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La misère sexuelle est une chose. La «vengeance» avec passage à l’acte en est une autre. Il faut bien un lien, quelque chose qui relie une catastrophe à l’autre.

Dans la région de Safi, une bande de voyous a roué de coups le chauffeur d’une camionnette et son unique passagère parce qu’ils les soupçonnaient de forniquer en plein ramadan. Le «couple» était isolé dans la camionnette, loin de la route principale et des regards. Alors une poignée de jeunes voyous, subitement transformés en police religieuse, ont encerclé la petite camionnette et «arrangé» ses deux occupants.

Ils ont même poussé le luxe, sûrs de leur bon droit, jusqu’à filmer la scène du châtiment, cachant leurs propres visages mais dévoilant celui de leurs victimes et…la plaque d’immatriculation du véhicule. Un véhicule coupable à son tour car assimilé au théâtre du crime.

La vidéo est bien sûr choquante et, dans quelques jours, on apprendra que la gendarmerie a arrêté les barbares. On verra alors leurs mères et leurs pères éplorés, nous expliquant qu’ils sont jeunes et «innocents», qu’ils soutiennent matériellement leur famille, qu’ils n’ont jamais fait de mal à une mouche, qu’ils craignent dieu et aiment le prophète, etc. L’un d’eux aura peut-être l’idée d’en appeler au roi pour demander grâce et pardon.

Tout cela finira par un procès et des condamnations. Et puis, avec le temps, on se montrera indulgents envers les barbares. Et on finira par oublier cette triste affaire en essayant de nous persuader qu’elle n’est qu’un cas isolé. Quelque chose d’horrible mais d’anecdotique.

Cas isolé, vraiment ? 
Bien sûr, beaucoup saisiront cette occasion pour nous resservir ces généralités si douces à nos oreilles. Ils nous expliqueront que les Marocains sont un peuple pacifique et tolérant, et que l’islam ce n’est pas ça. C’est une religion de paix et de liberté.

D’autres nous diront, après avoir rappelé qu’ils restent des musulmans ouverts et tolérants, que l’islam a quand même prévu de lapider les «débauchés». D’autres encore leur expliqueront qu’il faudrait, pour cela, rassembler un certain nombre de témoins et prouver que le coït a bel et bien eu lieu. Ce qui n’est pas une mince affaire.

Il y aura toujours ceux, peut-être les plus nombreux, qui vont évacuer le problème en disant: non, le chauffeur et la passagère n’ont pas forniqué. Et ils n’ont pas rompu le jeûne. Ce sont de bons musulmans. Ceux qui les ont violentés n’avaient donc pas à le faire, honte à eux.

C’est une manière de fermer ce couvercle dont personne ne veut regarder ce qu’il cache à l’intérieur.

En réalité, toutes ces réactions légitiment la barbarie. Elles laissent toutes une marge, une chance aux barbares. Elles partent toutes du postulat que le «couple n’a rien fait». Ce qui revient à légitimer la barbarie si le couple avait fait «quelque chose».

Tout tourne autour de cette «chose». Qui s’appelle le sexe. Ce sexe qui tourmente les esprits. Parce qu’il y a le corps de la femme, que la culture populaire, nourrie par le dogme religieux, considère comme un sanctuaire que seul le mari a le droit de regarder et de fouler.

Les jeunes voyous de Safi ont peut-être emprunté la religion comme canal pour «venger» leur misère sexuelle et donner une sorte d’honorabilité à leur acte de barbarie. Cet argument existe évidemment. La frustration sexuelle au Maroc et dans les pays arabes fait des ravages aussi monstrueux que l’ignorance ou la pauvreté.

Mais ne nous cachons pas trop vite derrière cet argument. La misère sexuelle et la misère tout court n’expliquent pas toute la barbarie. C’est le point de départ. Une matière brute. De la poudre. Après, il y a des canaux qui transportent cette matière, la transforment et en font à l’arrivée une bombe.

La misère sexuelle est une chose. La «vengeance» avec passage à l’acte en est une autre. Il faut bien un lien, quelque chose qui relie une catastrophe à l’autre.

Dans le Maroc d’aujourd’hui, comme celui d’hier, le dernier des idiots sait que la femme adultère ou débauchée, qui consent des relations sexuelles en dehors de l’institution du mariage, mérite lapidation. Il le sait depuis toujours.

Et s’il l’oublie, l’école le lui rappellera. Avec un enseignement qui apprend à nos enfants, dès leur tendre enfance, que la femme adultère ou débauchée mérite lapidation. Jusqu’à ce que mort s’en suive!





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