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Au Maroc, le terme « Tolenté » a probablement une origine du mot français « Talentueux » ! En parler marocain, cela signifie plutôt intelligent en arnaque. Être donc « Tolenté », c’est tirer profit de la naïveté de l’autre. Presque toutes les catégories sociales pratiquent ce jeu, des plus ignares pour combler leur handicap intellectuel aux plus riches pour faire grossir leur fortune.

Il y’a quelques années, j’ai assisté à une discussion fortuite entre des personnes qui rivalisaient avec fierté sur leurs exploits en tous genres d’arnaques. Devant ce spectacle ahurissant, j’ai dû raccourcir ma soirée où j’ai y été invitée par une connaissance à un baptême. Être « Tolenté », c’est parier avec ses enfants comment il va épuiser la carte prépayée du téléphone de leur oncle et préserver la sienne, l’arnaque devient ainsi un jeu éducatif pour les enfants (histoire véridique). 

Cette introduction nous amène vers un article fort intéressant communiqué par l’Association pour le Droit et la Justice au Maroc (ADJM). Le papier en question fait de la grande voltige dans l’arnaque à la marocaine, il est rédigé intelligemment par Nadia Salah et publié par l’Economiste (Edition N°:5328 du 03/08/2018). 

Recel de bonne foi !
Un ado qui achèterait un téléphone volé à un copain risque de sérieux ennuis avec la police et la justice. Ses parents aussi : ils seront accusés d’être des receleurs.

C’est la loi partout dans le monde. Au Maroc ? Pas vraiment. Cette loi s’applique pour les petites choses. Pas pour les grandes. Celui qui vole peu risque beaucoup. Pour voler maison, usine et immeuble, il y a une loi ad-hoc et on ne risque rien. A condition bien sûr d’être dans un bon circuit judiciaire, à peu près toujours le même d’ailleurs. On l’aura compris.

En 2008, Abbas El Fassi pousse un minuscule amendement à l’article 4 du texte régissant la propriété foncière et immobilière : au bout de quatre ans, le voleur et ses amis garderont le bien volé. Le Parlement renâcle, puis l’amendement est voté en catimini en plein «printemps arabe», puis publié entre les élections et l’installation de Benkirane à la tête du nouveau gouvernement.

En dépit d’évidents liens familiaux et d’intérêts, on fait semblant de croire que les amis sont de «bonne foi». Il s’est même trouvé des esprits pervers pour dire qu’il y a un conflit d’intérêts entre le volé et le voleur et qu’il faut préserver les intérêts… du voleur. Le Roi lui-même est intervenu deux fois en 2016 pour demander au ministre de la Justice, Mustapha Ramid à l’époque, d’arrêter ces mascarades.

Peine perdue. Il y a un demi-millier d’affaires similaires, non résolues, car la facilité avec laquelle il est possible de s’approprier le bien d’autrui suscite des vocations dans les mondes judiciaires et annexes. Aujjar a succédé à Ramid. Sans plus de résultats. Il suffirait de supprimer l’amendement à l’article 4 pour rétablir la sanction du recel. Comme partout dans le monde.

Pas du tout. On s’éloigne encore un peu plus au fur et à mesure qu’un petit monde alléché imagine des manières de désarmer les citoyens en créant de multiples occasions de corruption en plus du «recel de bonne foi». Papier signé Nadia Salah (L’Économiste)

Depuis 11 ans, 600 investisseurs, floués du projet immobilier « Paradise Beach and Golf Resort », attendent toujours une résolution – ce projet, abandonné par le promoteur escroc, avait été soutenu par l’Etat marocain en 2009. Depuis 2 ans, les investisseurs, exaspérés, manifestent sans relâche et avec toujours autant de détermination alors que les autorités marocaines, pourtant partie prenante dans ce fiasco, et notamment son Ambassade à Londres, continuent à faire le dos rond malgré la gravité des faits. 

Arlette Colin
Wakeupinfo






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