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Profitant de la chute de Tariq Ramadan, Abdennour Bidar sort les crocs.
Dans un article du Monde en date du 14 novembre 2017 (il n’a pas perdu son temps), l’homme nous rabat les oreilles avec son contre-modèle face, dit-il, à un islam néo-conservateur, « pour une philosophie critique de l’islam » précise-t-il.

Le problème c’est que M. Bidar n’est pas crédible. Dans ses écrits ou interventions médiatiques, il ne tient aucunement compte de la situation des Musulmans, que ce soit en France où dans le reste du monde. En aucun cas, il ne situe le contexte géopolitique, économique, culturel ou social du sujet de « son analyse ».

Sa critique a pour cible essentielle les populations laborieuses, notamment celle de France sur laquelle il déverse sa haine de classe. Il veut réformer l’islam, autrement dit leur croyance et donc leur mentalité supposée. Cela présume que les Musulmans, par leurs actes découlant de leur pensée, sont responsables des maux de la planète, alors que c’est le système qu’il faudrait réformer.

Contrairement à Tariq Ramadan, dont il ne dit que du mal, jamais il ne s’est distingué par une critique en rapport avec la réalité que vivent au quotidien les peuples opprimés de la Terre.

Pas plus en France que dans le reste du monde, son analyse ne part des causes réelles que vivent les Musulmans, sinon de ses propres préjugés, pour ne pas dire de son mépris des petites gens. Il s’attaque à la foi des opprimés mais pas à leurs oppresseurs, il s’en prend au seul fait religieux sans l’élargir au fait politique.

Il y a beaucoup de pays qui ne sont pas musulmans et qui, pourtant, vivent dans la misère et la dictature. L’idée ne semble pas lui effleurer l’esprit que les rapports de force entre les puissances économiques, qui ont à leur service les gouvernements occidentaux, pillent et saignent à blanc les ressources du Tiers-Monde dont les dirigeants (la plupart corrompus par ce même Occident) sont incapables de rivaliser avec leurs anciens maîtres.

L’idée ne lui viendrait-elle pas à l’esprit que le drame que vivent les Palestiniens sous l’occupation sioniste et qui, chaque jours, voient arriver des nouveaux colons d’Amérique pour les chasser de leurs maisons, de leurs champs d’oliviers ou de leurs quartier, pourrait bien être la source principale des explosions de violences qui secoue cette partie du monde ; et non leur croyance?

Revenons en France. Dans quelle planète se trouve-t-il pour ignorer l’abandon des banlieues par les pouvoirs publics et les violences policières qui frappent les jeunes qui y vivent ou parfois survivent?

Aujourd’hui, il a beau jeu de se pencher sur la dépouille de Tariq Ramadan, comme la hyène flairant l’animal blessé.

Tariq aussi, en son temps, a proposé ce qu’il appelle « La réforme radicale : éthique et libération ». Un appel à l’Ijtihad, un effort de réflexion qui tienne compte de la réalité géographique, sociale, économique, politique,… autant de situations différentes dans lesquelles vivent les musulmans. Un islam du contexte et non du texte.

La différence entre M. Bidar et sa victime est pourtant fondamentale.
Tariq Ramadan intègre, justement, dans son analyse, les dimensions sociales, politiques et culturelles d’un possible projet de société pour les peuples musulmans vivant dans une société non-musulmane. Dans sa critique de l’islam, ou plutôt de ses dérives, il n’a pas l’indignation sélective.

À l’instar d’autres humanistes, il était de tous les combats, présent dans les cités (quand on l’y autorisait) et signataire de nombreux appels pour la défense des causes justes concernant les faibles et les opprimés. Bref, loin des honneurs et des bureaux feutrés, il était sur le terrain auprès de ceux qui souffrent.

À l’opposé, Abdennour Bidar, lui, a pour amis ou partenaires d’écriture des islamophobes notoires tels que Caroline Fourest. À l’image de cette dernière, il est si malhonnête intellectuellement et si méprisables dans ses propos que cela a fini par faire réagir le philosophe Pierre Tevanian qui n’a pas hésité à le traiter de : « marchand de fascisme à visage spirituel».

L’essayiste, qui a fait une analyse pointue du phénomène raciste, sait de quoi il parle. Un de ses traités a pour titre « La haine de la religion. Comment l’athéisme est devenu l’opium du peuple de gauche ». On pense aussitôt à Valls, Malek Boutih et consorts dont beaucoup, à n’en pas douter, sont des proches du CRIF… et de Bidar.

Soulignons également que Pierre Tevanian, étant aussi militant associatif, appréhende avec plus de science, que M. Bidar, la réalité du terrain concernant la France d’en bas. C’est peut-être ce qui l’a fait sortir de ses gonds. En tout cas, il faut reconnaitre que cette formule va comme un gant à M. Bidar, car effectivement, ce mercenaire de la plume semble condamné à rester sur le fait religieux – à ne pas se dévoiler – car s’aventurer dans une critique politique du système (même a minima) le mettrait en porte-à-faux avec ses amis islamophobes, qu’ils soient du CRIF, du PS ou de la droite.

Dans le panthéon des intellectuels faussaires, il aurait certainement sa place entre Alain Finkielkraut et Mohamed Sifaoui ou encore BHL.

Haytam Andaloussy 
Écrivain, essayiste, chroniqueur

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