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Pourquoi m’avait-on inoculé autant de peurs ésotériques, chtoniennes, sans justification sensée aucune ?

Il ne me fallait jamais enjamber le sang, fût-il celui d’un poulet ; il m’était interdit de verser de l’eau chaude, surtout la nuit, dans un évier ; gratter mon sourcil droit signifiait que quelqu’un était en train de faire des éloges à mon égard, et gratter le gauche signifiait le contraire ; une démangeaison de la lèvre supérieure devait aboutir forcément à l’arrivée impromptue de visiteurs…

Une somme de croyances qui venaient se plaquer sur un vécu déjà pétri de scènes épouvantables autour de l’apprentissage du coran. Des scènes qui s’apparentent à celles qui meublent vaillamment les sourates eschatologiques de ce même coran.

Aussi, la nuit, m’employais-je laborieusement à repousser le sommeil autant que je pouvais, de peur de rencontrer cette présence incorporelle, ce fantôme sans visage, qui arrivait en trombe, vrombissant crescendo jusqu’à surchauffer mes tempes. Avalanche de scènes cauchemardesques.

Et puis cet immeuble babélien dont le toit conique léchait les nuages ! Je me retrouvais souvent sur la courbe glissante du toit. Le sol était si loin. Je risquais à chaque instant la chute. Une terreur trempée dans la sueur me taraudait. Soudain, je glissai et me retrouvai en chute libre. Avant d’atteindre le sol, je criai : « Maman ! Maman ! » Je me réveillai alors en tremblotant.

Le cauchemar du puits était autrement plus éprouvant. Je m’y retrouvais au fond en train d’appeler à l’aide à pleins poumons. L’eau m’arrivait au cou et m’engloutissait par moments. Des voix caverneuses s’entremêlaient autour de moi. Le diamètre du puits était beaucoup trop large pour me permettre d’escalader son mur circulaire en plaçant mes deux pieds de part et d’autre de la paroi. Je parvenais cependant à introduire les doigts les phalanges entre les pierres, m’essoufflant à regagner la surface. Mais, à un ou deux mètres de la bouche du puits, je ratai fatalement une prise et mon corps replongeait au fond. Sisyphe en plus terrorisé.

La trouille tous azimuts. Le coran le jour, les cauchemars la nuit.

« Emparez-vous de lui ! Enchaînez-le et précipitez-le en Enfer ! Puis, au moyen d’une chaîne longue de soixante-dix pieds, immobilisez-le ! Il ne croyait pas en Allah et au Jour du Jugement Dernier »

Abdessamad Mouhieddine
Journaliste


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