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Elle ne décolère pas Khadija Tnana qui a vu son œuvre « Kamasutra » retirée des cimaises du Centre d'art moderne de Tétouan. L’artiste dénonce une censure opérée sans sommation, ni explication. 

Alors que l'œuvre était déjà installée, le responsable, de ce lieu dédié à l’art et qui n'a de culture que le nom, a demandé à la commissaire d'exposition d'enlever l’ « objet » menaçant en cas de refus de le retirer lui-même. Aucun motif n'a été expressément formulé pour justifier le retrait de l'œuvre. « Kamasutra » est ainsi la seule installation à avoir été désinstallée à la demande du ministère de la Culture du gouvernement islamiste. 

Présentée dans le cadre d'une exposition collective, inaugurée le 1er mars dernier à Tétouan et rassemblant cinq artistes marocains, deux espagnoles et une française, l'œuvre représente une main de Fatma composée de 246 pièces de papier marouflé sur carton, elles-même en forme de Khmissates. Sur chacune de ces pièces, des corps qui s'unissent en autant de représentations célébrant l'amour. 

Un choix artistique qui rend hommage à "La Prairie parfumée", un ouvrage érotique rédigé par Cheikh Nefzaoui à la demande du sultan de Tunis. "Je voulais montrer qu'au 15e siècle déjà, on s'enquerrait de sexualité, sans tabous. D'autant que dans notre culture, basée en grande partie sur la religion musulmane, l'islam n'interdit pas le plaisir, contrairement au catholicisme qui évoque le péché originel", explique l'artiste. 


"Je continuerai de défendre mon travail, assure Khadija Tnana. "Il est honteux de voir une telle démarche au 21e siècle. Mais je suis consciente que mon travail gêne", confie-t-elle. "Je m'y attendais plus ou moins, car on assiste à une régression de notre société", dit l'artiste, rappelant que la même œuvre, alors réalisée sur support céramique, avait déjà été présentée en 2014 lors de la 2e Biennale de Casablanca. La programmation de "Kamasutra" s'était alors faite sans encombre... ou presque. "La municipalité voulait l'interdire, mais les organisateurs avaient défendu l'œuvre", se souvient Khadija Tnana. 


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