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Partout où chacun de nous se tourne, il rencontre des regards interrogateurs : Que nous est-il arrivé ? Dans quelle galère nous a-t-on précipité ? Où allons-nous ? Pourquoi les enfants ne voient-ils plus fréquemment leurs parents ? Pourquoi le nombre de "fous" a augmenté dans les rues de nos villes ? Des collines de questions quasi existentielles de plus en plus pressantes.

En vérité, le pays s'urbanise vertigineusement...sans sa population ! Les mentalités peinent, elles, à embrasser le rythme, les rites, les modus vivendi comme les modus operandi de l'urbanité.

Photo : Allal Sahbi Bouchikhi
L'urbanité s'est débarrassée de la famille pléthorique au bénéfice de la famille nucléaire. Elle a répudié le clan et la tribu. Elle même jeté aux orties, à la faveur de la mobilité qui caractérise la mondialisation, l'attachement au quartier d'origine.

Or, l'alphabet de l'urbanité est l'individualisme; un mode d'existence qui n'est pas synonyme de l'égoïsme, mais qui emprunte l'autonomie, l'émancipation et l'indépendance d'esprit pour prétendre à l'épanouissement.

Est-ce le cas du Marocain ? Est-il arrivé à cette autonomie ? Que nenni !

Le Marocain reste profondément conservateur. Il veut les commodités de la ville et l'amplitude de la ruralité. D'où cette ruralisation effrayante des villes.

Il est très peureux...de lui-même. il hait la solitude. C'est un être communautaire qui a été de tout temps façonné au pluriel. Jamais au singulier. Le face-à-face avec lui-même l'angoisse.

Il aime parler avec autrui pour s'écouter parler. Cela le rassure. La parole muselle sa raison. Du coup, cette dernière se retrouve constamment délaissée au profit d'une paresse intellectuelle bien douillette.

Le bruit meuble son angoisse des lendemains incertains. Au plus profond de son imaginaire, le silence s'apparente à l'obscurité qui l'a tant terrorisé durant son enfance.

Pour vivre plus ou moins en équilibre, il a toujours besoin de l'autre pour témoigner en sa faveur, l'accompagner là où il redoute un danger, valider ses dires, admirer sa réussite sociale, le consoler de ses déconvenues.

Le "mas-tu-vu" lui est vital, comme en témoignent, y compris dans les quartiers pauvres, les somptueux salons qui ne sont accessibles qu'aux hôtes.

Et puis cet esprit moutonnier qui n'est pas prêt de déguerpir de l'âme marocaine. "Aligne ta tête parmi les têtes et défie le coupeur de têtes !", dit l'adage marocain. L'Aïd-el-Kbir, le ramadan, l'Achoura et tant d'autres occurrences sacrées ou profanes attestent de ce goût de suivisme. Un travers qui souligne une profonde phobie d'autonomie.

Bref, le Marocain n'a pas encore découvert le quant-à-soi, la solitude créatrice, le "je" émancipateur, l'autonomie individuelle, la voie de l'autodétermination existentielle.

Le silence et la solitude nous apprennent l'autonomie du jugement et l'émergence du "je'; le bruit et l'identification au "nous" nous maintiennent dans l'esprit moutonnier.

Bien évidemment, tout abus dans un sens comme dans l'autre est contre-indiqué.

Abdessamad Mouhieddine
Journaliste



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