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Ah j'oubliais une chose importante, à elle je parlais en arabe et à lui en français, mais elle ne comprend rien du français, et lui encore moins de l'arabe ; triste Maroc n'est-ce pas... 

Hier je me suis senti proche de l'épuisement, et la chance a voulu qu'un type belge, mais de ce genre bizarre à être si bien dans sa peau dans ce Maroc qui permet tout à tous, euh, aux hommes seulement; ce type donc me propose un massage qui porte un de ces noms qu'il vaut mieux ne pas retenir, sinon il occupera une grosse place dans votre tête, et forcément ça se fera aux dépens de la poésie ; il faut dire que la place de la culture est très limitée dans le cerveau, contrairement à celle attribuée par le Généreux Divin à la grande et respectueuse Fédération bêtise-guerre-loto-foot-violence-contre-les-femmes, violence légitimée par le grand Créateur à cause de cette fichue Eve qui ne voulait rien d'autre que des produits de Grandes Marques, style Gala Royal et Tutti quanti... pff... et du coup mon masseur - vous suivez ? - ne savait pas qu'Allah le très très Professionnel m'avait créé avec un problème de vertèbre, car le pauvre, euh pardon, car Il avait été rappelé de toute urgence par de bons musulmans, et je ne te raconte pas le nombre d'appels que les bons musulmans Lui envoient chaque jour, euh, chaque heure, euh, chaque seconde, et franchement à quoi ça leur a servi en quinze siècles, un mécréant dirait avec assurance : autant parler à un mur, euh, non l'expression est déjà brevetée par le Seigneur tout puissant, vu que d'autres très bons fidèles, ceux-là mêmes qui L'ont trouvé les premiers, ce devait un soir sur un buisson ardent, à moins que ce ne soit de jour mais alors il faudrait que le Seigneur sans nom ait volontairement provoqué un feu de forêt ; bon donc, ce jour-là, euh, le jour de Ses croyants musulmans pas de Ses inventeurs, ce jour-là donc ces bons pieux ne lui avaient pas laissé le loisir de terminer le piteux ouvrage que j'étais, et qui allait empirer inéluctablement, le verre était donc dans le fruit, oui oui le verre et non le truc vulgaire auquel vous pensez ; il s'empressait à ce que j'eus entendu dire, lui qui est le plus Jaloux de tous, question dogmes, d'aller démontrer à ses serviteurs loyaux et dociles, du moins avec Lui car pour le reste il n'y a pas photo sur terre question méchanceté d'un très bon musulman vis à vis de son frère aussi musulman que lui sinon plus et tu vas voir je vais te couper la tête si tu ne fais pas exactement comme moi mais non c'est toi qui a tort et la preuve en est que je vais te trucider par la grâce d'Allah à qui je suis le plus fidèle en tout cas plus fidèle que toi hypocrite et dans la religion musulmane il faut tuer les hypocrites mais non c'est toi l'hypocrite, note de l'éditeur : ceci est un vulgaire plagiat de Saramago ; et voilà c'est reparti mais bon j'aimerais bien qu'ils restent calmes le temps que je finisse cette petite histoire de rien du tout qui aurait pris à peine un paragraphe ou même une seule phrase du genre : casse-toi espèce de pédophile ; mais bon avec les musulmans ce n'est pas tout à fait évident ; je disais donc que le très Là-Haut devait se hâter pour empêcher ses serviteurs de commettre un péché mortel en lynchant un poète de façon non habilitée par Lui, en vérité je vous le dis il faut éradiquer la poésie mais dans les règles de l'art, euh, dans les règles de la religion ou de l'anti-art c'est un peu pareil non, il y a manière et manière de faire taire un mécréant, on n'est pas des sauvages à ce que Je sache ; et donc pour revenir à ce problème de vertèbre, ce faisant le poète avait vite rejoint l'enfer de là-haut, et moi l'enfer d'ici-bas à cause de ce fichu caprice pour une fichue petite culotte Aubade ou Lise Charmel ou je ne sais quoi d'autre, car je n'ai pas de place dans mon cerveau pour ces petites choses-là, et tant pis si ça ne fait pas viril ; et alors depuis ce petit truc de rien du tout mais qui nous a causé l'exil définitif du Paradis d'Allah, à la réflexion elle avait raison, la Mère de Tous, de ne pas vouloir y rester, histoire d'éviter à ses pauvres filles cet abject statut d'objet sexuel qu'elles doivent assumer, y compris au Paradis, et après avoir prié plus que les hommes sur terre, et après avoir subi leurs assauts en temps de paix et surtout en temps de guerre car ça ne sert qu'à ça la guerre ; bon là je me perds, si en plus vous ne suivez pas autant que j'arrête tout de suite, car dans cette affaire de cou tranché avec une épée aiguisée pas n'importe comment, non non, ça doit être selon le rite d'Allah le plus dur de tous question punition, comme il aime à se définir lui-même à longueur de Coran, je dis donc que moi je ne suis qu'une victime collatérale de cette stupide guéguerre à propos d'une minable pomme, quand on connaît le prix des pommes en bonne saison... pff... et donc moi, dès la première misère d'école coranique, une hutte humide et sombre, histoire de rappeler la fameuse parole d'Héraclite d’Éphèse, où il est dit que les dieux séjournent aussi dans les grottes qui puent des garçons qui ne prennent jamais de douche et qui mangent prioritairement ce qui détraque les intestins, à savoir fèves pois-chiches figues sèches et n'importe quoi d'autre qui ressemblerait de près ou de loin à de la viande alors même que ce n'est que des petits de moineaux tout juste sortis de l’œuf à peine plus gros qu'un vers de terre, oui là j'utilise le mot vers et alors ; si bien donc que je m'étais vite voûté, il est vrai que c'est plus facile ainsi de se prosterner, mais bon si c'était si nécessaire que ça, Il n'avait qu'à nous créer à quatre pattes, euh... là c'est mieux que vous gardiez vos commentaires pour vous, sinon je n'en finirai jamais, et sinon le belge-masseur qui a m'a fait mal à la nuque en ravivant l'erreur d'Allah à cause encore une fois des bons musulmans ; et donc vos commentaires vous pouvez les mettre où vous voudrez sauf sur cette page, sinon eh ben mon masseur finira par échapper définitivement à ce texte ; or c'est justement lui, et non Allah qui punit qui Il veut et pardonne à qui Il veut, lui le masseur quoi, vous ne voyez pas que la lettre l est cette fois-ci en minuscule, pff, le masseur donc c'est justement lui qui est l'objet de cette chronique, ce belge d'apparence très sympathique ; et en fait tout ce que je viens de dire ne devait être qu'une petite introduction au sujet ; 

