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L’enseignant est un père. Il donne de l’amour…et il donne du bâton aussi. Comme tout bon père marocain, à l’ancienne.

Le proverbe arabe dit que celui que celui qui t’enseigne quelque chose est un prophète ou presque. Il est sur un piédestal. C’est le maître et il peut tout se permettre. C’est encore plus vrai dans un pays où beaucoup trop d’enfants ne vont pas à l’école.

Mieux encore: l’enseignant est un père. Il donne de l’amour…et il donne du bâton aussi. Comme tout bon père marocain, à l’ancienne. On accepte tout de lui. Même quand il frappe. C’est triste et beaucoup de Marocains ont eu un père comme ça. Beaucoup trop sans doute.

Depuis longtemps, la société marocaine a intégré cette idée que l’enseignant peut à peu près tout se permettre. Du moment qu’il apporte quelque chose à nos enfants. Il incarne à la fois la science, le savoir, ce don de la transmission et du partage, et bien sûr l’autorité. Tout le problème est là.

Parce que l’autorité, il est facile d’en abuser. Cela donne des catastrophes. Avec une légalisation de la violence envers les plus faibles: les enfants. L’école, la classe, sont alors dévoyées et détournées de leur mission. Elles ne servent plus seulement à apprendre mais à prendre des coups. L’école devient même pire que la rue. Dans la rue, quand on te frappe, tu ripostes, tu as cette liberté. Mais à l’école…

Personnellement, je souris toujours quand on me dit que c’était mieux avant. Pour l’école en particulier. Avant, c’est quand? Et puis c’était mieux pour qui?

Aujourd’hui ce n’est pas seulement les gosses de riches qui fuient l’école publique. Les gosses des autres aussi. Ceux qui n’ont pas les moyens trouveront toujours le moyen, pourtant, de payer pour leurs gosses. Pourquoi? Parce que l’école, la publique surtout, est un piège, une prison, un ring de boxe.

Prenez Khouribga, la ville des phosphates, un collège comme les autres. Un prof de math a sauvagement agressé l’une de ses élèves en plein cours. La vidéo a fait le buzz. Elle est d’une violence insoutenable. Comme une scène de rue dans laquelle le plus fort massacre le plus faible «comme ça vient».

La suite est plus ahurissante. Suspendu et placé en détention provisoire, l’enseignant…reçoit le soutien unanime de ses collègues et de ses confrères dans d’autres régions du pays. Ils déroulent des banderoles pour demander sa libération. «Parce qu’il est innocent».

Innocent? Oui, parce qu’il est proche de la retraite, vous savez, c’est un gentil qui a été provoqué par son élève, et qui n’est généralement pas respecté par ses élèves. Il faut se mettre à sa place, il est poussé à bout. Et puis, c’est le ramadan, et comme il devait sans doute être énervé…

Etonnant? Attendez la conclusion, c’est un chef d’œuvre de non-sens: la victime retire sa plainte et se présente devant la porte de la prison…pour accueillir son bourreau avec un bouquet de fleurs à la main. Sous les applaudissements des hommes et les youyous des femmes.

La moralité de cette histoire lamentable, c’est qu’elle l’a bien cherchée. La jeune adolescente a dépassé les bornes. Le crime, il est là et tout le reste devient accessoire. Même la pauvre élève a peut-être fini par s’en persuader, elle qui offre un bouquet de fleurs à son professeur pour se faire pardonner. C’est le monde à l’envers.

Notre école marche sur la tête. Et l’école n’est qu’un microcosme de la société.

Quand un père casse le bras de sa fille parce qu’elle a eu un flirt illégal, on lui trouvera toujours des circonstances atténuantes. La société excuse le bourreau et condamne la victime. A la fin, ce n’est pas le père mais la fille qui finit par demander pardon. A l’école aussi, c’est le même schéma. Le maître, le prophète, fracasse sa jeune élève pour un écart de discipline, une mauvaise blague? C’est dommage mais elle n’avait qu’à bien se tenir.

La société se met dans la tête de celui qui donne des coups, pas celui qui les reçoit. Elle «comprend» celui qui exerce l’autorité et le pouvoir, pas celui qui les subit. Elle se range du côté du prophète, du père, du bâton, pas de celui qui tend la main ou la joue pour prendre des coups.

Et non, ce n’était pas mieux avant. Parce que ce problème de la violence, nous le traînons depuis bien longtemps. A la maison, déjà. Et à l’école, au Msid aussi, où le maître a toujours un bâton à portée de la main.

Le360.ma


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