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Hier vers 18h, je passais devant Bab Doukkala, une des grandes portes de la médina de Marrakech, pour aller à l'hôtel Mamounia ... Soudain, je vois 4 hommes qui portaient un cercueil couvert d'un tissu vert... 

Les 4 hommes qui portaient le cercueil sont suivis par seulement 3 autres personnes et rien d'autre... Les dizaines de passants regardaient, sans brancher, comme si c'était les funérailles d'un chien ... Ça m'a choqué, alors, je demande au chauffeur de taxi, que je voudrais descendre ! Surpris par mon attitude, il me dit : « Mais, on n'est pas encore arrivé à destination ? » 

Moi : « je sais mais je voudrais accompagner ce défunt jusqu'à sa dernière demeure... » Un peu abasourdi par mon attitude, il s’arrête... je le paie, je descends et je presse le pas pour rejoindre les porteurs du cercueil... J'ai marché derrière eux durant 500 m... On arrive au cimetière... 

Ils commencent le rituel de l'enterrement du mort, dans le recueillement et le silence. Les nombreux religieux qui pullulent d'habitude devant les cimetières et qui viennent, spontanément, mettre l'ambiance et beaucoup de bruit, ne sont pas là car « le mort était un vieux SDF, qui vivait dans la rue, donc ils n'ont rien à gagner en termes d'argent » m'ont dit les compagnons d'infortune du défunt... 

J'aurais aimé juste méditer quelques minutes et partir, mais puisque le défunt était de tradition musulmane, et pour décoincer la situation, j'ai pris la décision, juste avant l'enterrement, de réciter à haute voix la sourate de la Fatiha. 

Les 7 personnes autour de la tombe, que j'ai su après qu'ils sont aussi des SDF, m'ont suivi maladroitement, dans mon aventure de récitation... J'ai fini la sourate de la Fatiha par demander à Dieu, de recevoir le défunt dans le paradis avec Nelson Mandela et Martin Luther King... 

On enterre le mort, et je repars.... Tout d'un coup, un des SDF qui était avec nous, est venu me voir, et me dit : « merci monsieur le Fkih, pour la prière que tu as faite pour le défunt... car l'Imam de la mosquée de notre quartier avait refusé de venir l'enterrer, puisque le mort buvait de l'alcool de temps en temps... » 

Moi : « je t'en prie, mais je ne suis pas un Fkih, c’est très normal ce que je viens de faire, car chez moi dans mon oasis, quand il y' a un mort quel que soit sa richesse, son comportement dans sa vie ou sa religion, tout le monde assiste aux funérailles. » 

Lui : « Dans ta prière tu as demandé à Dieu de recevoir le défunt dans le paradis avec Nelson Mandela... c'est qui ? » 

Moi : « c'était un prophète de la liberté... » 

Lui : « c'est cool, moi aussi, je suis libre, donc, Mandela est aussi mon prophète... Je suis ravi de vous rencontrer. En plus c'est la première fois que je vois un Fkih venir au cimetière, sans djellaba, juste avec un short, un t-shirt et une casquette, et qui récite la seule sourate du coran que je connaisse. » J'ai failli m'éclater de rire, malgré l'ambiance solennelle et de recueillement que j'ai pu instaurer... alors, que l'homme mort allait être enterré comme un chien... 

C'est ainsi, qu'en allant prendre un verre à la Mamounia avec des amis... je me retrouve entrain de présider la cérémonie d'enterrement d'un SDF marrakchi, un simple geste pour lui redonner sa dignité d’être humain dont il est privé pendant son vivant... 

C’était un enterrement joyeux, sans dogmes, juste de l'Amour et de la compassion, car la spiritualité, c’est juste aimer les autres quel que soit leur religion, leur couleur de peau, leur richesse, leur sexe ou leur langue.... 

Omar Louzi 
Source FB




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