Venons-en donc au cœur de nos préoccupations ; ce type m'a confié être en prise avec un gros problème, à savoir qu'il ne sait pas comment faire sortir sa « fiancée » marocaine et l'emmener en Belgique ; je lui donne quelques explications, mais il se montre incapable de retenir quoi que ce soit ; je lui dis : viens demain au bistrot là-bas, on voit tout depuis « ma » terrasse, euh, pourvu que mon hôte ne lise pas ce post, ou du moins qu'elle se décourage d'aller jusqu'au bout et elle aura raison avec tous ces clients et leurs caprices ; je précise : mais pas avant 11h, les bisontins n'ont pas le droit de ricaner comme ça, après tout un rituel c'est non seulement intemporel mais il ne dépend pas non plus d'un territoire, aussi Besançon soit-elle, pff, ; et le voici qui débarque le lendemain à l'heure dite, sur « ma » terrasse, et en plus il n'est pas venu seul, mais avec sa petite fiancée ; ça me contrarie, je lui demande d'aller m'attendre comme convenu ; et je les rejoins par la suite, et je commence les explications, en français pour lui, et en arabe pour la petite demoiselle ; c'est tout simple, elle ne travaille pas, n'a pas de formation, et ne peut pas être étudiante car elle n'a même pas été collégienne, etc etc ; je pensais les désespérer mais il attaque de front la question du mariage, mais du mauvais côté, il m'explique qu'il veut bien devenir musulman juste pour ça, après tout au vu des gens il n'est obligé en rien, mais seulement voilà il y a un hic, il a une trouille bleue de la circoncision qui pourrait, dit-il, le rendre stérile impuissant et tout et tout ; je confirme ses craintes en lui expliquant qu'effectivement la circoncision est une véritable catastrophe humaine puisque les hommes arabes n'arrivent jamais à faire des enfants à leurs épouses pourtant obéissantes et bonnes musulmanes ; il a eu l'impression que je me moquais, je ne laisse rien percevoir ; je leur explique en français seulement qu'ils ont le choix entre se marier au Maroc et dans ce cas le moment venu il pourra la répudier en toute simplicité ou presque, et j'explique en arabe qu'il est possible de se marier selon le régime belge à l'ambassade de Belgique ; alors là la petite demoiselle me regarde fixement et me dit : à quel âge on peut se marier en Belgica, je réponds au pif : dix-huit ans ; et elle fait une mine d'irritation ; je m'inquiète : quoi tu n'as pas dix-huit ans, elle répond : je suis en train de les avoir ; puis elle me dit : et pourquoi nous ici on peut se marier avant, je lui réponds que contrairement à la Belgique mécréante son beau pays est béni par Allah le très très grand ; elle rit, elle rit jaune et se tait ; je me sens contrarié, je me lève pour partir mais je me ravise, je lui demande son âge à lui ; il hésite, il hoche la tête et ne dit rien, c'est son droit; mais bon, à vue d'oeil d'un homme debout de 1m82, j'en profite n'est-ce pas, moi debout et lui assis, son début de calvitie et son visage marqué par l'âge et par le beau soleil du Maroc tout ça indique que la quarantaine est derrière lui ; je me sens mal, j'attaque de biais : tu m'as bien dit hier que vous êtes ensemble depuis quatre ans ; il bafouille : oui mais juste comme ça, il n'y a rien de... entre nous ; je fixe la bague sur son doigt, et je vois la même bague sur le doigt de la toute petite demoiselle ; je lui demande à elle : depuis combien de temps tu as la bague ; elle répond avec son plus beau sourire : trois ans ; je fais un pas pour m'éloigner de cette tragédie joyeuse, mais la très jeune fille me dit : j'ai encore une question ; je me fige, elle dit : est-ce que c'est facile de divorcer en Belgica ; je me marre, elle est plus futée que je ne l'imaginais ; elle rit aussi comme pour une complicité de compatriotes n'est-ce pas, et la confiance lui fait ajouter naturellement : tu peux me laisser ton téléphone, si jamais ; je pouffe encore de rire et je m'en vais ; ah j'oubliais une chose importante, à elle je parlais en arabe, et à lui en français, mais elle ne comprend rien du français, et lui encore moins de l'arabe ; 

Triste Maroc n'est-ce pas... 

Mustapha Kharmoudi
Source : mediapart.fr





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