bien aller en France ou en Belgique mais ça ne me dit rien » répond-elle sans hésitation. Tout est dit.





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